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La « Divine » Sarah Bernhardt à Montréal

Portrait de Sarah Bernhardt (1844-1923) de Napoleon Sarony

Le 23 décembre 1880, la grande actrice française, Sarah Bernhardt, s’arrêtait à Montréal dans le cadre d’une tournée américaine. Malgré les interdictions du clergé, celle que l’on surnomma "la Divine" reçut un accueil triomphal dans la métropole. Des étudiants décidèrent même de dételer les chevaux de sa carriole pour tirer son traîneau!

Et pourtant, une vingtaine d'année plus tard, en 1905, son passage à Québec tourna presque au drame. Selon leur bonne habitude, des membres du clergé avaient prêché contre les dangers du théâtre. Réagissant au mauvais accueil qu’elle avait reçu, l’actrice jeta de l’huile sur le feu en déclarant à des journalistes de L’Événement :

Je ne comprends rien à votre population, dit-elle. Vous avez des Canadiens-anglais [sic], des Canadiens-irlandais [sic], des Canadiens-français [sic], des Canadiens-iroquois [sic]! mais voulez-vous me dire pourquoi vous vous appelez des Canadiens-français [sic]! Vous avez à peine une goutte de sang français dans les veines. [...] Vous avez un beau pays, mais c’est tout. Depuis 25 ans, l’agriculture peut-être a prospéré, mais le reste? Vous n’avez pas de peintres, vous n’avez pas de littérateurs, vous n’avez pas de sculpteurs, vous n’avez pas de poètes. Frechette peut-être, et un autre jeune. Mais sapristi, vous n’avez pas d’hommes, vous n’avez pas d’hommes! [...] C’est à vous, les journalistes, et à la jeunesse étudiante, à préparer l’avenir et à former le goût et les mœurs d’un pays [...] Vous avez progressé depuis 25 ans mais en arrière [...] Vous êtes sous le joug du clergé [...] Vous lui devez ce progrès en arrière qui vous fait ressembler à la Turquie. (Extrait repris pas Magazine prestige.com)

Le soir même, des centaines de manifestants décidèrent de s’en prendre à la troupe de l’actrice devant la Gare du Palais. Inutile de préciser que Sarah Bernhardt ne remit jamais les pieds à Québec.

Sarah Bernhardt

Crédit photo: Napoleon Sarony

J’aime cet hommage de Sacha Guitry à cette femme hors du commun. « Elle avait 72 ans ce jour-là, elle vivait depuis 50 ans avec un seul poumon, depuis 30 ans avec un seul rein et depuis 15 jours, hélas! avec une jambe, elle était le courage personnifié. »

 

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