Le lien entre téléphones et cancer est de retour : une étude aurait découvert un lien chez des rats. Pourtant, un regard sur l’étude elle-même révèle qu’il est difficile de comprendre ce qu’elle a vraiment trouvé : les rats les plus exposés aux radiations sont aussi ceux qui... ont vécu le plus longtemps!

L’étude américaine, menée sous l’égide du programme national d’étude en toxicologie a été déposée jeudi sur le serveur de pré-publication BioXRiv, ce qui signifie qu'elle n’a pas encore été publiée par une revue, et encore moins révisée par les pairs. Mais déjàquelques journalistes scientifiques ont affirmé qu'elle risque de s’ajouter à la longue liste des études montées en épingle par des médias trop pressés... ou par ceux qui ont choisi de révéler des résultats encore très préliminaires :

Les rats, divisés en mâles et femelles, ont été exposés à deux types de modulations (CDMA et GSM, pour les intimes), 9 heures par jour et 7 jours par semaine, de leur naissance jusqu’à l’âge de deux ans. Si cela paraît énorme pour une étude sur des téléphones cellulaires, ça l’est. Mais ce sont des durées courantes dans des études en toxicologie pour lesquelles on cherche à couvrir tous les risques pour la santé.

En tout, douze groupes : six groupes de 90 mâles et 90 femelles, trois groupes de chaque sexe exposés à chacun des types de radiation, et des sous-groupes exposés à trois niveaux différents desdites radiations. Le tout a été comparé avec deux groupes (90 mâles, 90 femelles) « sans radiations », appelés groupes de contrôle.

Grosse surprise : chez les mâles, c'est le groupe contrôle qui s'est retrouvé avec le plus bas taux de survie ! Autrement dit, ils ont été plus nombreux à mourir plus tôt. En d'autres termes, c’est comme si l’exposition aux radiations de téléphones cellulaires avait augmenté l’espérance de vie des mâles !

Chez les femelles, presque la même chose : le plus bas taux de survie se trouvait dans le groupe contrôle et chez deux des groupes de femelles exposées aux radiations.

Comment, dans ce cas, en arrive-t-on à des manchettes nous annonçant que les cancers sont plus nombreux chez les rats exposés aux radiations ? Premièrement, taux de survie et cancer ne sont pas la même chose.

Ensuite, il faut savoir que la différence apparaît uniquement chez les mâles (aucune différence dans le taux de cancer chez les femelles), uniquement pour ceux qui ont été exposés aux radiations CDMA et uniquement pour deux types de cancer, le neurinome (une tumeur bénigne dans le cœur) et le gliome malin (dans le cerveau). Et encore, pour ce dernier, la différence est tout juste à la limite de ce que les chercheurs en médecine considèrent « significatif » : un écart de 5 %.

Il y a aussi une anomalie statistique : dans le groupe contrôle, aucun rat n’a développé de cancer. La loi de la moyenne fait qu’au moins un ou deux (environ 2 %) auraient dû en avoir.

Or, ont fait remarquer quelques experts depuis vendredi, si l'on émet l’hypothèse que cette anomalie statistique est en réalité une erreur, c’est-à-dire qu’un des rats « normaux » a bel et bien eu un cancer, mais qu’il n’a pas été diagnostiqué, alors la différence statistique entre le groupe contrôle et les groupes exposés s’efface. Au moins un des réviseurs de l’article (leurs commentaires ont aussi été mis en ligne) a avancé cette hypothèse d’une erreur de diagnostic.

Les chercheurs n’ont pas dévoilé les données complètes, ni sur le taux de survie à la fin de l’étude, ni sur les différences entre mâles et femelles, les deux points jugés cruciaux par les critiques.

Enfin, c’est une étude unique. Et ce ne serait pas la première fois qu’une étude unique arrive à des conclusions surprenantes par rapport au reste de la littérature, conclusions qui sont ensuite invalidées lorsque d’autres chercheurs essaient d’en reproduire les résultats. Cette étude sur des rats n’est d’ailleurs qu’une partie d’un plus vaste programme de recherche qui doit être complété l’an prochain, et qui inclura aussi des souris.

Il faut aussi se rappeler que bien que les téléphones cellulaires soient devenus omniprésents dans les pays occidentaux au cours des 25 dernières années, le nombre de cancers n’a pas augmenté. De nombreuses études indépendantes des pouvoirs financiers n’ont rien trouvé, notamment l’étude du « million de femmes » en Grande-Bretagne suivies pendant sept ans, ou encore celle du Danemark sur 350 000 usagers.

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