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10 ans depuis la vente de la minière canadienne Inco à la brésilienne Vale

Il y a bientôt 10 ans, les actionnaires de l'entreprise minière canadienne Inco approuvaient l'offre d'achat de Vale. Le 24 octobre 2006, le géant brésilien mettait ainsi la main sur le deuxième producteur de nickel du monde. 

Un texte de Stéphany Laperrière

Cette transaction est survenue un an après le début d'une importante saga pour la prise de contrôle d'Inco et de Falconbridge, deux grands producteurs miniers canadiens.

L'élément déclencheur de cette saga a été le dépôt par Inco d'une offre d'achat pour acquérir Falconbridge en octobre 2005.

À l'époque, le prix du nickel et la demande pour ce minerai étaient en pleine croissance, mais Inco n'avait pas les fonds nécessaires pour accroître sa production, explique Jean-Charles Cachon, professeur en gestion à l'Université Laurentienne.

« Il fallait qu'Inco trouve une entreprise partenaire qui aurait les moyens d'aller chercher ce financement », dit-il en rappelant que Falconbridge faisait face au même problème. 

Surenchère

Or, par la suite, d'autres joueurs, comme la canadienne Teck Cominco, l'anglo-suisse Xstrata, l'américaine Pehlps Dodge et la brésilienne Vale, ont multiplié les offres, ce qui a provoqué une véritable surenchère pour les deux entreprises. 

C'est finalement Xstrata qui a remporté la mise pour Falconbridge, en offrant 62,50 $ par action. Deux mois plus tard, Inco est achetée par Vale à un prix de 86 $ par action. 

Graphique de l'évolution du prix du nickel sur 10 ans de 2006 à 2016. Il est passé de 7 à 4,61 dollars américains

La vente des deux entreprises a mis fin au rêve de plusieurs de voir Inco et Falconbridge fusionner pour créer une importante entreprise canadienne. 

Pas de spéculation sur la fusion

Inco et Falconbridge possédaient des mines et des installations dans plusieurs pays. Au Canada, les entreprises étaient établies dans plusieurs villes de l'Ontario, du Québec, du Manitoba et de Terre-Neuve-et-Labrador, notamment. À Sudbury, en Ontario, les deux entreprises exploitaient presque côte à côte l'important gisement de nickel depuis plusieurs décennies.

La porte-parole de Vale, Angie Robson, refuse de spéculer sur le visage qu'aurait Sudbury si la fusion entre Inco et Falconbridge avait fonctionné. 

Vale a eu un impact positif important sur la communauté, selon Angie Robson, qui soutient que la minière a investi 4,3 milliards de dollars en projets d'immobilisations et donné plus de 25 millions de dollars à des oeuvres caritatives depuis 2006.

Elle affirme aussi que la présence de Vale sur différents marchés, dont celui du minerai de fer, a permis au géant minier de se protéger contre la chute des prix du nickel. Sudbury a bénéficié de cette diversification.

Surprise des dirigeants de Vale 

Pour sa part, l'ancien président syndical John Fera, estime que Vale a failli à une tâche importante depuis son établissement à Sudbury : la compagnie n'a pas assez amélioré la sécurité des travailleurs dans ses installations. 

Il jette le blâme sur le manque d'expérience de Vale dans l'exploitation de mines souterraines et l'importance accordée par l'administration à la réduction des coûts au détriment du bien-être des employés, selon lui. 

« C'est presque comme s'ils ont été surpris par le coût de l'exploitation minière [à Sudbury] », dit John Fera, en racontant que des dirigeants de l'entreprise brésilienne, lors de leur première visite à la mine Coleman, se sont demandé, lorsqu'ils ont constaté que le stationnement était plein, comment les mineurs avaient les moyens de s'offrir un véhicule. 

Impact sur les fournisseurs

Le directeur général de l'Association des fournisseurs de services dans le domaine minier à Sudbury, Dick DeStefano, affirme que les fournisseurs de la minière ont souffert à la suite de la transaction. 

Dans la région, à l'époque, 400 entreprises qui employaient environ 15 000 travailleurs répondaient aux besoins d'Inco et de Falconbridge. 

Il ajoute que plusieurs entreprises se sont mises à perdre les processus d'appel d'offres auprès de Vale, et que la minière tardait aussi à fournir des explications.

Les relations entre Vale et ses fournisseurs se sont toutefois améliorées depuis, indique Dick DeStefano.