Retour

10 erreurs et horreurs de la guerre

Casque et fusil

La tactique de l'offensive à outrance

Charge de soldats français à la baïonnette tirée du livre L'histoire de la Grande Guerre

Crédit photo: François-Joseph Reynolds et al.1916.

Au début du conflit, l’armée française s’appuie sur la tactique de « l’offensive à outrance » qui avait certes fait ses preuves dans le passé, mais se révèle complètement désuète devant l’artillerie allemande.

Une instruction de 1887 décrit bien ce mythe de l’offensive : « Une infanterie brave et énergiquement commandée peut marcher sous le feu le plus violent, même contre des tranchées biens défendues et s’en emparer. » La tactique consiste à attaquer partout où l’on peut et charger les adversaires en recherchant le corps-à-corps. Or la baïonnette qui s’avérait utile entre les chargements de fusils au siècle précédent ne fait pas long feu devant la rapidité des mitraillettes et les obus.

La pratique de l’offensive à outrance dans une optique de guerre courte est en partie responsable de la défaite de l’armée française lors de la bataille des frontières qui fit plus de 200 000 pertes. Par chance, les officiers français abandonnèrent rapidement l’offensive à outrance pour mieux s’adapter aux nécessités de la guerre moderne. 

Les massacres de civils en Belgique et en France

L'exécution des notables de Blégny, 1914

Crédit photo: Evariste Carpentier / Collection de l'Admnistration communale de Blégny

En début du mois août 1914, la Belgique considérée comme un territoire neutre, refuse de laisser les troupes allemandes en direction de la France. Lorsque les Allemands envahissent le pays, les autorités belges laissent entrer des troupes françaises pour les aider à organiser la défense. Au cours des deux mois suivants, l’armée allemande procède à d’importantes exactions dans la population civile, exécutant sommairement toute personne suspectée d’être des francs-tireurs.

On estime qu’environ 6 500 civils sont tombés sous les balles des pelotons d’exécution et 25 000 autres personnes ont été déportées sans compter d’importantes destructions matérielles (environ 20 000 maisons détruites). Ces massacres de milliers d’innocents alimenteront la propagande antiallemande tout au long du conflit. 

Porter des pantalons rouges au front

Mémorial de Verdun

Crédit photo: Mémorial de Verdun via Wikipédia

Lors de la mobilisation en 1914, les soldats français étaient vêtus de pantalons rouges garance d’après un modèle datant des années 1880. Ils portaient également un képi cerclé de rouge et des gamelles qui brillaient au soleil. Cet attirail faisait d’eux des cibles parfaites pour les tirs ennemis! Comble de l’ironie : le rouge des pantalons militaires provient des usines allemandes Badische Anilin und Soda Fabrik. Il fallut donc distribuer des couvre-képis et des couvre-pantalons bleus en catastrophe en attendant les nouveaux pantalons.

Tout au long de la guerre, l’uniforme ne cesse d’évoluer pour mieux protéger les soldats des gaz et améliorer leur camouflage. Le casque d’acier fait son apparition au milieu de 1915, mais ce premier modèle est trop brillant au soleil et devra être porté avec un couvre-casque jusqu’à ce qu’aux prochains modèles de casques plus ternes. Pour tout savoir sur les transformations de l’uniforme français pendant la Première Guerre mondiale, visitez le site Les français à Verdun. 

La guerre à outrance des sous-marins allemands

U-Boat

Une loi internationale stipulait que les forces navales devaient donner un avertissement aux navires civils avant de les attaquer. Afin de couper le ravitaillement de leurs ennemis et prendre le contrôle des mers, l’état major allemand autorise les sous-marins U-Boot à torpiller n’importe quel navire sans avertissement.

Bien qu’elle parvient à affaiblir la suprématie des Britanniques sur les mers et force le rationnement des civils, cette tactique de guerre sous-marine a aussi largement contribué à l’entrée en guerre des États-Unis en 1917. Dès mai 1915, le torpillage du Lusitania qui a fait plus de 1 200 victimes, dont près de deux cents Américains jette de l’huile sur le feu. À la suite de cette tragédie, les Allemands se montrent moins agressifs, mais reprennent la guerre sous-marine à outrance dès les premiers mois de 1917. Quelques mois plus tard, les Américains déclaraient la guerre à l’Allemagne.

