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40 ans de service pour le Georges-Alexandre-Lebel

Véritable pont de fer entre les deux rives du Saint-Laurent, le traversier-rail Georges-Alexandre-Lebel constitue toujours la seule liaison ferroviaire entre les deux rives du Saint-Laurent à l'est de Québec.

Un texte de Joane BérubéDepuis 40 ans, le Georges-Alexandre-Lebel effectue quotidiennement le trajet entre Baie-Comeau et Matane.

Quelque 500 000 tonnes de marchandises sont transbordées annuellement à bord du navire qui permet aux minerais, au bois et aux produits usinés de la Côte-Nord d’avoir accès au réseau de chemin de fer de tout le continent nord-américain.

Ce lien économique, devenu si familier et discret pour les résidents des deux rives, est par contre le fruit d’une longue bataille.

Luttes et mobilisation

La création de la Compagnie de gestion de Matane, qui a lancé le projet de traversier-rail, a en effet été l’aboutissement d’une grande mobilisation citoyenne et de près de 25 ans d’efforts de la part de gens d’affaires des deux rives du Saint-Laurent, selon l’historien Louis Blanchette.

Spécialiste de l’histoire maritime, M. Blanchette prépare d’ailleurs une réédition d’un livre qu’il a écrit sur l’histoire de COGEMA dans les années 1980.

L’historien rappelle que le projet d’un lien ferroviaire entre les deux rives est un projet dont ont commencé à rêver des hommes d’affaires de Matane dans les années cinquante.

À l’époque, le Nouveau-Brunswick venait d’inaugurer un traversier-rail capable aussi de transporter des voitures et des passagers. « Ç’a été abandonné, raconte M. Blanchette, pour finalement faire deux navires. Le traversier de passagers a suivi son chemin et est devenu le Camille-Marcoux. Le projet de traversier-rail a cheminé aussi, mais a connu plus de difficultés et a pris plus de temps à se mettre en branle. »

Ambitieux, le projet de traversier-rail nécessitait beaucoup de fonds, d’expertises et devait répondre aux exigences des juridictions fédérales et provinciales. Sont venues s’ajouter les joutes politiques et partisanes ainsi que les rivalités régionales entre Matane et Rimouski, qui aspirait aussi à offrir un tel service.

Ce n’est donc qu’en 1973 que sera fondée la Compagnie de gestion de Matane (COGEMA).

Une énorme campagne de souscription populaire viendra appuyer cette initiative d’une douzaine d’hommes d’affaires des deux rives du Saint-Laurent.

« C’est un élément majeur qui a contribué à ce que COGEMA ait son permis. Cela a été reconnu d’ailleurs par le gouvernement du Québec », souligne l’historien.

Soutien du Canadien National

Toutefois, le projet prendra vraiment forme lorsque le Canadien National (CN) achète en 1975 le chemin de fer entre Mont-Joli et Matane. Le CN s’associera techniquement, dans un premier temps, puis financièrement par la suite à COGEMA.

Le bateau, qui sera finalement choisi pour offrir le service, est tout neuf et sort à peine du chantier de Vancouver. L’Incan Saint-Laurent est le traversier-rail qu’avait fait construire le Canadien Pacifique qui travaillait à un projet de traversier-rail entre Baie-Comeau et Pointe-au-Pic. Le CN met finalement la main sur le traversier. COGEMA en fera la location avant de l’acheter en 1993.

Le 31 janvier 1978, le traversier-rail, rebaptisé Georges-Alexandre-Lebel, effectuait son premier transport de marchandises entre Baie-Comeau et Matane. L’inauguration officielle du service aura lieu au mois de mai suivant.

La Compagnie de gestion de Matane a été vendue en 2008 au Canadien National.

Un service toujours pertinent

D’après le porte-parole du CN, Jonathan Abécassis, le service répond toujours à un besoin important et la demande est demeurée quasi constante au fil des années. « Ça donne accès, fait-il valoir, à un marché extrêmement très étendu et la marchandise peut se rendre où la demande existe. C’est quand même assez important pour le moteur économique régional. »

Deux capitaines dirigent le navire en alternance. L’équipage d’une dizaine de personnes effectue une traversée de Baie-Comeau à Matane, cinq jours par semaine.

Le départ se fait tous les matins à 6 h de Matane vers Baie-Comeau d’où il repart pour Matane après deux heures de chargement. Le bateau rentre au port de Matane au milieu de l’après-midi où le train 560 de Mont-Joli l’attend pour le déchargement. « Il nous recharge ensuite pour le prochain départ le lendemain », raconte le capitaine du Georges-Alexandre-Lebel, Michel Provost.

Le capitaine précise que hormis le bois, le papier ou l’aluminium de la Côte-Nord, le navire sert aussi beaucoup au transport d’équipement industriel comme de la machinerie pour les minières ou de transformateurs pour Hydro-Québec.

Cinq voies ferrées, dont trois de plus de 100 mètres et deux d’un peu moins de 80 mètres, sont aménagées dans le ventre du bateau. Les wagons chargés, qui pèsent entre 130 et 140 tonnes, sont bien ancrés et attachés pour la traversée.

Par grands vents, le bateau demeure à quai pour des raisons de sécurité. Le déchargement doit aussi être calculé pour éviter de déséquilibrer le navire.

L'avenir du Georges-Alexandre-LebelLe traversier-rail se rend aussi quelques fois par mois jusqu’à Sept-Îles. « Tant qu’il y a une demande, nous, on est là pour la servir, précise Jonathan Abécassis du CN, notre objectif est de s’assurer d’avoir un lien ferroviaire non seulement avec Sept-Îles, mais aussi avec tout le Labrador. »

Âgé de 40 ans, le traversier commence à afficher son âge. « Le fer fatigue », note le capitaine, mais, dit-il, il a été très, très bien entretenu.

Le CN assure que le service répond toujours à un besoin important, mais qu'aucun plan de remplacement du bateau n'est prévu pour le moment.

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