Les armes de destruction

Militaires Corps des mitrailleurs britanniques utilisant une mitrailleuse Vickers lors de première bataille de la Somme en 1916.

Crédit photo: Photo de General Photographic Agency / Getty Images

Depuis toujours, la guerre est mère d’inventions. Tout au long de la Première Guerre mondiale, les belligérants ont rivalisé d’ingéniosité pour produire des engins de plus en plus destructeurs. On se souviendra de ce conflit comme la première guerre moderne, marquée par l’utilisation massive de l’artillerie et l’introduction de gaz chimiques.

En cette nouvelle ère de production de masse et de mobilisation de la population civile, la capacité d’armement prend des proportions jusqu'alors inconcevables.

Des mitrailleuses de plus en plus perfectionnées

Une section de mitrailleurs français prend position dans les ruines au cours de la bataille de l’Aisne en 1917.

Crédit photo: Galerie Bilderwelt/Getty Images

Bien que l’on puisse retracer l’origine de la mitrailleuse au XVIIIe siècle, son usage se répand surtout au cours Première Guerre mondiale. Plus prisées par les Allemands au début du conflit, elles deviennent vite essentielles pour attaquer les fantassins qui tentent une avancée vers les tranchées ennemies, rendant ainsi les déplacements à découvert pratiquement impossibles dans les « No mans’ land ». La technologie des mitrailleuses d’abord très lourdes et peu mobiles ne cessa de s’améliorer en cours de conflit.

À partir de 1916, les troupes canadiennes utilisaient surtout les Vickers qui seront ensuite regroupées dans des unités de mitrailleuses alors que les mitrailleuses légères Lewis transportables par un seul soldat se répandent de plus en plus. 

Des canons et des pluies d’obus

Un soldat britannique blessé montre son casque d'acier par un éclat d'obus lors de la bataille de la Somme en décembre 1916. Collection officielle du Ministère de l'information sur la Première Guerre mondiale .

Crédit photo: Photo du lieutenant Ernest Brooks / IWM via Getty Images

La guerre de tranchées nécessitait des canons et obusiers de plus en plus puissants. Dès 1915, les belligérants ont de plus en plus recours à des tirs de barrage massifs et continus pour bloquer l’avancée des troupes ou tenter de forcer les lignes adverses. On estime que 1,45 milliard d’obus a été tirés de part de d’autres durant les quatre années de conflit. L’artillerie fut responsable de la majorité des morts et des blessés au combat.

Les obus Schrapnel qui libéraient des centaines de balles de plomb ont causé d’innombrables blessures chez les soldats des deux camps. Par ailleurs, la montée de l’aviation de guerre a mené à la mise au point de canons antiaériens. D’une efficacité souvent assez réduite, ils constituaient malgré tout un obstacle supplémentaire aux raids aériens. 

La reine des canons : la grosse Bertha

Une grosse Bertha

Crédit photo: Une Grosse Bertha par Paul Hermans via Wikipédia

En mars 1918, lorsque des obus de 400 kg s’écrasent sur Paris, les Français qui ne pouvaient pas croire que les Allemands étaient si près de la capitale cherchaient des avions dans le ciel. Les grosses Bertha, développées en 1914 et probablement nommées en l’honneur de la fille de Friedrich Krupp, pouvaient projeter des obus de 800 kg à une portée allant jusqu’à 9 300 mètres.

Mais contrairement à la croyance populaire, le bombardement de Paris n’était pas l’œuvre de la « Grosse Bertha », mais d’un canon Kaiser-Wilhelm-Geschütz installé à 120 km de la capitale. Le puissant canon projeta plus de 360 obus sur la capitale et les environs, causant la mort de 256 personnes. À la fin de la guerre, les Allemands préfèrent détruire la majorité des Bertha pour éviter de les livrer aux ennemis. 

Gazés comme des animaux

Photo aérienne d’une attaque au gaz liquide sur la Somme. Les boîtes devaient être ouvertes sous un vent favorable pour être poussé vers les lignes ennemies. Un vent à sens contraire constituait un danger pour l’attaquant.

Crédit photo: Musée canadien de la guerre/Collection d'archives George-Metcalf/MCG 19700140-077

Symbole ultime de l’horreur la Première Guerre mondiale, les attaques au gaz asphyxiant ont pourtant fait peu de victimes en comparaison à l’artillerie. Mais cette arme inhumaine introduite par les Allemandes le 22 avril 1915 à la bataille d’Ypres pouvait rendre une grande partie des effectifs hors d’état de combattre et avait un effet psychologique dévastateur. Lors de la première attaque au gaz, 15 000 hommes furent intoxiqués et 2000 à 5000 en sont morts. Les visages des « gazés » se coloraient de bleu et de vert leur donnant un aspect effroyable.

D’abord à la merci de vents favorables, les premiers gaz se perfectionnent en passant au phosgène, l’acide cyanhydrique pour arriver en 1917, à l’hypérite mieux connue sous le nom de « gaz moutarde » en raison de sa couleur et son odeur et qui provoquait de graves brûlures chimiques et des vomissements incontrôlables. Fait intéressant : Clara Immerwahr, la première épouse de celui qu’on a surnommé le père de l’arme chimique, Fritz Haber, s’est suicidée quelques jours après la première attaque au gaz des Allemands.

La parade des masques à gaz

Un soldat allemand portant un respirateur en 1915.