L’échec de la bataille de Gallipoli

Débarquement de troupes françaises à Moudros (île de Lemnos)

Crédit photo: Bibliothèque nationale de France

Lorsque l’Empire ottoman entre en guerre du côté des Allemands en octobre 1914, les Alliés croient pouvoir écraser rapidement cet empire en déclin que l’on surnomme « le vieil homme malade de l’Europe ». Winston Churchill qui occupait le poste de Premier lord de l’Amirauté britannique, organise une vaste expédition maritime et terrestre dans le but de forcer les détroits des Dardanelles et Bosphore et s’emparer de la ville de Constantinople.

En mars 1915, l’armada des alliés ne parvient pas à franchir le détroit des Dardanelles parsemé de mines et mieux gardé que prévu. Après cet échec naval, une force de plus de 80 000 soldats britanniques, australiens, néo-zélandais et français débarquent à Gallipoli où ils sont attendus de pieds fermes par les Ottomans. Mal préparées et évoluant dans un terrain difficile sous une chaleur accablante, les troupes alliées subissent de puissants revers pendant des combats acharnés qui durent plusieurs mois jusqu’à l’évacuation des troupes en janvier 1916. Le nombre de morts varie selon les sources, mais on estime entre 225 000 et 250 000 morts dans chaque camp, dont un grand nombre pour cause de maladie. 

Le Chemin des Dames, le massacre inutile

Assaut-chemin-des-dames

Crédit photo: Woman's Weekly - Liberty's Victorious Conflict

Tour au long du conflit, les Alliés ont enregistré des pertes considérables en tentant de forcer les positions allemandes pour gagner quelques kilomètres trop souvent rapidement repris par l’ennemi. En 1917, le nouveau généralissime et commandant en chef des armées françaises, Robert Nivelle, prépare une offensive entre les villes de Soissons et de Reims. Optimiste, il espère une percée dans les 24 à 48 heures.

Mais les préparatifs ne sont pas assez discrets. Les Allemands réussissent même à mettre la main sur le plan complet de l’attaque et renforcent leurs positions. Le 16 avril 1917, Nivelle choisit d’attaquer malgré tout et s’entête à poursuivre un combat désespéré jusqu’au 9 mai. Le bilan de la bataille du Chemin des Dames est lourd : on estime qu’environ 50 000 soldats français sont morts ou disparus et 125 000 autres ont été blessés. Pire encore, une vague de mutinerie se propage dans les rangs français : environ 3 500 condamnations de mutinerie seront prononcées et 49 soldats exécutés parmi les 500 condamnations à mort. 

L’échec du rouleau compresseur russe

Soldats de la deuxième armée russe en Autriche, à la suite de leur défaite et la capture par les Allemands à la bataille de Tannenberg en Prusse orientale, le 30 août 1914.

Crédit photo: Hulton Archive / Getty Images

Après un cuisant échec au cours de la guerre russo-japonaise de 1905, la Russie s’engage dans la Première Guerre mondiale dans l’espoir de redorer son blason et d’étendre son territoire dans les Balkans. Mais de graves problèmes politiques et économiques ainsi que les défaites sanglantes sur le front provoqueront la chute du régime tsariste et la Révolution bolchévique de 1917. En 1914, les alliés fondent de grands espoirs dans le « rouleau compresseur russe » pour attaquer les Allemands sur le front est.

Malgré la force du nombre, soit environ 12 millions d’hommes mobilisés tout au long du conflit, les troupes russes sont souvent mal entraînées, mal commandées, et manquent cruellement d’équipement notamment des fusils et de masques à gaz. Au cours des premiers mois du conflit, les armées du Tsar réalisent une percée en Prusse et en Autriche, mais sont arrêtées dès la fin août 1914 à Tannenberg par des troupes allemandes en nombre inférieur. Les Russes subissent 170 000 pertes face aux Allemands qui ne comptent que 12 000 pertes. À partir de l’automne, la guerre s’enlise et la majorité des tentatives d’attaques russes échouent, les désertions et les mutineries se multiplient.

