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Sortez vos albums photos et évitez la dépression?

Se souvenir de moments heureux permettrait de diminuer les risques de dépression chez les personnes à risque, selon une récente étude effectuée par des chercheurs de l’Université de Cambridge. Alors, est-ce que le secret résiderait dans nos albums photo poussiéreux?

Se souvenir de moments heureux réduit le risque de dépression

427 adolescents, qui étaient considérés à haut risque de basculer dans la dépression, ont participé à l’étude. Ils devaient se souvenir d’événements heureux du passé et les raconter avec le plus de détails possible. Les chercheurs ont alors découvert que le taux de cortisol habituellement très élevé chez les personnes dépressives, associé à un grand niveau de stress et d’anxiété, diminuait considérablement lorsque des souvenirs positifs étaient racontés avec précision. Il serait donc envisageable de s’entrainer à être heureux? Pas tout à fait, mais presque! Il semble qu’il soit possible pour tous de s’habituer à faire remonter à la surface des moments de bonheur ce qui permet de développer la résilience pour affronter le présent.

Le pouvoir des albums photo

Alors que je venais de lire cette étude, je devais plonger dans mes albums photo du passé pour souligner les 40 ans d’une amie. 36 ans d’amitié sur 40, ça fait beaucoup de photos, pas toujours glorieuses, d’ailleurs!

Jordan McQueen / Unsplash

On prend rarement le temps de revoir défiler notre passé sous nos yeux. Dans notre quotidien, lorsqu’on pense à notre enfance, ce n’est pas toujours positif et souvent plutôt flou. On peine à se souvenir à quoi ressemblaient nos journées, les fêtes, les vacances. Pourtant, une seule image a le pouvoir de faire surgir tout un monde enfui profondément. On entend la musique, les fous rires. On n’est pas toujours à notre meilleur, même rarement, surtout avant l’époque des appareils numériques! Mais, cet instant est rempli de véracité. Je réalise en feuilletant les albums que plusieurs moments ordinaires sont en fait extraordinaires parce que je me trouvais avec ma famille et mes amis. Et surtout, parce qu’on a traversé le temps avec les hauts et les bas de la vie, les coupes de cheveux étranges, nos vêtements qui l’étaient tout autant, les petites et les plus grosses chicanes, le décès de certaines personnes, mais la naissance de plusieurs autres. On réalise que la vie n’est pas parfaite, elle est ce qu’elle est, tout simplement.

Les photos éphémères

Aujourd’hui, on passe beaucoup de temps à regarder les photos des autres sur les médias sociaux. On vit dans l’instantanéité. Des paysages spectaculaires défilent sous nos yeux, des repas exquis, des sourires, des activités toutes plus originales les unes que les autres. On voit des images quasi parfaites qui reflètent une certaine réalité dont on est privilégié d’avoir accès, mais qui n’est pas la nôtre.

On prend aussi de nombreux clichés qu’on s’empresse de partager, mais on s’assoit rarement en famille pour les regarder tous ensemble, pour rire, pleurer de ces moments qui sont derrière nous, mais surtout pour les incruster profondément dans notre tête et dans notre cœur. Car on oublie vite et… de plus en plus vite! On vit dans un monde de surconsommation et on dirait qu’il en va de même avec les événements de notre vie. On les consomme sans les savourer pleinement. On prend plus de photos que jamais, mais sans prendre le temps de les regarder. De plus, la plupart du temps, elles disparaissent avec notre vieux téléphone.

La pleine conscience du présent, mais aussi de notre passé

À l’opposé, on entend parler de la pleine conscience, un terme de plus en plus à la mode, pas sans raison. C’est d’ailleurs l’un des grands défis de notre époque : vivre l’instant présent. À cet effet, les photos (les nôtres, pas celles du voisin!) possèdent ce pouvoir de nous replonger pleinement dans un moment précis. Notre mémoire se réveille et fait surgir tout ce qui entoure l’image statique. Tentez l’expérience. Sortez une photo de votre enfance, de votre adolescence ou encore de votre vie de jeune adulte ou… de la semaine passée! Et regardez-la, observez tous les détails, les sourires ou l’absence de sourire, les regards, l’arrière-plan, le bordel dans la maison peut-être? Une histoire va apparaitre sous vos yeux, bien au-delà de la photo. Vous allez alors prendre le temps de la vivre pleinement, de l’intégrer dans tout votre corps et elle va fort probablement vous remplir de bonheur.

Évidemment, un album photo n’a aucun pouvoir magique et ne guérit pas de maladie. Mais peut-être que de la même façon que les souvenirs positifs diminuent notre vulnérabilité à la dépression, les images du passé nous ouvrent la porte sur une époque révolue, qu’on se souvient peu, mais qui existe toujours en nous. On peut alors décider de porter avec soi tous ces moments pour affronter avec plus de résilience le quotidien.

Une photo, un baume pour notre âme

Les photos sont pour moi un baume, un peu comme une douce couverture qu’on sort du fond du tiroir pour se réconforter. La vie se poursuit lorsqu’on referme l’album, mais on se rappelle qu’on souriait à pleines dents, toute sale, mais avec un lapin dans les bras; qu’on avait un coup de soleil à notre bal des finissants, mais peu importe, car on était entourée de nos 2 meilleures amies; qu’on grimaçait devant un verre de trop dans un bar quelconque le jour de notre anniversaire; que notre sourire en dit long sur le goût exquis du vin lorsque le soleil revient après avoir affronté du mauvais temps à bord de notre voilier… et que tout ça, ce n’est pas parfait, mais que oui, au fond, ça l’est, parce que c’est la vie. La nôtre.

Donc, offrez-vous une thérapie gratuite, mais qui nécessite le luxe du temps. Sortez vos photos et racontez-vous votre histoire!


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