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Utiliser le stress pour aider les ados à apprivoiser le stress

Souvent au cours de notre vie, des éléments viennent augmenter le niveau de stress. Lors de l'adolescence, plusieurs situations peuvent causer du stress : une nouvelle école, l'intimidation, de nouveaux amis, les devoirs et les examens. Apprendre à apprivoiser le stress, c'est possible. 

Ève Christian

  Un texte de Ève Christian

Jonathan Bluteau est psychoéducateur de profession et professeur au département d'éducation et de formation spécialisée à l'Université du Québec à Montréal (UQAM); lors de ses études doctorales, il a élaboré le concept à la base du programme In Vivo.

C'est un programme de compétences pour mieux faire face au stress, utilisé dans certains centres jeunesse et écoles secondaires. Il apporte une aide aux jeunes qui vivent une problématique d'adaptation, qu'elle soit extériorisée (comme l'agressivité, l'impulsivité ou la colère réactive) ou intériorisée (comme l'anxiété ou même la dépression), permettant ainsi de prévenir ou réduire les symptômes de ces maladies. La plus grande caractéristique d'In Vivo : la portion entraînement par inoculation au stress.

Volontairement mis en situation de stress

Le stress est induit à partir de quatre déterminants psychologiques bien identifiés par la science : 

  • le sentiment de contrôle diminué;
  • la personnalité menacée;
  • l'imprévisibilité;
  • la nouveauté.

Dès qu'on induit un de ces déterminants dans l'environnement d'une personne, on peut susciter une réponse de stress.

M. Bluteau décrit ce programme qui se déroule généralement sur 10 rencontres. La première partie, pédagogique, permet aux adolescents d'acquérir des connaissances théoriques sur le stress et d'apprendre des stratégies adaptatives. La deuxième partie, plus importante en durée, est la plus interactive : c'est l'entraînement en salle, avec les modules disponibles selon le milieu où se donne la formation (trampoline, mur d'escalade, labyrinthe, fil de fer ou encore piscine avec tremplin).

C'est dans cette salle que les jeunes, en groupe de quatre, recevront des défis adaptés à leurs capacités, car certains sont intériorisés, d'autres, motivés par la peur et d'autres encore, impulsifs ou agressifs dans une situation de grande excitabilité. Chacun d'eux porte un cardiofréquencemètre afin de relever sa fréquence cardiaque à des moments précis du programme.

Le rôle de l'animateur est de s'assurer que le défi qui sera proposé à chacun des jeunes inclura une part de risque le mettant en situation stressante afin de voir sa capacité d'adaptation.

Le défi : un mur d'escalade

Admettons que le module disponible soit un mur d'escalade. Des instructions précises sont données à l'adolescent en formation : « Ne prends que les prises bleues pour monter jusqu'à telle hauteur ». Comment s'y prendra-t-il pour relever ce défi... stressant? Demandera-t-il de l'aide? Se mettra-t-il en colère? Se repliera-t-il sur lui-même?

Lorsqu'il réagit par un comportement problématique, l'animateur l'arrête et lui pose des questions du genre : « Quelle est ta démarche devant cette difficulté? Comment te sens-tu? À quoi penses-tu? Tiens... relève donc ta fréquence cardiaque... »

Évidemment, puisqu'il est stressé, sa fréquence sera élevée. Le jeune devra donc mettre en pratique des trucs qui lui auront été proposés pour gérer la situation. En les appliquant, il notera une diminution de sa fréquence cardiaque et aura alors l'impression d'avoir un pouvoir sur son comportement; c'est un élément central de l'intervention. Le jeune croit, et avec raison, qu'il peut avoir une influence sur ce qu'il fait.

Après l'activité, l'animateur discute avec l'adolescent pour l'aider à établir des liens avec sa réalité quotidienne : « Tu t'es mis en colère lorsque je t'ai donné une consigne; est-ce que ça ressemble à ça, quand ton prof te demande si tu as fait ton devoir et que tu te fâches? » La réponse sera souvent positive, car les comportements à l'entraînement ressemblent à ceux faits dans la vie de tous les jours.

Un programme qui se reflète au quotidien

Le travail réalisé auprès des jeunes se situe à plusieurs niveaux : l'auto-observation de leur comportement en condition de stress, une auto-évaluation et ensuite une auto-instruction, où il devra déployer les stratégies apprises dans la partie théorique du programme.

Au fil des rencontres, les compétences pour faire face au stress se développeront peu à peu et les jeunes seront en meilleure posture pour gérer leur stress au quotidien.
Puisqu'il faut des milieux pourvus de modules pour l'entraînement, In Vivo est offert dans certaines écoles secondaires et centres jeunesse du Québec, et aussi en France, dans des réseaux similaires; mais il n'est pas encore développé pour les milieux privés. Plusieurs études doivent être menées pour considérer ce programme comme étant officiellement efficace. Mais pour l'instant, il est prometteur et la réponse chez les jeunes, les parents et les milieux visés est excellente.

D'ailleurs, le 3 juin In Vivo a reçu le Prix Publication - recherche 2016 de l'Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec; et en tant qu'exemple d'innovation psychosociale pour les jeunes touchés par une problématique de santé mentale, il a la reconnaissance du Secrétariat aux priorités et aux projets stratégiques du gouvernement du Québec.

Reconnaitre une situation stressante

Qu'on soit adolescent, enfant ou adulte, notre corps sait comment nous indiquer qu'on est dans une situation de stress : palpitations cardiaques, maux de ventre, mains moites... Par exemple, certains détestent parler en public, car ça les stresse. Pourquoi? Quel déterminant psychologique est alors induit? C'est la première fois? Les gens vont rire d'eux? Ils ne contrôlent pas le déroulement de l'exposé?

Il s'agit ensuite de déployer des stratégies pertinentes pour régler la situation.

Une bonne respiration est efficace, mais il faut connaitre la technique et elle demande de l'entraînement. Voici deux trucs simples : chanter à tue-tête avant de se rendre à une entrevue par exemple, oxygène le cerveau et permet de bien respirer; rire est aussi très bénéfique, car ça sécrète les hormones qui inhibent celles qui causent le stress.
Essayez ça, la prochaine fois que vous serez en situation de stress... et parlez-en à vos adolescents!

* Merci à Jonathan Bluteau pour sa collaboration.

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