Quand la Grande-Bretagne est en guerre, le Canada l'est

Affiche de recrutement pour le 163e bataillon représentant un fantassin canadien au côté d’un soldat français, mettant ainsi l’accent sur le lien entre les Canadiens français et la France.

Crédit photo: Musée canadien de la guerre/MCG 19750046-009

Le 4 août 1914, l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne entraînant avec elle toutes ses colonies. En quatre ans de conflit, 619 000 Canadiens soit environ 7% de la population du pays se sont enrôlés dans l’armée en majorité volontairement.

Parmi eux, on dénombre environ 34 000 Canadiens français qui, contrairement à une croyance tenace, ne se sont pas tous cachés pour éviter de partir front. Les soldats canadiens se sont illustrés au cours de grandes batailles, dont la bataille de Vimy, la bataille de Passchendaele et la bataille de la Somme. La Grande Guerre a aussi eu un grand impact sur le quotidien des civils qui ont participé activement à l’effort de guerre et se sont opposés à la conscription obligatoire votée par le gouvernement Borden en 1917. Voici un survol de la vie de nos compatriotes pendant la Grande Guerre. 

1915 : Les Canadiens affrontent une nouvelle arme, le gaz asphyxiant

Soldats couverts de bandages qui ont probablement été blessés par des lance-flammes ou le gaz moutarde. Le gaz moutarde brûlait la peau et les poumons défigurant un grand nombre de soldats atteints.

Crédit photo: Musée canadien de la guerre/Collection d'archives George-Metcalf/MCG 19920085-540

La deuxième bataille d’Ypres est la première grande bataille à laquelle participent les soldats canadiens. Le 22 avril 1915, un gros nuage de gaz vert jaune enveloppe les troupes françaises et algériennes qui avançaient sur le flanc gauche des Canadiens. Surpris par cette nouvelle arme redoutable à laquelle ils ne sont pas préparés, les alliés reculent en ouvrant une brèche d’environ 7 km que les Canadiens réussiront à combler malgré les blessures liées aux gaz.

La bataille se poursuit pendant quatre jours au cours desquels les Canadiens enregistrent de lourdes pertes estimées à 6 000 hommes. Mal équipés, les soldats canadiens porteront des casques de fer et des masques à gaz seulement à partir de 1916. 

1916 : La terrible bataille de la Somme

Des soldats canadiens prennent d'assaut le bastion allemand à la raffinerie de sucre de Courcelette le 15 septembre 1916.

Crédit photo: Musée canadien de la guerre

Le 1er juillet 1916, une grande offensive dans la région de la Somme au nord de la France est lancée par les commandants alliés pendant que les Français résistent encore au siège de Verdun. Au total, en quatre mois et demi de combat, les alliés n’avaient avancé que de 11 km au prix de 600 000 pertes.  Dans les rangs canadiens, on compte 24 029 blessés ou morts. Sur les 801 soldats du 1er Régiment de Terre-Neuve qui ont livré bataille à Beaumont-Hamel, 324 sont morts 386 autres ont été blessés.

1917 : la glorieuse bataille de la crête de Vimy

Les Canadiens du 29e bataillon d'infanterie progressent à travers le no man's land et les barbelés allemands pendant la bataille de la crête de Vimy, en avril 1917.

Crédit photo: Musée canadien de la guerre/Collection d'archives George-Metcalf/MCG 19920085-915

La Bataille de la crête de Vimy qui se déroula du 9 au 12 avril 1917 est l’un des plus grands faits d’armes de l’armée canadienne. La crête de Vimy, située dans le nord France, près d'Arras, était un endroit stratégique réputé imprenable où les troupes alliées avaient perdu environ 100 000 hommes. Le lieutenant-général sir Julian Byng prépara minutieusement l’attaque en retenant les leçons de la bataille de la Somme.

Le matin du 9 avril, environ 1000 fusils ont fait feu et une première vague estimée de 15 000 soldats est sortie des tranchées. Il fallut quatre jours pour déloger les Allemands de la Crête de Vimy au prix de plus de 10 600 pertes (dont 3500 morts). Aujourd’hui, un monument s’élève à Vimy en mémoire de tous les soldats canadiens qui se sont battus pendant la Grande Guerre. 

