L’aéroport de Mirabel refait surface dans l’actualité ces jours-ci avec son aérogare que certains veulent détruire et d’autres, conserver. Mirabel, c’est l’exemple parfait de l’« éléphant blanc », un projet inutile et coûteux, parce que surdimensionné et/ou inachevé et/ou inexploitable. Petit tour d’horizon de quelques autres projets ratés de par le monde, des projets qui sont soit en sommeil, soit purement et simplement abandonnés. Comme Mirabel… 

Mirabel

Crédit photo: Ed Jones/AFP/Getty Images

L’hôtel fantôme

L’hôtel Ryugyong de Pyongyang, en Corée du Nord Cet hôtel de 105 étages en forme de pyramide domine tout l'horizon de la capitale de la Corée du Nord depuis plus de 20 ans. Sa construction a commencé en 1987 et son achèvement était prévu pour 1989. Pourtant, en 1992, la dislocation de l’Union soviétique, qui approvisionnait la Corée du Nord, notamment en matières premières, amène l’arrêt du chantier alors que l’immeuble n’est encore qu’une ossature de béton. Les travaux reprennent en 2008, ou plutôt, des fenêtres ont été posées, mais on ne sait pas encore aujourd’hui si l’intérieur est terminé et si l’hôtel sera inauguré un jour.

L'immense et imposant bâtiment est apparu sur une série de timbres, mais le gouvernement nord-coréen a longtemps nié son existence. Des photos retouchées dans lesquelles l’hôtel a été effacé ont été publiées et il est même absent des cartes géographiques de la ville.   

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Crédit photo: DIETER NAGL/AFP/Getty Images

Une coquille vide de sept milliards

La centrale nucléaire de Zwentendorf, en Autriche La centrale de Zwentendorf devait être la première des six centrales nucléaires prévues en Autriche qui allaient générer 730 mégawatts d’électricité. Sauf que les partis politiques autrichiens ne s’entendaient pas du tout sur le rôle du nucléaire dans leur pays. Il y eut donc un référendum en 1978, que le « non » (non, on ne veut pas d’énergie nucléaire) a emporté par une mince marge (50,5 %).

C’est ainsi qu’après six ans de travaux et sept milliards de dollars plus tard, la centrale de Zwentendorf a été abandonnée. Elle sert aujourd’hui de lieu de formation aux ingénieurs nucléaires et de réserve en pièces de rechange pour les centrales allemandes. 

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Crédit photo: ChinaFotoPress/ChinaFotoPress via Getty Images

Une ville déserte au milieu du désert

Ordos, en Mongolie-intérieure En 2003, la ville d’Ordos, en Mongolie-intérieure, au centre de la Chine, a décidé de devenir une toute nouvelle capitale rutilante, avec un tout nouveau centre-ville disposé autour d’un lac artificiel, en plein coeur des steppes rougeâtres de la Mongolie-Intérieure. Pour ce faire, on a construit des dizaines et des dizaines de tours, prêtes à accueillir jusqu’à un million de personnes, une frénésie de construction accentuée par la spéculation immobilière qui battait alors son plein dans l’ensemble de la Chine communiste. Aujourd'hui, à peine 60 000 personnes vivent à Ordos.

Les autorités croyaient que les usines viendraient, mais les usines ne sont pas venues et les immeubles sont restés vides. Ordos est aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes villes fantômes du monde, en raison de sa très faible population. 

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Crédit photo: ISSOUF SANOGO/AFP/Getty Images

Des barrages sans pièces de rechange

Les barrages hydro-électriques d’Inga, en République démocratique du Congo Les deux barrages d’Inga dans la province du Bas-Congo, près de la ville de Matadi, Inga I et Inga II, devaient être accompagnés de deux autres barrages, Inga III et Grand Inga, qui en sont encore à l’état de projets.

Les deux barrages font partie d’autres ouvrages pharaoniques créés dans le pays du défunt président Mobutu Sese Seko qui exerçait une politique toute de prestige. Pour l’instant, Inga I et Inga II fonctionnent à 20 % de leur capacité, la plupart des turbines sont à l’arrêt, faute de pièces de rechange. Seulement 5 % de la population congolaise a accès à l’électricité. 

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Crédit photo: Mario Tama/Getty Images

Un échec commercial supersonique

Le Concorde Le Concorde était un avion de ligne supersonique produit en seulement 20 exemplaires (dont 6 non commerciaux) par une association franco-britannique. Ses premiers vols commerciaux ont commencé en 1976 et se sont terminés 27 ans plus tard, en 2003. La forte consommation de carburant de l'appareil a rendu son exploitation non rentable. Même s’il a été un échec commercial, le Concorde a malgré tout été le moteur d’importants développements technologiques et stratégiques et a eu un grand impact culturel.

C’est l’un des deux seuls avions de ligne supersoniques à avoir été produits. Son équivalent soviétique, le Tupolev Tu-144, n’a connu qu’une très brève carrière opérationnelle.  

