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Portrait inspirant : Hélène Cyr, de v.-p. à bénévole au Rwanda

Portrait inspirant : Hélène Cyr

Changer de vie, y avez-vous déjà pensé? À l’approche de la quarantaine, c’est ce qu'Hélène Cyr a osé faire. Elle a tourné le dos à un salaire qui avoisinait les 500 000 $, a quitté son poste prestigieux de vice-présidente chez Bombardier, pour aller œuvrer de manière bénévole ici et ailleurs et elle est tombée sous le charme du peuple rwandais.

Évidemment, peut-être me direz-vous qu’il est facile de changer de vie lorsque l’on gagne autant d’argent. Oui, peut-être. Lorsqu’on n’a pas d’enfant, encore plus. Mais, il est aussi possible de s’enfermer dans une tour d’ivoire et profiter seul de sa richesse. Hélène Cyr a emprunté un tout autre chemin et a fait le choix d’aider son prochain, en choisissant une voie liée à ses valeurs profondes.

Une ascension rapide sur le marché du travail

Ce n’est pas sans raison qu’Hélène Cyr a obtenu un poste de vice-présidente à un si jeune âge. Elle a travaillé avec acharnement et passion, sans compter ses heures. Diplômée de l’École Polytechnique en génie industriel et en administration des affaires, elle y était lors de la tuerie en décembre 1989. Est-ce, inconsciemment, pour faire honneur à ses femmes qui ont perdu la vie qu’elle a voulu gravir les échelons? Pour tenir tête à ce déséquilibré qui ne voulait pas de femmes à des postes décisionnels? Peut-être, dit-elle en entrevue. Assurément, un tel événement nous forge d’une manière ou d’une autre, mais il nous rappelle surtout que la vie ne tient qu’à un fil.

Hélène Cyr est donc devenue la plus jeune femme vice-présidente de l’histoire de Bombardier Transport en 2004, alors qu’elle était seulement âgée de 34 ans. Les défis se sont succédé, mais alors qu’elle avait toujours aimé travailler au sein de la grande famille de Bombardier, elle y trouvait de moins en moins de plaisir. Son travail rejoignait de moins en moins ses valeurs.

Un point de non-retour

Un vendredi à Bruxelles en 2006, Hélène Cyr a quitté son bureau sans dire un mot. Assise sur un banc de parc, elle a pris conscience qu’elle avait atteint un point de non-retour. Elle qui carburait au défi, ne se retrouvait plus, ne se comprenait plus après des semaines d’insomnies, d’anxiété et de malaises autant physique que mental.

La semaine suivante, elle rencontrait son patron pour lui remettre sa démission. Il ne l’a pas accepté sur le champ, mais il a dû se rendre à l’évidence. Hélène ne souhaitait pas d’un congé de maladie; ils se sont plutôt entendus pour un congé sabbatique de 2 ans, sans obligation de retour.

Le début d’une nouvelle vie

Quelques mois plus tard, en janvier 2007, Hélène Cyr revenait vivre à Montréal, sans plan défini, mais en sachant qu’elle voulait faire autre chose… Mais quoi?

En même temps qu’elle se posait mille et une questions, elle frappait un mur d’incompréhension dans son entourage. Un ami lui a même lancé qu’elle allait tout gâcher… Gâcher quoi, exactement? Une carrière fulgurante où tout était axé sur la performance et l’argent, sans véritables soucis de l’humain? 

Une courte recherche concernant le bénévolat l’a amenée à offrir ses services comme serveuse au restaurant Robin des bois. Elle s’est retrouvée entourée de gens qui souhaitaient aider et s’aider, de gens curieux, qui s’intéressaient à tout, entre autres à son état général et non à son statut professionnel. Cette expérience a été significative dans son cheminement. Parfois, changer de milieu nous permet de voir la vie sous un autre angle.

Elle ne trouvait pas pour autant la direction à donner à son existence. Elle a donc accepté un nouveau mandat à la suite d’un appel d’un ancien collègue. Mais ce retour sur le marché du travail n’a pas été concluant et s'apparentait, pour elle, à un retour en arrière. Fidèle à ses engagements, elle a terminé son contrat, mais alors qu’elle fêtait ses 38 ans, elle avait l’impression de se retrouver encore une fois à la case départ. Comment pouvait-elle se créer une nouvelle vie, à partir de rien et sans non plus renier son passé?

