C’est une question qui aurait été inconcevable avant Darwin : comment la conscience a-t-elle évolué? La neurologie tend à présent à chercher la réponse à des centaines de millions d’années dans le passé. En résumé, la théorie dit que ce que nous appelons la conscience a émergé comme une solution au trop-plein d’informations qui assaille le système nerveux : une façon de faire en sorte que l’animal puisse sélectionner un signal au détriment des autres ce qui lui permet tantôt de fuir plus vite que les autres, tantôt de trouver sa nourriture avant ses concurrents. Si la théorie est exacte, cela signifierait que la conscience remonte à au moins 500 millions d’années.

L'hydre, qui date d’avant cette époque, possède le système nerveux le plus simple connu; tous les vertébrés possèdent un tectum, partie primitive du cerveau qui « centralise » l’information et peut coordonner les réactions du corps. Le cerveau des oiseaux a hérité de ses ancêtres, il y a 350 millions d’années, une petite structure appelée le wulst, devenue chez nous le gros cortex cérébral : c’est à cette structure qu’on doit la capacité à réagir, mais surtout à diriger l’attention, puis à emmagasiner des souvenirs pour future référence ; à un moment difficile à déterminer, s’est ajouté à cela un talent fondamental : celui de se projeter dans la tête des autres.

Les humains et les grands singes sont des champions, mais des corbeaux et des chiens ont démontré une capacité à ajuster leurs actions en fonction de la présence ou de l’absence d’un congénère. Pour les neurologues, la dernière pièce du casse-tête est le langage : avec celui-ci, il devient possible de parler de ce dont nous sommes conscients et de comparer nos impressions; le simple fait de « découvrir » que l’autre est conscient des mêmes choses que nous (ou non) est un bond énorme pour un animal social mais la contrepartie de cette évolution pourrait être la tendance, dans toutes les cultures humaines, à attribuer une « conscience  »à tout ce qui nous entoure, comme la terre, l’eau ou le vent... en plus des morts et des dieux.

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