L’effort de guerre des Canadiens et des Canadiennes

la mère

Crédit photo: Musée canadien de la guerre/Collection d'archives George-Metcalf/MCG 20030362-007

Même si le théâtre des opérations se déroule de l’autre côté de l’Atlantique, la guerre affecte grandement l’économie et le politique canadienne. Dès le début du conflit, le gouvernement fédéral impose la Loi des mesures de guerre qui permet d’emprisonner des suspects sans mandat d’arrestation et réquisitionner n’importe quelle propriété.

C’est aussi pendant la Grande Guerre que le fédéral instaure l’impôt sur le revenu pour les entreprises et les particuliers. Bien qu'aucun rationnement obligatoire n’a été imposé contrairement à la Seconde Guerre mondiale, plusieurs familles font leur part en se privant entre autres de viande.

De plus, l’inflation plus rapide des prix par rapport aux salaires frappe durement les classes ouvrières. Pour les familles de soldats au front, l’attente des nouvelles était insoutenable. Sur cette photo, on voit la mère du soldat Marin Cochet mort en service à l’âge de 28 ans. Elle porte une Croix du Souvenir ou Croix d'argent rappelant le sacrifice de son fils.

1917 : La crise de la conscription

Un soldat canadien blessé vote dans un hôpital canadien en France pour les élections de septembre 1917.

Crédit photo: Musée canadien de la guerre/Collection d'archives George-Metcalf/MCG 19930012-843

Au début de l’année 1916, le premier ministre conservateur Robert Borden promet à la Grande-Bretagne l’envoi de 500 000 hommes alors que le recrutement de volontaires canadiens commence sérieusement à s’essouffler. Malgré son engagement à éviter l’enrôlement obligatoire au début du conflit, le premier ministre fait voter la Loi de la conscription obligatoire dès l’été 1917. Dès lors, plus de 90% des Canadiens anglophones et francophones conscrits se tournent vers le tribunal d’exemption pour tenter d’échapper à la guerre.

En décembre de la même année, le projet de loi pour la conscription obligatoire est au cœur des élections qui opposent le premier ministre conservateur au libéral sir Wilfrid Laurier. Pour s’assurer de remporter un maximum de votes, Borden accorde le droit de vote aux soldats et aux infirmières à l’étranger ainsi qu’aux mères, épouses et veuves d’hommes en service. Il accorde aussi une exemption du service militaire aux fermiers et tisse une alliance avec les Libéraux. En 1918, le premier ministre reviendra sur sa promesse faite aux fermiers deux semaines avant les élections de décembre 1917.

Au Québec, le débat donne lieu à de nombreuses manifestations anti-conscription et même à une émeute qui fait quatre morts à Québec en avril 1918. Même si les conscrits ne représentent que 5% des soldats canadiens envoyés au front, la crise de la conscription laissera des marques profondes, surtout du côté Canadiens français qui commencent à rêver de plus d’autonomie face au gouvernement fédéral et l’Empire britannique. 

1917 : Passchendaele, dans la boue jusqu’à la taille

Les champs de boue de Passchendaele

Crédit photo: Musée canadien de la guerre/Collection d'archives George-Metcalf/MCG 19930013-512

Tout comme la bataille de Verdun est synonyme d’horreur pour les soldats français, Passchendaele fut l’une des pires batailles menées par les soldats canadiens. À la mi-octobre 1917, 100 000 Canadiens vont prêter main-forte aux troupes alliées qui mènent une offensive depuis la fin du mois de juillet. Il pleut sans arrêt. Le champ de bataille est transformé en un immense bourbier, parsemé de corps et de trous d’obus, les tanks, les chevaux et les soldats s’enfoncent dans la boue parfois jusqu’à la taille.

Sous le commandement de sir Arthur Currie, le Corps canadien réussit finalement à entrer dans le village de Passchendaele à la fin du mois d’octobre après avoir perdu 4 000 soldats dont beaucoup noyés dans la boue. On estime que chacun des 8 km d’avancée à Passchendaele a coûté 6 000 hommes aux alliés, dont environ 250 000 Britanniques. 