Crédit photo: Bain News Service/Buyenlarge/Getty Images

L’arrivée de gaz asphyxiants force les belligérants à inventer des masques de plus en plus sécuritaires et performants.  Lors de la première attaque au gaz, un officier canadien recommanda aux soldats d’uriner sur leurs vêtements pour se couvrir la bouche et le nez. Les premières protections se limitaient à des tampons trempés dans des produits chimiques qu’on installait au bas du visage et des lunettes.

Des masques et des respirateurs furent ensuite introduits sur les champs de bataille pour les soldats, mais parfois pour des animaux essentiels, dont les chiens et les chevaux. 

Des pigeons à la radio

Le Second lieutenant Edward E French parle au téléphone dans le bois d’Argonne près de Montfaucon, en France, en octobre 1918.

Crédit photo: US Army/Getty Images

La difficulté des communications est un des défis majeurs de toutes les troupes au front.  Un messager pouvait mettre des heures à parcourir quelques kilomètres lorsqu’il n’était pas fait prisonnier ou abattu par l’ennemi. On estime qu’un demi-million de pigeons ont été utilisés pour livrer des messages avec plus ou moins de succès.

À défaut de téléphone sans fil, les câbles étaient trop vulnérables aux obus et pouvaient difficilement être enterrés sur de longues distances. La radio sans fil pouvait transmettre des messages en morse, mais sa portée demeurait encore limitée. On s’efforça d’améliorer les postes sans fil tout au long de la guerre, mais les communications entre l’infanterie et les commandants étaient souvent interrompues. 

Les rois de l’air

Un SE-5s en combat aérien contre un Fokker allemand vers 1915.

Crédit photo: Hulton Archive/Getty Images

En 1914, les principaux belligérants disposaient d’un nombre limité d’avions rudimentaires construits à base de bois avec des ailes en toile. La France ne disposait que de 160 avions contre 250 avions du côté allemand. Le perfectionnement des avions et des armes de tirs apparut rapidement comme un avantage stratégique. Très utiles pour les missions de reconnaissance, les avions furent peu à peu équipés de mitrailleuses et de bombes.

En raison des dangers de leur mission à une époque où les parachutes n’existaient pas encore, les pilotes de guerre étaient souvent considérés comme de nobles chevaliers de l’air. Et pour cause ! En 1915, alors que les Fokker allemands dominaient le ciel, on estime que la durée de vie moyenne des pilotes britanniques n’était que de onze jours.

Les Zepplins, terreurs de la population civile

Le cuirassé allemand SMS Seydlitz avec une tête Zeppelin.

Crédit photo: Le cuirassé allemand SMS Seydlitz avec une tête Zeppelin.

En raison de la capacité limitée des avions à transporter des bombes, les Allemands eurent davantage recours aux ballons Zeppelins pour les bombardements de cibles civiles. Dès janvier 1915, des Zeppelins attaquèrent la région du Norfolk en Angleterre. Cette première attaque fut suivie d’une cinquantaine de raids qui firent plus de 1 800 morts et blessés.

Mis au point par le comte Ferdinand von Zeppelin à la fin du XIXe siècle, ces monstres dirigeables faisaient la fierté de l’Empire allemand. Même s’ils s’avèrent vite trop vulnérables pour survoler des cibles bien défendues, ils restent pratiques pour les missions de reconnaissance et de transport de munition. 

Les rois des mers : les U-Boot

U-Boot avec son équipage vers 1916.

Crédit photo: Topical Press Agency/Getty Images

Au cours des années précédentes, la guerre, les Allemands avaient réussi à construire une imposante flotte de guerre pour défier les Britanniques, maîtres de la mer. Pourtant, il y eut très peu de grands combats navals au cours de la guerre et on se souvient davantage des attaques de U-Boot. Lors d’attaque de bateaux civils, les règles internationales de guerre exigeaient que l’équipage et les passagers soient alarmés pour leur permettre d’évacuer le navire. Qu’à cela ne tienne !

Dès le début de l’année 1915, l’ordre est donné aux sous-marins U-Boot allemands de couler les bateaux civils et militaires confondus sans préavis. En mai 1915, le torpillage du RMS Lusitania qui fait environ 1 200 victimes civiles scandalise les américains et force les Allemands à respecter davantage les règles. Mais dès 1917, les U-Boot reprennent leur offensive sans restriction, coulant plus de 2 600 bateaux tout au long du conflit. 

Le tank, une invention prodigieuse

Des membres du 5e bataillon de fusiliers canadien au retour de la bataille d’Amiens en août 1918.

Crédit photo: Musée canadien de la guerre/Collection d'archives George-Metcalf/MCG 19930012-528

Arme idéale pour attaquer les tranchées parce qu’il écrase les barbelés et résiste aux tirs de mitrailleuses, le véhicule blindé devient de plus en plus répandu vers la fin de la guerre. À partir de 1915, les Britanniques travaillent sur le projet « Tank » et mettent au point une première série de véhicules l’année suivante.

Même s’ils ont échoué à traverser les lignes ennemies au cours de la bataille de la Somme, ils sèment la terreur chez les Allemands et deviennent de plus en plus rapides et fiables. Au cours des dernières offensives de 1918, les chars sont beaucoup plus efficaces notamment grâce à une meilleure coordination avec l’infanterie, l’artillerie et l’aviation. 

Plus d'articles