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Sommes-nous en train de perdre la bataille contre les bactéries?

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Les maladies infectieuses aiguës qui décimaient la population au début du 20e siècle, comme la tuberculose ou la pneumonie, sont désormais chose du passé, croyons-nous… à tort. Le glas de l’Âge d’or des antibiotiques pourrait bien avoir sonné, selon des études sur l’antibiorésistance menées notamment par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Qu’est-ce que l’antibiorésistance?

Une récente enquête multipays menée par l’OMS révèle que cette menace est mal comprise par l’opinion publique : 76% des personnes sondées croient que l’antibiorésistance désigne la résistance de notre organisme aux antibiotiques alors qu’en fait, c’est la bactérie qui devient résistante - et non l’humain ou les animaux. Il est donc possible que, dans un avenir rapproché, les antibiotiques ne soient plus efficaces pour soigner certaines maladies.

Le recours abusif de ces médicaments en santé humaine et animale, en agriculture et leur utilisation controversée comme facteurs de croissance dans l’élevage des animaux – oui, il nous arrive de consommer des antibiotiques introduits dans la chaîne alimentaire sans le savoir! – sont des causes qui ont mené à la situation critique qu’on connaît aujourd’hui.

À l’international, des organismes comme l’OMS et l’Union européenne appellent à une réglementation plus rigoureuse de l’usage des antibiotiques.

Un monde post-antibiotique

Selon le professeur en Environnement et santé humaine Roger Pickup, de l’Université de Lancaster au Royaume-Uni, un monde sans antibiotiques est une possibilité bien réelle. Cela pourrait signifier non seulement le retour de maladies infectieuses qu’on l’on croyait disparues, mais aussi l’impossibilité de traiter de nouvelles bactéries, comme celle de Lyme.

Les chirurgies de transplantations d’organes seraient également théoriquement impraticables, puisque les médicaments immuno-suppresseurs sont essentiels pour éviter le rejet d’organe et rendent les patients vulnérables aux infections microbiennes...

Et la transmission des bactéries pourrait être décuplée, car la société a bien changé depuis l’apparition des antibiotiques : les villes sont plus densément peuplées, l’hygiène publique est meilleure qu’autrefois, ce qui nous rend paradoxalement plus vulnérables aux maladies...

Le professeur Pickup s’interroge aussi sur la transformation des rapports humains dans ce contexte : les poignées de main et les accolades seront-elles désapprouvées? Oserons-nous encore voyager par avion, où le système de recirculation d’air est un vecteur de diffusion massive de bactéries? Porterons-nous systématiquement un masque hygiénique en société?

Tout autant de questions hypothétiques qui nous invitent à réfléchir aux impacts de l’antibiorésistance et à agir rapidement pour contrer le phénomène.

Heureusement, la riposte s’organise : l'OMS a déposé en 2015 son Plan d'action contre la résistance aux antibiotiques et aux autres médicaments antimicrobiens et lancé la première Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques. Récemment, l'économiste anglais Jim O'Neill a soumis au gouvernement anglais des pistes d'interventions contre l'antibiorésistance, notamment l’établissement de nouvelles pratiques en matière d'étiquetage de la viande.

Et personnellement, que pouvons-nous faire?

Quelques actions simples à mettre en pratique : toujours suivre le traitement antibiotique prescrit jusqu’à la fin, et ce, même si on se sent mieux; ne jamais utiliser des antibiotiques restants d’une prescription précédente et ne jamais les partager avec d’autres personnes.

 

Sources et références :

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