2 000 morts à Halifax

Nuage de fumée au-dessus du navire français le Mont-Blanc, en train de couler, avant l'explosion. Le navire perpendiculaire au Mont-Blanc, au centre, est le Imo, navire norvégien impliqué dans la collision.

Crédit photo: Wikipédia

Le 6 décembre 1917, le navire français Mont-Blanc transportant plus de 2 400 tonnes d’explosifs entre en collision avec un navire norvégien l’Imo dans le port d’Halifax en Nouvelle-Écosse. L’explosion du Mont-Blanc qui a été entendue jusqu’à 420 kilomètres, provoque un raz-de-marée de plus de 18 mètres de haut, démolit environ 6 km2 de la ville et fauche 2 000 vies, 9 000 blessés et fait des milliers de sans-abris. L’explosion d’Halifax demeura la plus puissante de tous les temps jusqu’à l’invention de la bombe atomique!

Près de cent ans plus tard, on trouve des munitions non explosées et de la cordite au fond des eaux du port d’Halifax. Comble du malheur, un blizzard s’abat sur la ville dès le lendemain, rendant les secours encore plus difficiles. Outre l’aide des provinces avoisinantes, la population d’Halifax a reçu un grand secours de la Croix-Rouge de Boston et du comité de sécurité publique du Massachusetts. Aujourd’hui encore, la ville offre un sapin de Noël à la ville de Boston à chaque année en remerciement. Bâtiment partiellement soufflé par l'explosion d'un navire contenant des explosifs dans le port.

Des troupes canadiennes défilent dans les rues de Mons, précédées par une fanfare Highland, le 11 novembre 1918

Crédit photo: Musée canadien de la guerre/Collection d'archives George-Metcalf/MCG 19930065-434

En 1918, les Allemands lancent une série d’offensives qui leur procure une avance rapide sur le front ouest. Les soldats canadiens sont majoritairement épargnés de ses assauts, mais jouent un rôle de premier plan dans la série de contre-offensive des alliés d’août à novembre 1918, que l’on désigne parfois comme les Cent-Jours du Canada. Les Canadiens, répututés pour leur force de frappe, se distinguent au cours de plusieurs batailles notamment celle du canal du nord au cours de laquelle ils parviennent à percer la fameuse ligne Hindenburg jusqu’alors imprenable et s’emparer de la ville de Cambrai.

Au dernier jour de la guerre, le 11 novembre 1918, les Canadiens entrent triomphalement dans la ville de Mons en Belgique. Au cours de ces offensives finales que l’on a appelées les Cent jours, les Canadiens ont perdu 46 000 hommes dont le dernier soldat George Price qui est tombé sous les balles d’un tireur d'élite quelques minutes avant l'Armistice. 

Le bilan et le retour au pays

Cimetière canadien temporaire. Plus tard, la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth prit en charge les sépultures de guerre canadiennes en 1917. On estime que 20 000 soldats canadiens n’ont pas de sépulture.

Crédit photo: Musée canadien de la guerre/Collection d'archives George-Metcalf/MCG 19920085-403

Sur les 619 000 soldats canadiens partis au front, 67 000 ont perdu la vie et 173 000 autres reviennent blessés à divers degrés. Ajoutez à cela les 55 000 morts de la grippe espagnole dans un pays qui comptait environ huit millions d'âmes et vous aurez une petite idée de l’hécatombe de 14-18. Après l’armistice du 11 novembre 1918, pour des raisons de logistiques et les besoins de troupes d’occupation, 200 000 soldats doivent attendre quelques mois avant de rentrer au pays.

Les Canadiens français du 22e bataillon accostent à Québec en mai 1919. Aux prises avec un haut taux de chômage et un pays au bord de la faillite, le gouvernement s’efforce de mettre en place des programmes d’aide aux anciens combattants, mais la réinsertion dans la vie civile est loin d’être facile pour un grand nombre d’hommes blessés tant physiquement que mentalement. 

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