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Agriculture en Gaspésie : portrait de cinq entreprises de la relève

Bien que de nombreuses terres de la Gaspésie soient en friche, de jeunes entrepreneurs agricoles insufflent un vent de changement sur la péninsule. Dans le cadre de l'émission radiophonique Au coeur du monde, Isabelle Larose a visité cinq entreprises de la relève, de Saint-Alexis-de-Matapédia à Percé.

Un texte d'Isabelle Larose

La Cidrerie des Caps-Noirs voit le jour à New Richmond

Originaires respectivement de la Montérégie et de l’Estrie, Jean-Charles Fleurent et Maryève Charland-Lallier ont choisi la Gaspésie pour implanter leur cidrerie.

Au cours des derniers mois, 400 pommiers d’une vingtaine de variétés différentes ont été mis en terre à New Richmond.

Le couple de Néo-Gaspésiens souhaite se distinguer des cidreries québécoises, qui, pour la plupart, utilisent des pommes de table pour fabriquer les boissons. « Ces variétés-là ne sont pas nécessairement les meilleures pour produire de bons cidres, explique Jean-Charles Fleurent . Souvent ce sont des cidres plus acides qui n’ont pas beaucoup de corps et de tanins. »

Les apprentis cidriculteurs misent plutôt sur des cultivars spécifiques à la production d'un cidre d’inspiration européenne. Dans un verger expérimental, ils testeront des variétés provenant de l'Angleterre et de la Normandie qui sont peu connues dans la région.

Les copropriétaires estiment que les premiers cidres seront commercialisés en 2021 ou en 2022.

Une deuxième houblonnière à Maria

Vincent Roy a convaincu son beau-père, Jean-Claude Landry, et son beau-frère, Francis Landry, de se lancer dans la culture du houblon. Respectivement enseignant titulaire d'un doctorant en biologie moléculaire, pharmacien retraité et charpentier-menuisier, les trois hommes se sont plongés dans les livres pour en apprendre davantage sur ce type de culture.

Il faut dire que le pharmacien de carrière Jean-Claude Landry cherchait à revaloriser la terre familiale, propriété de la famille Landry depuis 1886 et Vincent Roy, alors enseignant dans la métropole, s'imaginait souvent dans les champs gaspésiens plutôt que dans le trafic montréalais.

Il n'en fallait pas plus pour que le trio se lance et fonde la Houblonnière Bout d'Ligne. En juin 2017, ils ont mis en terre 1000 plants de houblon, un nombre qui sera multiplié par cinq dans les prochaines années. Les récoltes seront séchées et vendues aux microbrasseries de la région.

La Houblonnière Bout d'Ligne pourrait même créer son propre houblon, grâce aux compétences de Vincent Roy.

La première récolte aura lieu à la fin de l'été 2018.

Les Plateaux attirent un cowboy ontarien

En novembre 2016, Joshua Thurler, 26 ans, a quitté l'Ontario pour venir s’établir à Saint-Alexis-de-Matapédia. Il venait de faire l’acquisition d’un ranch de 750 acres, d’un troupeau de bovins de boucherie et d’une maison. Il est débarqué seul en Gaspésie avec sa petite valise et son chien Dixie.

Joshua a grandi sur une ferme laitière à Winchester, non loin d’Ottawa, mais son intérêt s'est rapidement porté vers l’élevage de bovins de boucherie. « J’ai toujours trouvé ça beau de voir les veaux qui grandissent à côté de leur mère dans les champs », explique-t-il.

Pour en apprendre davantage sur ce type d’élevage, il s’exile quelques mois dans l’Ouest canadien pour travailler sur des ranchs. À son retour, il se met à la recherche d’une terre où fonder sa propre entreprise.

Après des visites de ranchs dans plusieurs provinces canadiennes, c’est finalement sur Saint-Alexis-de-Matapédia qu’il arrête son choix en raison de la beauté des paysages, des terres fertiles et des prix plus abordables.

Joshua élève les veaux d’embouche, soit de jeunes bovins élevés avec leur mère en pâturages. Lorsqu’ils pèsent près de 300 kilogrammes, ils prennent la route de parcs d’engraissement où ils terminent leur croissance.

La Défriche revalorise des terres de Saint-Godefroi

Débarqués en Gaspésie en 2013, Josée Marsollier et Marc-André Longpré ont défriché quatre hectares de terre dans le 3e rang de Saint-Godefroi. Pas surprenant que le couple ait nommé la ferme maraîchère « La Défriche »!

Cet été, quelque 20 000 plants d’ail et plus de 8000 choux, tous certifiés biologiques, ont redonné vie aux parcelles. Moutons, porcs et poules égayent aussi la ferme et répondent aux visées d'autosuffisance alimentaire des propriétaires.

L’entreprise, qui s'est d’abord fait connaître avec ses produits transformés à base de fleur d’ail (pesto et sel aromatisé), s’est lancée dans la culture du chou en 2017. Une bonne partie de la récolte sera acheminée aux Produits Tapp de Douglastown pour la confection de choucroute.

Contrairement à son conjoint originaire de Montréal, Josée Marsollier a grandi sur une ferme laitière du Centre-du-Québec. « C’est comme un mode de vie pour moi de me lever le matin, d’aller jardiner, m’occuper des animaux », explique-t-elle.

La Défriche commercialise entre autres ses produits en passant par le regroupement Baie des Saveurs.

Une érablière de 1,5 M$ en construction à Percé

Dominique Barabé et Christine Côté n’ont pas froid aux yeux. Le couple originaire d’Ange-Gardien en Montérégie s’est lancé, de son propre aveu, dans « un projet de fou ».

Depuis le début de l’été, ils mettent les bouchées doubles pour aménager une érablière de 20 000 entailles dans les montagnes de Val-d’Espoir. À quelques kilomètres de là, tout près de la mer, une érablière sera bientôt construite sur le site de l’ancien Camping Vibert à Coin-du-Banc.

Le coût du projet? Un million et demi de dollars. Le montage financier comprend seulement 3 % d’aide publique.

« Je suis issue d’une famille agricole et j’ai encore ma ferme avicole en Montérégie, explique Christine. C’est ma ferme qui me sert de levier pour partir l’érablière en Gaspésie. »

L’érablière nommée « Côté Sucré » devrait être finalisée à temps pour la prochaine saison des sucres. Le bâtiment de Coin-du-Banc sera accessible au public et des produits de l'érable seront vendus sur place.

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