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ALENA : bien loin de la coupe aux lèvres, mais personne ne quitte la table

Au terme du sixième cycle de renégociation de l'ALENA, qui a pris fin lundi, à Montréal, les Canadiens et les Américains ont montré qu'ils ne s'entendaient même pas sur les montants en jeu dans le commerce entre les deux pays, ce qui illustre tout le chemin qu'il leur reste à parcourir avant d'en arriver à un nouvel accord.

Un texte de Julien McEvoy

Concrètement, les trois ministres responsables des négociations pour le Canada, les États-Unis et le Mexique ont annoncé que la session de négociations de Montréal avait permis de clore un chapitre du nouvel accord, celui sur la corruption.

Les précédentes sessions de négociations avaient permis d’en clore deux autres, soit celui sur la concurrence et celui sur les PME.

« Le chapitre sur la corruption est très important et nous avons fait des progrès sur quelques autres », a déclaré le négociateur américain, Robert Lighthizer.

Dans son allocution, M. Lighthizer a cité des chiffres canadiens, sans spécifier leur provenance, pour affirmer que les États-Unis avaient terminé l’année 2016 avec un déficit commercial de 87 milliards de dollars américains envers le Canada. « Et les projections indiquent que ce sera pire pour 2017 », a-t-il déclaré.

En réponse, la ministre Chrystia Freeland, négociatrice du Canada, a cité des chiffres qui contredisent ceux de son homologue américain, en précisant qu’ils provenaient du Bureau of Economic Analysis du département du Commerce des États-Unis que dirige… Robert Lighthizer.

Mme Freeland a parlé d’un déficit commercial canadien de 8 milliards de dollars américains en 2016, ce que confirment les documents du Bureau of Economic Analysis américain.

« De toute façon, le Canada ne considère pas les déficits et les surplus commerciaux comme la mesure ultime qui permet de savoir si les échanges commerciaux sont positifs ou négatifs », a conclu la ministre canadienne.

Une « pilule empoisonnée »

L’Américain et la Canadienne étaient peut-être tout sourire lundi, mais leurs propos avaient quelque chose d'acrimonieux.

M. Lighthizer a commenté deux propositions récentes du Canada, dont l’une avait largement été ébruitée dans les médias et concernait un « présumé compromis » sur les règles d’origine dans le secteur de l’automobile.

Le négociateur américain est d’avis que cette idée pourrait mener à une diminution du contenu régional exigé ainsi qu’à une diminution du nombre d’emplois aux États-Unis, au Canada et probablement au Mexique.

« C’est le contraire de ce que nous essayons de faire, a-t-il lancé. Je pense que si les États-Unis avaient tenté de faire passer une telle idée, elle aurait été vue comme une pilule empoisonnée. C’est inacceptable pour nous. »

Chrystia Freeland était prête pour cette attaque. « Nous sommes venus à Montréal avec des idées créatives qui pouvaient nous faire avancer. Certaines propositions non conventionnelles avancées par les États-Unis lors de la quatrième session sont sans précédent et diffèrent de tout ce que le Canada a connu en tant que nation commerçante. »

La ministre faisait notamment référence à une tentative américaine d’obtenir un plus grand accès à l'industrie laitière protégée du Canada, en octobre.

Bachand défend Freeland

En entrevue à Radio-Canada, le négociateur en chef pour le gouvernement du Québec dans le dossier de la renégociation de l’ALENA, Raymond Bachand, est revenu sur le ton adopté par l’Américain Robert Lighthizer, se disant « surpris ». « Les Américains n’ont pas aimé la plainte du Canada à l’OMC », mais « à un moment donné, il faut répliquer », a-t-il ajouté.

M. Bachand a également affirmé qu'il demeurait optimiste, mais que son optimisme était modéré.

Un accord important pour les États-Unis

Le représentant américain a lui aussi affiché un certain optimisme en vue de la prochaine session de négociations. « J’espère que les progrès s’accéléreront et nous travaillerons très fort entre maintenant et le début de la prochaine session. »

Il a rappelé que l’ALENA est un accord très important pour les États-Unis et que cette sixième session a mené à de réels progrès.

La ministre Freeland a noté qu’elle espérait clore un nombre important de chapitres lors de la prochaine session, qui se tiendra au Mexique dans un mois.

Quant au ministre de l’Économie du Mexique, Ildefonso Guajardo Villarreal, il a expliqué que son pays était déterminé à intensifier son engagement dans le processus de renégociation.

« Nous serons heureux de vous accueillir à la fin du mois de février dans le cadre de la septième session de négociations », a dit le ministre.