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Accord de libre-échange canadien : l'alcool attendra

Le Nouveau-Brunswick présidera le comité de mise en place de l'accord de libre-échange canadien, annoncé vendredi. L'accord ouvrira les portes au commerce entre les provinces et aidera à créer des emplois, mais rien n'est conclu en ce qui a trait au commerce de produits alcoolisés, sinon la création d'un comité qui se penchera sur la question.

Un texte de Mathieu Massé

Roger Melanson, le président du Conseil du Trésor du Nouveau-Brunswick et ministre responsable de la Politique d’expansion du commerce, a qualifié l’accord « d’historique » pour le pays et pour la province. Le ministre sera le président du Comité national du commerce intérieur pour la prochaine année. « Ça nous offre une opportunité de jouer un rôle de leadership et de faire la mise en oeuvre de la nouvelle entente signée par toutes les provinces et tous les territoires », souligne-t-il.

L’accord entrera en vigueur le 1er juillet, date du 150e anniversaire du Canada.

Louis-Philippe Gauthier, le directeur des affaires provinciales au Nouveau-Brunswick de la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI), est très heureux de l’accord. « C’est vraiment une bonne entente. C’est du gros travail qui a été fait. Le principe de la liste négative, c’est un gros point positif dans ce dossier-là. Il y a une liste et si un élément ne se trouve pas sur la liste, ça veut dire que c’est permis. »

Par rapport aux prix des produits, alcoolisés ou non, un aspect positif pour les consommateurs pourrait sortir de cet accord. « De manière générale, quand on ouvre l’accessibilité à un plus grand inventaire de produits [...] le consommateur a plus d’options et le prix est meilleur », affirme Roger Melanson.

La question de l’alcool remise à plus tard

Pour ce qui est de l’alcool, rien ne change pour le moment. L’accord prévoit, à son article 1103, la création de comités ou de groupes de travail sur différents sujets. Les points 5 à 8 portent sur la création d’un groupe de travail sur les boissons alcoolisées.

Le point 6 indique que le comité rendra, au cours de l’année suivant la mise en oeuvre de l’accord, un rapport qui identifiera « des possibilités particulières et [recommandera] des initiatives visant à accroître davantage le commerce de boissons alcoolisées à l’intérieur du Canada, tout en tenant compte de la responsabilité sociale et des obligations internationales. »

Louis-Philippe Gauthier estime que la complexité est grande en ce qui a trait à l’alcool puisque chaque province a son système de taxation. Il y aurait beaucoup de travail pour faire tomber ces obstacles au commerce, raison pour laquelle un comité prendra le temps de se pencher sur le sujet au cours de l’année.

Positif, selon un distilleur

Sébastien Roy, copropriétaire de la distillerie Fils du Roy, à Paquetville, au Nouveau-Brunswick, explique qu’au Canada, la gestion de l’alcool est conçue comme s’il s’agissait de 13 petits pays différents. Cela complique la tâche pour les petits producteurs qui essaient de percer le marché d’autres provinces. « Il faut payer des frais de marketing pour être dans le catalogue des autres provinces et faire connaître nos produits. Ce sont des frais énormes qu’on ne peut pas vraiment se permettre quand on est de petits producteurs », explique-t-il.

Beaucoup d’autres frais s’imposent aux producteurs qui désirent se lancer dans d’autres provinces. Plutôt que de payer tous ces frais pour s'implanter au Québec, Fils du Roy a créé une distillerie dans cette province. « Les provinces sont en général assez proactives pour promouvoir les produits locaux », continue Sébastien Roy.

Quant à ce qu’il aimerait voir ressortir des recommandations du groupe de travail sur les produits alcoolisés, le copropriétaire de la distillerie Fils du Roy a sa petite idée. Il dit d’emblée que beaucoup de progrès ont été faits ces cinq dernières années. Les différentes sociétés d’alcool des provinces travaillent fort pour le développement économique de leur région. « Moi, je verrais même un rôle dans chaque province pour le développement économique des produits canadiens. »

Il aimerait voir un effort de développement économique à la grandeur du pays, plutôt que de laisser chaque province s’isoler, ce qui leur nuit au final. « Les entrepreneurs de l’extérieur veulent s’installer au Canada, mais tout de suite ils me disent, ­­”Oui, mais si on s’installe en Nouvelle-Écosse, on ne peut pas aller au Nouveau-Brunswick ou à l’Île-du-Prince-Édouard”, parce que chaque province a des règles différentes. »

Pour Sébastien Roy, c’est le bon moment. Il n’est pas trop tôt, mais il est heureux « qu’il y ait du vouloir » de la part de tout le monde.

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