L’appel de l’Afrique et le chemin de Compostelle

Il faut parfois toucher le fond pour mieux rebondir. C’est à ce moment qu’un article de journal a attiré son attention. On y racontait qu’une hygiéniste dentaire du Québec, Sylvie Potvin, distribuait des brosses à dents en Afrique. Hélène l’a contactée pour en apprendre davantage sur son projet, en lui disant qu’elle souhaitait aussi aider, mais qu’elle ne savait pas comment s’y prendre. Celle-ci lui a partagé son histoire et lui a suggéré de communiquer avec Maman Nicole, une Québécoise qui s’occupe d’un Centre d’aide destiné aux veuves et aux orphelins du génocide des Tutsis au Rwanda. Ce que Hélène s’est empressée de faire par courriel. Une réponse rapide lui est revenue. Nicole pourrait l’accueillir dès janvier.

Enfin, sa vie prenait une direction, mais elle devait patienter encore quelques mois avant de partir vers l’Afrique. Dans l’attente, elle pouvait en profiter pour réaliser un projet qu’elle conservait dans un coin de sa tête… pour justement pouvoir la vider complètement! Elle est donc partie sur les chemins de Compostelle. Plus d’un mois à marcher jour après jour, à dormir dans des gites rudimentaires, à partager son espace et parfois même son lit. Plus d’un mois, à avoir des échanges riches et variés avec d’autres pèlerins. Plus d’un mois à enfin faire le vide, tout en avançant jour après jour. Et au rythme de ses pas, le ménage s’est effectué dans son esprit. Plus que jamais, elle savait qu’elle prenait la bonne décision, celle de mettre de côté sa carrière, pour plutôt utiliser ses compétences pour aider les autres.

Une nouvelle vie au Rwanda

Lorsque son avion s’est posé à Kigali en janvier 2009, les mots Changer de vie ont pris tout leur sens.

L’adaptation nécessitait un certain temps, adaptation qui n’aurait peut-être pas été possible sans son expérience de Compostelle. Vivre avec une nouvelle famille, dans un logement sans eau courante, sans douche, ni toilette, n’était pas une chose aisée.

Mais l’accueil et le sourire des gens compensaient amplement tous ces manques matériels. Et petit à petit, elle a découvert de quelle manière elle pouvait aider au Centre de maman Nicole. D’abord, en leur offrant des cours de sports, mais aussi d’éducation sexuelle, de nutrition, ainsi que des cours d’anglais. Elle participait également à la banque alimentaire et distribuait la nourriture et les médicaments à ceux qui en avaient besoin. Les journées étaient bien remplies, et se terminaient régulièrement autour d’une bière avec les autres femmes qui fréquentaient le Centre. Durant ces moments, elle écoutait leurs histoires, sans qu’elles se plaignent pour autant de leur passé. Il s’agissait simplement de leur réalité, de leurs cicatrices profondes. Les liens d’amitié se tissaient, les relations s’approfondissaient.

À travers les semaines qui passaient, elles découvraient un univers où la résilience, le courage et la persévérance étaient profondément ancrés. Un peuple qui, même s’il avait peu, accueillait toujours les autres les bras ouverts, le sourire aux lèvres. Un peuple qui savait s’amuser, malgré les blessures, les cauchemars du passé.

Hélène s’y sentait bien, s’y sentait à sa place. Malgré tout, une date butoir approchait, celle de son retour à Montréal. Même si ces nouvelles amies en doutaient, Hélène savait qu’elle reviendrait en Afrique. Car à travers cette nouvelle vie, elle avait découvert un monde, et une autre famille, mais surtout une manière d’aider, de faire quelque chose d’utile, quelque chose de mieux que tous les contrats, que tous les voyages inimaginables. Elle avait découvert l’endroit où elle voulait être.

Entre Montréal et l’Afrique

Depuis cette expérience, Hélène Cyr a passé plusieurs années au Rwanda, et partage dorénavant sa vie entre Montréal et l’Afrique.

Bien sûr, la route a parfois été sinueuse. Oui, par moment, elle a été déçue, elle s’est trompée, mais de manière générale, elle sait qu’elle fait une réelle différence dans la vie de plusieurs, au même titre que le peuple rwandais a fait une différence dans la sienne. Et elle a pris conscience que ce n’est pas le confort du lit qui fait que l’on dort bien, ce n’est pas la grandeur de la maison qui fait que l’on rit aux éclats, ce n’est pas l’argent qui fait que l’on est heureux…

Aujourd’hui, Hélène travaille en développement social et économique en Afrique. À travers les années, elle a contribué à la construction de deux nouvelles écoles au Rwanda qui accueillent près de 1 000 étudiants. Elle a ainsi réalisé un rêve, en aidant les autres à réaliser les leurs.

Pour connaitre toute son histoire, lisez Changer de vie.