Retour

2e mise à jour - L'Alberta double son prix sur le carbone, l’industrie craint une perte de compétitivité

L'industrie pétrolière met en garde contre une possible perte de compétitivité après la décision de l'Alberta d'augmenter le coût pour le carbone, jeudi.

Un texte de Tiphanie Roquette et de Samuel Danzon-Chambaud

Le gouvernement néo-démocrate de l'Alberta a resserré les règles de réduction des émissions des gaz à effet de serre et doublera le prix qu'il impose au carbone pour les gros émetteurs d'ici deux ans.

L'Association canadienne des producteurs pétroliers fait remarquer que cette nouvelle politique et l'augmentation de l'impôt sur les entreprises grandes entreprises voulue par le NPD « ont le potentiel d'ajouter presque 800 millions de coûts pour l'industrie au cours des deux prochaines années ». « La compétitivité de notre industrie à l'échelle mondiale est importante pour maintenir les Albertains au travail », a mis en garde son président Tim McMillan.

Selon les règles mises en place en 2007, toutes les industries de la province qui produisent plus de 100 000 tonnes de dioxyde de carbone doivent réduire l'intensité énergétique de 12 %. Si elles n'atteignent pas cet objectif, elles devront payer 15 $ la tonne dans un fonds appelé Climate change and emission management qui sert à développer l'innovation technologique.

L'Alberta augmente graduellement son objectif de réduction du carbone et le paiement dans le fonds :

  • En 2016, les grandes entreprises devront réduire leur intensité d'émissions de 15 %. Sinon, le prix à payer sera de 20 $ la tonne de carbone.
  • En 2017, le taux de réduction sera augmenté à 20 % et le prix de la tonne de carbone sera de 30 $.

La ministre de l'Environnement, Shannon Phillips, a affirmé qu'il était temps d'agir parce que le prix imposé au carbone n'avait pas été changé depuis 2007. Si la tarification du carbone avait permis à l'époque de faire de l'Alberta la première province à lutter contre le changement climatique, elle ne lui permettait plus d'obtenir des résultats efficaces ni d'agir sur la réputation de la province sur la scène internationale, a souligné Mme Phillips.

« Si l'Alberta veut plus d'accès aux marchés internationaux, il va falloir que nous contribuions à résoudre un des problèmes mondiaux les plus importants, celui du changement climatique, » a affirmé la ministre.

Des progrès insuffisants

Ces nouvelles règles devraient ainsi permettre la réduction des émissions de gaz à effet de serre de cinq mégatonnes supplémentaires en 2017.

Au total, les émissions de CO2 de l'Alberta réduiraient de 13 mégatonnes en 2017, encore loin de l'objectif fixé de réduction de 50 mégatonnes d'ici 2020.

Pour voir le tableau avec les détails des réductions des émissions de CO2, cliquez ici.

Si aucune entreprise n'atteint les objectifs de réduction d'intensité d'émissions, le fonds de gestion des émissions pourrait collecter 170 millions de dollars supplémentaires. Il se situe aujourd'hui à près de 578 millions de dollars.

La ministre Phillips reconnaît ainsi que ce resserrement des règles est insuffisant pour atteindre les objectifs fixés.

Une stratégie climatique pour décembre

Le gouvernement a aussi nommé le professeur de l'Université de l'Alberta Andrew Leach pour mener un panel d'experts qui examinera la stratégie climatique de la province. La ministre de l'Environnement promet que la province pourra présenter un plan stratégique complet avant le sommet sur le climat à Paris en décembre.

Le panel consultera la population au cours des trois prochains mois. Les discussions porteront sur toutes les possibilités de lutte contre le changement climatique, que ce soit des mesures incitatives auprès des particuliers, l'élimination des centrales au charbon ou les mesures mises en places dans d'autres provinces. Le modèle de bourse de carbone du Québec et de l'Ontario sera ainsi examiné.

« Si nous y arrivons correctement, nous deviendrons des chefs de file à l'international au lieu d'être le mouton noir », a affirmé Shannon Phillips.

La ministre de l'Environnement a souligné que la révision de la stratégie climatique devra s'effectuer en accord avec la révision du régime de redevances pétrolières. Celle-ci devrait être annoncée très prochainement.

Lors de la campagne électorale au printemps, les néo-démocrates avaient promis de faire passer le taux d'imposition des grandes entreprises de 10 % à 12 %.

L'Alberta a mis en place sa politique de gestion des émissions des gaz à effet de serre et de changement climatique en 2003. Une série de règlements qui s'y étaient ajoutés devait cependant arriver à expiration à la fin du mois. La nouvelle ministre de l'Environnement, Shannon Phillips, avait toutefois promis de dévoiler une partie de sa stratégie pour lutter contre le réchauffement climatique avant la date fatidique.

Le secteur pétrolier connaît des difficultés en Alberta depuis l'importante dégringolade des prix du pétrole. Le prix du baril de brut léger américain (West Texas Intermediate) vaut à présent une soixantaine de dollars américains comparativement à plus de 100 $ l'été dernier.

Plus d'articles

Commentaires