Personne ne souhaite croiser un ours noir en forêt. Difficile de croire que l'on peut vouloir provoquer une rencontre avec cet animal dans sa tanière. C'est pourtant ce que fait une équipe du ministère des Fôrets, de la Faune et des Parcs (MFFP) dans le cadre d'une étude menée sur le sujet, la première en près de 30 ans.

Un texte de Marie-Pier Bouchard

Selon le biologiste du ministère qui est à la tête de l'étude, Christian Dussault, l'ours noir est trop souvent associé au danger. « C'est une espèce qui mérite d'être mise en valeur au même titre que l'orignal ou le cerf de Virginie, qui ont été largement documentés dans les années 80 et 90 », dit-il.

Pourtant, aussi loin que l'on puisse reculer dans la documentation écrite, seulement six attaques mortelles reliées à l'ours noir ont été répertoriées au Québec, selon les informations du MFFP.

L'un des plus grands spécialistes en matière de visite de tanières au Québec, Dominic Grenier, remarque que les gens ont l'impression qu'il y a de plus en plus d'ours, mais qu'à l'inverse, depuis quelques années, le territoire s'ouvre davantage à la population. « Il y a de plus en plus de gens qui vont en forêt et des gens qui bâtissent des chalets », explique M. Grenier, qui est technicien de la faune au ministère des Fôrets, de la Faune et des Parcs.

Mieux comprendre l'ours noir

L'analyse du comportement de l'ours noir n'est pas le premier objectif de l'étude menée par Christian Dussault. L'équipe recueille des données sur la dynamique de la population. C'est-à-dire le taux de survie et le taux de productivité afin d'être en mesure de savoir comment la population de l'ours noir évolue dans le temps.

Cela permettra notamment au gouvernement du Québec de réviser les objectifs dans chaque zone de chasse. Le gouvernement, au terme de cette étude, pourrait par exemple permettre la chasse à l'ours noir sur une plus longue période et augmenter les quotas ou, au contraire, réduire la période de chasse et diminuer les quotas selon les secteurs.

La chasse et le piégeage de l'ours noir constituent des activités qui génèrent des retombées économiques non négligeables selon le MFFP. « C'est une autre raison de faire une bonne gestion des populations de l'ours noir au Québec », explique Christian Dussault.

Une étude sur plusieurs années

La Mauricie est la première région visitée dans le cadre de cette étude. Une aire de 2000 kilomètres carrés a été sélectionnée à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de La Tuque.

Ces colliers permettent à l'équipe du MFFP de suivre les déplacements de l'animal et de mieux comprendre ses habitudes. Sur la carte ci-dessous, les points verts représentent les déplacements d'une femelle à partir de sa capture, en juillet 2015, jusqu'à son entrée en tanière en octobre.

Christian Dussault remarque que les déplacements de l'animal sont concentrés dans les secteurs où il y a eu des coupes forestières, ce qui n'est pas un hasard. C'est à cet endroit que l'on retrouve beaucoup de petits fruits, la source principale d'alimentation de l'ours noir.

Afin de récolter des données supplémentaires qui sont nécessaires à l'étude, les techniciens de la faune du MFFP doivent visiter chaque animal en plein hiver, dans sa tanière, alors qu'il est en hibernation.

Pendant que l'animal est dans sa tanière, il est endormi par avec drogue immobilisante afin que les techniciens puissent travailler en toute sécurité. Une fois endormi, l'ours est sorti de la tanière et les manipulations peuvent commencer. Taux de saturation, température rectale, mesures de l'animal, vérification des dents, pesée de l'ours et changement de collier, rien n'est laissé au hasard.

La Mauricie est la première région visitée par le MFFP pour cette étude qui durera en tout près de sept ans. L'exercice sera répété en Outaouais, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et en Gaspésie. Ces régions représentent des types de forêts différents.

« C'était important de faire cela, car la densité d'ours dépend de la qualité de l'habitat, autrement dit du type et de la quantité de nourriture pour l'ours noir. Plus il y a de nourriture, plus les ours seront abondants, car plus de nourriture signifie une productivité accrue des femelles », explique Christian Dussault.

Inventaire des régions visées par l'étude du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Il y aurait entre 70 000 et 80 000 ours noirs au Québec.

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