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Malitsa Bernard François : l’éducation pour survivre au-delà du séisme

Malitsa Bernard François : l'éducation pour survivre au-delà du séisme

Malitsa Bernard François revenait de l’école lorsqu’un puissant séisme a secoué son pays. Chaque année, le 12 janvier est une journée difficile à traverser alors que les souvenirs de cette triste journée remontent à la surface. Cependant, elle ne peut pas non plus s’empêcher de constater que c’est cet événement qui lui a ouvert la porte vers d’autres pays. Par contre, sans avoir eu accès à l’éducation avant cette date fatidique, les 10 années qui ont suivi auraient été très différentes.

12 janvier 2010, jour du séisme en Haïti

Le 12 janvier, Malitsa était sur le chemin du retour de l’école avec des camarades de classe lorsque la terre s’est mise à trembler. Un coup de fil lui a permis de rejoindre sa mère qui croyait à cet instant que seule leur maison s’était écroulée. En approchant près de chez elle, son petit frère l’a retrouvée avec bonheur, alors qu’il craignait le pire pour elle et qu’il était convaincu que leur mère était décédée dans ce qu’il restait de leur demeure. Malgré les paroles de Malitsa, il ne croyait pas qu’elle ait pu parler avec leur mère quelques minutes plus tôt, car maintenant, le téléphone demeurait sans réponse. Plus aucune preuve que leur mère était en vie! Toutefois, Malitsa demeurait confiante.

À travers l’inquiétude des autres secousses qui se produisaient et que tous craignaient, elle devait également convaincre les gens du voisinage de l’aider à trouver sa mère dans les décombres. Personne n’y croyait, mais elle savait qu’elle devait persévérer. Sa mère lui avait mentionné qu’elle était dans sa chambre, ils pouvaient à tout le moins concentrer les efforts dans une direction. À 1 h du matin, enfin, sa mère réussissait à sortir, avec seulement quelques égratignures, de ce qu’il restait de leur maison.

Malgré ces retrouvailles heureuses, ils n’étaient pas au bout de leurs peines. Pour Malitsa, c’est le lendemain du séisme que tout a été plus difficile, lorsqu’ils ont pris conscience de l’ampleur de la situation.

À travers la mort, la vie doit suivre son cours

Malgré une ville dévastée, les morts que l’on ne compte plus, la vie doit continuer. Heureusement, toute la famille de Malitsa a pu être hébergée chez une amie à Delmas, un des arrondissements de Port-au-Prince.

L’une des contributions du gouvernement sénégalais a été d’offrir des bourses d’études, en accueillant 163 étudiants d’Haïti. Malitsa a fait partie de cette cohorte. Encouragée par sa famille, elle a rempli les documents et pris part à l’entrevue. Elle était déterminée à poursuivre ses études, malgré la situation dans laquelle se trouvait Haïti. Et sa candidature a été retenue.

En octobre 2010, Malitsa quittait pour la première fois de sa vie son pays, mais aussi sa famille et ses amis. Ce n’est qu’une semaine avant son départ qu’elle en a pris pleinement conscience. Malgré les émotions partagées, c’était réellement ce qu’elle souhaitait.

L’école en terre sénégalaise, un retour en Haïti et un départ vers le Canada

L’arrivée au Sénégal a été un contraste avec sa vie en Haïti après le tremblement de terre. L’accueil des étudiants haïtiens a été une grande fête! Jumelée à un étudiant sénégalais, son adaptation en a été facilitée. 

Durant ces 3 années d’études, elle a découvert un pays qui fait dorénavant aussi partie d’elle. Un pays qui lui ressemble, mais constitué de nombreux contrastes par rapport à son pays d’origine. Durant sa formation au baccalauréat en Travail social, elle a eu l’opportunité d’effectuer un stage de 3 mois en sol québécois auprès des personnes souffrant d'un handicap. Elle découvrait alors, un autre pays, une autre culture.

En 2013, elle retournait vivre en Haïti pour y travailler auprès des enfants. Mais rapidement, elle a senti qu’elle devait aller plus loin dans ses études. En 2016, elle a donc quitté son pays à nouveau, mais cette fois-ci, il s’agissait d’une décision longuement réfléchie. Le départ s’est donc fait sans trop de heurts. Ses objectifs professionnels étaient clairs et elle devait aller de l’avant.

Elle s’est donc installée au Canada pour terminer sa formation en travail social en effectuant une maitrise en Service social à l’Université d’Ottawa. Elle a ensuite effectué maitrise en Développement international et mondialisation.

10 ans plus tard

En Haïti, la vie avant 2010 était bien plus facile qu’aujourd’hui en 2020. Il y a eu le séisme, mais ce n’est pas tout. L’envergure des problématiques ne cesse d’amplifier.

Malitsa espère que « les choses vont changer. Mais pour cela, il faudrait qu’il y ait une autre constitution. La nature a horreur du vide et, actuellement, il y a un vide constitutionnel et des gens malintentionnés en prennent part. Il faut mettre l’éducation à l’avant-plan. »  Cette éducation, c’est ce qui l’a sauvée. Elle est consciente qu’elle fait partie des privilégiés qui en ont eu accès en Haïti et qu’il faut justement que les choses changent pour que tous aient les mêmes possibilités.

L’éducation s’avère essentielle, mais la population d’Haïti doit aussi avoir accès aux hôpitaux et pouvoir vivre dans un environnement sécuritaire.

Mais, tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas de modifications au niveau politique, les changements ne pourront s’effectuer. Elle garde malgré tout espoir qu’un jour la situation s’améliorera. D’ailleurs, la mobilisation des gens en sol haïtiens dénote un désir profond de renouveau. Elle espère qu’un jour une nouvelle constitution permettra à la diaspora de contribuer à la création d’un pays, où tous ont des droits. Malitsa Bernard François, pour sa part, a déjà un projet écrit et détaillé, mais il s’agit d’un projet sur du long terme; si la constitution change, elle sera prête!

Sympatico souhaite remercier Cynthia Brunet et Betty Archille pour la réalisation de cet article. 

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