Lors de la signature d’une armistice séparée avec l’Allemagne en décembre 1917, la Russie avait enregistré le plus haut pourcentage de pertes soit environ 76% (2 millions de morts et 5 millions de blessés). 

Le génocide arménien

Cadavres d'Arméniens

Crédit photo: ambassadeur Henry Morgenthau

Toujours nié par le gouvernement turc actuel, le génocide arménien qui s’est déroulé d'avril 1915 à juillet 1916 aurait coûté la vie de plus d’un million d’Arméniens en plus de milliers de déportés dans des conditions inhumaines. Depuis la fin du XIXe siècle, certains groupes arméniens réclamaient une plus grande d’autonomie face au sultan et des massacres avaient déjà eu lieu notamment dans la région de Cilicie. La Grande Guerre allait exacerber ces tensions religieuses et ethniques. Tout commence dans la vielle de Van sur le front du Caucase où une résistance s’organise après que deux jeunes Arméniens aient tenté d’aider une femme harcelée par les soldats turcs. Au cours des jours suivants, des troupes russes réussissent à s’emparer momentanément de la ville et invitent les Arméniens à les suivre dans leur retraite vers le Caucase. À la suite de cet indicent, sous le prétexte de prétendues collaborations entre les Arméniens et les Russes, le comité Union et Progrès, mieux connu sous le nom de « Jeunes-Turcs » planifie une opération massive de déportation et d’élimination systématique du peuple arménien. Les massacres commencent généralement par l’arrestation, la torture et l’exécution publique de notables. Vient ensuite l’ordre de déportation sans ravitaillement, ni défense face aux attaques subies tout au long de la route. Dans les régions les plus près du front, des milliers de personnes sont tuées sur place.

La bataille navale indécise du Jutland

Le croiseur HMS Birmingham sous le feu allemand

Crédit photo: Imperial War Museums (collection no. 1900-01)

Vingt-cinq navires coulés ou hors service, 6 094 marins anglais et 2 551 Allemands morts au combat et aucun vainqueur réel, c’est le bilan de la bataille navale du Jutland qui eu lieu du 31 mai au 1et juin 1916 dans la mer du Nord au large du Danemark. Malgré leur imposante flotte de mer respective, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont attendu deux ans avant de s’affronter dans un grand combat naval.

Supérieur en nombre, la Royal Navy britannique s’attendait à détruire la flotte allemande, mais à la suite d’une succession d’erreurs et de défaillances techniques, la victoire complète leur échappe. Au cours de la bataille, après avoir vu deux navires britanniques exploser et couler avec presque tout l’équipage, l’amiral David Beatty lança cette phrase devenue historique. « On dirait que quelque chose ne va pas aujourd'hui avec nos maudits vaisseaux, Chatfield ».

Les morts du 11 novembre 1918

Monument de George Price, dernier soldat canadien tué au combat

Crédit photo: Musée canadien de la guerre/Collection d'archives George-Metcalf/MCG 19900076-117

L’armistice signée à 5 heures du matin le 11 novembre 1918, entre officiellement en vigueur à 11 heures du matin. Malgré la paix imminente, l’auteur Joseph E Persico estime que 11 000 soldats seraient morts le matin du 11 novembre. En France, l’état-major donnera l’ordre de dater les morts du 11 novembre de la veille. Il est tout simplement inacceptable de mourir le jour de la victoire.

C’est le cas de George Price, dernier soldat canadien tombé près de la ville de Mons à peine deux minutes avant l'armistice. Le malheureux jeune homme de 25 ans s’est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment alors qu’un groupe d’Allemands lui ont tiré dessus pendant leur retraite. En fait, Price n’est pas le dernier militaire tué au cours de la Première Guerre mondiale, cet honneur revient au soldat américain Henry Gunther qui a mené une dernière charge vers des soldats allemands surpris de le voir surgir ainsi à 10 h 59, soit une minute avant la fin de la guerre.

Pendant les négociations pour l’armistice, certains combats se poursuivent. Le maréchal Foch avait même préparé une offensive pour le 14 novembre en cas d’échec des négociations.