Mirabel

Crédit photo: Francisco Calvino / Getty Images

Une « maison du peuple » onéreuse

Le palais du Parlement de Bucarest, en Roumanie Pour construire le palais dont rêvait l’ancien dictateur roumain, Nicolae Ceausescu, il a fallu détruire 520 hectares de la ville de Bucarest (soit 1/5 de la superficie totale du centre historique de la ville, l’équivalent de trois arrondissements parisiens), démolir ou déplacer une trentaine d’églises et 7000 maisons. Il a fallu expulser et reloger 40 000 personnes dans des immeubles inachevés parfois insalubres, sans eau, ni gaz, ni électricité. 600 architectes et 20 000 ouvriers ont travaillé sur le chantier jour et nuit et le projet aura coûté jusqu’à 40 % du PIB annuel du pays pendant sa construction. Quand Ceausescu perd le pouvoir en 1989, la « Maison du peuple » n’est pas encore achevée et elle sera même pillée pendant la révolution cette année-là.

Le gouvernement provisoire décide tout de même de finir le projet qui a déjà coûté si cher. On le rebaptise alors Palais du Parlement. Avec ses 350 000 mètres carrés, le palais est l’un des plus grands bâtiments en pierre et le second plus grand bâtiment administratif au monde après le Pentagone américain. Certaines parties du bâtiment ne sont pas encore terminées. Des visites du palais sont organisées pour le public en différentes langues, mais elles ne concernent que 7 % du bâtiment. La location de salle et les revenus issus des visites couvrent à peine 40 % des frais d'entretien du bâtiment. 

Mirabel

Crédit photo: BSIP/UIG Via Getty Images

Un fleuron aussi décrépit que dangereux

La station nucléaire Superphénix, à Creys-Mépieu, en France En 1974, le gouvernement français choisit d’implanter un réacteur à neutrons rapides dans l’Isère, près du Rhône. Baptisé Superphénix, le réacteur régénérera du combustible tout en produisant de l’électricité, la voie de l’avenir, croit-on alors. Le réacteur est mis en service en 1986, mais le prix de l’uranium ne décollant pas, le principe de régénération n’est pas rentable.

La centrale connait aussi des problèmes techniques et les écologistes manifestent, tellement qu’en 1997 le gouvernement de Lionel Jospin décide de fermer la centrale, après avoir dépensé 9 milliards d’euros pour sa construction. Le démantèlement du site, encore en cours (on y trouve des éléments dangereux à manipuler avec soin) devrait être terminé en... 2030. 

Mirabel

Crédit photo: Boucheci / Wikimedia Commons

L’autre éléphant blanc du Québec

L’ilot Voyageur, rue Berri Ah, le Québec en aura vu passer des éléphants blancs sur son territoire. Après Mirabel et le gouffre du Stade olympique, la Ville de Montréal s’est dotée d’une gare d’autobus encore inachevée, huit ans après le début de sa construction, en 2006. Le projet dirigé par l’UQÀM devait servir au transfert de la Station Centrale d’Autobus Montréal, l’ancien Terminus Voyageur, et à l’aménagement de résidences pour étudiants et de commerces. Il est vite devenu un énorme fiasco financier dont la construction est restée longtemps paralysée.

La nouvelle gare a ouvert ses portes en 2011, et le reste de la construction devrait, éventuellement, être géré par l’Université de Montréal pour devenir le « Campus de santé publique Norman-Bethune », en lien avec le nouveau CHUM.  

Mirabel

Crédit photo: FlyAkwa / Wikimedia Commons

Avant le TGV

L’aérotrain français Dans les années 1960 est apparue une nouvelle technologie : l’aérotrain, un véhicule qui glissait sur un coussin d’air au dessus d’un monorail en forme de T inversé. C’était avant le TGV et le gouvernement français y croyait très fort. Les aérotrains expérimentaux dépassaient les 400 km/h. Deux voies d’essai ont été bâties en 1966 et 1969. La plus longue, près d’Orléans, mesurait 18 kilomètres et devait être la première étape d’une vaste ligne qui aurait relié Paris et le sud de la France.

Puis arrivèrent la crise pétrolière et... le TGV, le nouveau projet de la SNCF, la Société nationale des chemins de fer français. L’aérotrain fut vite oublié. La ligne d’essai d’Orléans est toujours en place, 35 ans plus tard, même si elle ne sert strictement à rien. Il en coûterait plus cher de la démanteler que de la laisser rouiller dans le paysage.  

Mirabel

Crédit photo: Africa Twin / Wikimedia Commons

Le Mirabel espagnol

L’aéroport Central-Ciudad Real, en Espagne Ouvert en décembre 2008, l’aéroport Central-CIudad Real, en Espagne, était le premier et seul aéroport international espagnol entièrement financé par le secteur privé. Il a coûté 1,6 milliard de dollars et comprenait une piste de 4200 mètres de long, l’une des plus longues d’Europe. L’aéroport devait desservir la côte andalouse et Madrid, deux régions situées à moins d’une heure de train à grande vitesse de l’aéroport. On y espérait 2,5 millions de passagers par an, mais en 2009, il n’accueillait que 53 000 passagers. L’aéroport a fermé ses portes en avril 2012. En août 2013, l’aéroport a été mis en vente pour 141 millions de dollars…

Pour l'anecdote, c’est là que Pedro Almodovar s’est installé avec son équipe en 2012 pour le tournage du film Les amants passagers

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