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5 questions à Richard Gingras, directeur à Google

Directeur des nouvelles à Google, Richard Gingras, est un des maîtres à penser de la nouvelle initiative de l'entreprise californienne visant à accélérer l'affichage des pages web sur téléphone mobile. Il s'intéresse également à l'innovation en journalisme. Nous avons profité de son passage à Montréal lors de la Conférence annuelle de Public Broadcasters International (PBI), qui réunit des diffuseurs publics de monde entier, pour nous entretenir avec lui.

Un texte de Johanne Lapierre

Q : Le monde des médias vit de profonds changements, avec l'émergence constante de nouvelles plateformes. Comment pensez-vous que la consommation d'information évoluera au cours des années à venir?

R : Manifestement, nous vivons à une époque excitante et pleine de défis, une époque de constants changements. Cela peut être excitant, mais intimidant à la fois. L'Internet a été une avancée extraordinaire pour la société. Cela a donné l'accès à l'information à des gens de partout dans le monde, accès à un moyen d'expression inédit. C'est extraordinaire!

Mais cela comporte des défis. On consomme plus de contenus que jamais, et ce, de plusieurs façons différentes. Prenons, par exemple, l'élection présidentielle aux États-Unis. C'est une élection intéressante, qui divise les gens, et pour laquelle ils trouvent leurs propres sources, leurs propres informations. Ils en tirent des conclusions et se forgent des opinions qui ne sont peut-être pas basées sur de bonnes informations.

Je pense que nous avons une responsabilité, en tant qu'industrie, en tant qu'écosystème journalistique, de vraiment repenser la façon dont le journalisme fonctionne. C'est l'objectif du journalisme. Comment pouvons-nous reconstruire la confiance des utilisateurs envers les médias? Y a-t-il de nouvelles et de meilleures façons de transmettre des connaissances aux citoyens pour qu'ils puissent exercer leurs devoirs civiques et mieux gérer nos sociétés? C'est crucial!

Le paysage médiatique a changé. Les habitudes de consommation ont changé. La façon dont les gens se forgent une opinion a changé. Probablement qu'il y en a trop qui recherchent la confirmation de leurs préjugés, et probablement que trop de médias sont prêts à leur fournir des affirmations plutôt que des informations.

Alors, nous devons prendre du recul et nous interroger sur le rôle du journalisme. Comment allons-nous faire évoluer les formats, les méthodes, son approche à la transparence? Le tout pour gagner la confiance des gens et leur permettre de tirer pleinement profit des informations dans le but de mieux diriger notre société.

Q; Comment Google peut-il être un acteur de ces changements?

R : Nous essayons très fort d'être un acteur dans le cadre de notre position dans l'écosystème, notamment avec notre service de recherche sur Google.

Comment pouvons-nous contribuer à créer, par notre expertise, des approches différentes? Pouvons-nous apporter de nouveaux outils ? Nous avons généré de nombreux outils dans le domaine de l'analyse de données, qui sont notamment utiles au journalisme de données.

Pouvons-nous aider à stimuler de nouvelles formes journalistiques? Il y a beaucoup de journalisme de données qui se fait, et c'est très important dans notre société guidée par les données. Comment pouvons-nous prendre le résultat de ce travail et le rendre plus facile à trouver, plus disponible?

Par exemple, si je veux connaître le taux de criminalité dans ma ville, je devrais pouvoir faire une recherche dans Google et voir immédiatement apparaître un encadré, qui pourrait citer plusieurs sources, exposant la situation dans ma ville.

Q : Vous avez récemment lancé le projet Accelerated mobile pages (AMP). Est-ce en réaction à la hausse de consommation d'information sur des applications par rapport au web, jugé un peu lent? Est-ce une réponse aux initiatives de concurrents, comme les Instant articles de Facebook?

R : L'AMP, qui est en code source ouvert (open source), est une réponse au simple fait que le web est devenu lent au fil des ans. Au fur et à mesure que la technologie s'est améliorée, les sites web sont devenus de plus en plus lourds. Du point de vue des données, la page mobile moyenne d'un site de nouvelles est de 10 mégaoctets aujourd'hui. C'est un problème, particulièrement sur mobile, si on a un plan de données limité.

Il y a aussi des problèmes sur le web avec certains comportements publicitaires, que nous pourrions qualifier de très peu respectueux des consommateurs. Ces deux facteurs réunis font que le web n'est peut-être pas aussi pertinent que nous l'aimerions.

Est-ce particulièrement un problème aujourd'hui, où on passe beaucoup de temps sur les médias sociaux? Absolument! Nous croyons, comme les centaines d'éditeurs avec qui nous travaillons dans le monde, qu'il est absolument crucial que nous rendions le web plus attirant.

Q : Est-ce que cela s'en vient bientôt sur Google Actualités Canada en français?

R : Tous les mois, nous le rendons accessible sur de nouvelles surfaces. Nous avons commencé à l'offrir sur Google Actualités il y a plusieurs mois et nous voulons l'offrir pour tous les résultats de recherches organiques cette année, pour créer un service plus satisfaisant pour nos utilisateurs. Une chose que nous savons avec l'expérience, c'est que nos utilisateurs préfèrent consulter du contenu à haute vitesse. Et quand ils voient cet éclair à côté d'un article, ils sont plus enclins à cliquer dessus. Et c'est compréhensible.

Le temps est précieux. Quarante pour cent des utilisateurs abandonnent une page web si elle met plus de 3 secondes à charger. C'est donc important pour l'utilisateur que le téléchargement des pages soit rapide à nouveau. Nous ne pouvons pas ajouter des heures dans une journée, mais nous pouvons nous assurer que son temps est utilisé de façon judicieuse. 

Q : Il y a déjà eu des critiques d'éditeurs envers Google Actualités. Est-ce que AMP crée une situation gagnant-gagnant entre Google et les éditeurs?

R : Sans aucun doute. Et honnêtement, avec Google Actualités, ça l'a toujours été. Il y a longtemps eu une mauvaise perception, selon laquelle Google prend le contenu des éditeurs. La seule chose que nous faisons, c'est de mettre en valeur une manchette, puis le lien, évidemment, et souvent, un bout de la première phrase de l'article pour l'usager. Le clic va à l'éditeur. Cela a toujours fonctionné comme ça.

Nous avons travaillé fort pour clarifier la situation. La vérité, c'est que Google dirige plus de 10 milliards de visites sur les sites d'actualité tous les mois, ce qui est un énorme avantage. Et tout éditeur qui ne veut pas voir son contenu sur Google Actualités ou Google Search peut en demander le retrait très facilement.

Les éditeurs reçoivent un très grand nombre de visites grâce à Google, et nous voulons que cela augmente. Pour simplifier, nous ne faisons pas d'argent avec Google Actualités. Il n'y a pas de publicités sur Google Actualités. C'est un service que nous offrons à nos utilisateurs. Nous redirigeons simplement le trafic vers eux.

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