Comme on le sait, la pression de beauté est souvent associée à celle de maigrir. Il faut avoir le ventre plat, les cuisses minces, une mâchoire définie, des bras musclés… Être gros ou grosse serait synonyme de laideur. L’industrie de beauté a rapporté 323.7 milliards de dollars américains en 2016 et c’est loin d’être parce qu’elle promeut à outrances une image corporelle plurielle et diversifiée

Mais qu’est-ce que la grossophobie?

La grossophobie est justement toute discrimination faite envers les personnes grosses. Et c’est loin d’être juste une question de beauté. Si la publicité, les réseaux sociaux, et le domaine de la mode encouragent un idéal de corps très précis qu’il faudrait atteindre, la grossophobie est si ancrée dans notre société qu’elle teinte même notre système de santé et nos espaces publics. Des fat jokes dans les films et spectacles d’humour aux insultes reçues quotidiennement dans la rue, les grosses en ont eu raz-le-bol et ont fondé le mouvement #bodypositivity afin de promouvoir une acceptation de tous les types de corps, peu importe s’ils choquent par leurs bourrelets, leurs vergetures et leurs cicatrices. Mais ce n’est qu’une première étape dans une longue lutte pour nous débarrasser de tout jugement face à la grosseur.

La grossophobie au quotidien

Se faire dire par la serveuse à la boulangerie qu’on ne devrait pas acheter ce gâteau, se faire traiter de « grosse vache » en faisant son jogging le matin, se retrouver démoli devant la piètre sélection de vêtements disponibles dans sa taille, voilà ne serait-ce que la pointe de l’iceberg. Il y a les bancs d’autobus dans lequel plusieurs personnes ne rentrent pas parce qu’ils n’ont pas été conçus pour elles. Il y a la difficulté aussi de se trouver un emploi  parce que les stéréotypes qui pèsent sur les obèses sont ceux de la paresse, d’un manque d’hygiène et de la stupidité. La discrimination des personnes grosses est particulièrement perverse parce qu’elle est encore acceptée socialement , malgré le fait que le quart de la population au Canada soit obèse et plus de la moitié en surplus de poids.

Une discrimination mortelle

Après la famille, le corps médical est la deuxième source de stigmatisation la plus importante envers les personnes grosses, surtout chez les femmes. On parle même de « grossophobie médicale ». Les professionnels de la santé reconduisent les stéréotypes autour de la grosseur lorsqu’ils et elles traitent leurs patients, parfois même de vieux stéréotypes qu’on croirait désuets – comme celui que la grosseur est seulement associée à une surconsommation d’aliments et un manque de volonté. L’approche médicale est donc biaisée par ces dogmes, ce qui mène souvent à une négligence de la souffrance et des symptômes du ou de la patiente. Ses inquiétudes sur sa santé seront parfois balayées de la main, expliquées vite fait par le surplus de poids et le seul conseil sera de maigrir. L’obésité coûte cher au système de santé, mais les personnes obèses payent cher la grossophobie. Les erreurs de diagnostique et de dosages sont plus fréquentes envers les gros et grosses sans compter le stress psychologique lié aux attitudes grossophobes des médecins.

Difficulté de trouver un emploi, insultes quotidiennes, pressions de se conformer aux normes de beauté, regards désapprobateurs, manque de représentation et de respect, ne voilà que certains exemples de la pression mise sur les personnes grosses.

Astuces pour éviter des comportements grossophobes

Surtout si on n’est pas obèse, il est facile de tomber dans les discours entourant la grosseur et de répéter des schèmes de grossophobie sans s’en rendre compte. Les militantes et militants du mouvement #bodypositivity suggèrent de cesser d’associer la grosseur à la maladie (il est parfaitement possible d’être en forme, de manger sain et d’être gros ou grosse!) et de cesser de complimenter une perte de poids, puisque ça implique que tout idéal résiderait dans le désir d’être mince et dans le désir de se conformer au modèle de beauté souvent hors d’atteinte qui nous est présenté. Une phrase à prohiber de nos bouches : « Elle est belle même si elle est grosse » ou toutes formulations de ce genre qui impliquent une antithèse entre beauté et grosseur. Le mieux qu’on puisse faire, c’est d’éliminer toute pression de poids qu’on pourrait mettre sur eux et d’arrêter, bien sûr, de rire des blagues grossophobes. C’est souvent la pression de maigrir qui augmente le taux d’obésité et qui crée autant de problèmes de santé. Heureusement, cette prise de conscience encouragent des initiatives à promouvoir une image diversifiée du corps et laisse un espace de parole plus grand pour les militantes et militants du mouvement #bodypostivity.

Changer sa vision du monde

Il existe une panoplie de blogueuses #bodypositive, des femmes, des hommes et des personnes queer qui réfléchissent sur leur grosseur et qui témoignent des discriminations vécues. Il faut suivre Dix Octobre pour doser son fil d’actualité de femmes magnifiques et grosses, ainsi que de critiques réfléchies. Tranquillement, des lois antidiscriminatoires envers les personnes de poids « non-idéal » se mettent en place, comme c’est le cas dans l’Union européenne. Il ne faut pas oublier de lire des articles pour se redonner confiance en notre corps, peu importe sa forme, tout le monde en a besoin ! De voir autant de personnes rayonnantes, grosses et fières ne peut que nous aider à tranquillement changer notre vision de nous-même, notre vision du monde et réduire cette peur des gros bien enfouie en nous.


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