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ALENA : le représentant américain au Commerce tempère l'enthousiasme de Trudeau

Le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, a relevé de profondes divergences à la table de négociations de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), contredisant l'enthousiasme dont a fait preuve le premier ministre Justin Trudeau devant l'Economic Club de New York, plus tôt en journée, jeudi.

Robert Lighthizer a souligné que de grands écarts persistent, notamment sur les plans de la propriété intellectuelle, de l'agriculture, des achats en ligne, de l'énergie et des règles d'origine.

« Les pays membres de l'ALENA sont encore loin d'une entente », a-t-il déclaré.

Or, en cette date butoir du 17 mai – échéance avancée par le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, pour qu'un accord puisse être étudié puis adopté par le Congrès américain avant les élections de mi-mandat –, Justin Trudeau s'était montré plutôt optimiste, reconnassant qu'il restait encore du travail à faire.

« Nous avons fait beaucoup de progrès sur les sujets en litige, particulièrement concernant l’industrie automobile. En cette matière, des propositions acceptables pour les trois partenaires et l’industrie sont présentement étudiées », a-t-il indiqué.

Le premier ministre a admis que la « clause crépusculaire » était toujours un « point d’accrochage » de la négociation entre le Canada et le Mexique d’un côté, et les États-Unis de l’autre.

Cette clause obligerait les pays membres à renégocier l'accord de libre-échange tous les cinq ans pour éviter qu'il vienne à échéance.

M. Trudeau a expliqué que les deux pays craignaient l’effet dissuasif qu’une telle clause pourrait avoir sur les investisseurs.

« Si tu acceptes de construire un bâtiment sur une parcelle de terre, mais que tu ne peux conserver le bail que pour cinq ans, après quoi tu le perds, tu ne seras peut-être pas intéressé à investir », a utilisé comme métaphore le premier ministre, affirmant vouloir utiliser une image pouvant être comprise par un habitué des transactions immobilières – une référence évidente au président Trump.

« Dans ce genre d’incertitude autour de l’investissement, peut-être que peu de gens d’affaires voudront faire des investissements au Canada, quand on sait que ceux-ci cherchent plutôt à investir pendant 15, 20, 25 ans », a-t-il poursuivi.

Le Mexique en colère

Si l'enthousiasme canadien a été miné par Washington, d'autres propos de Justin Trudeau n'ont pas été appréciés par le Mexique.

Le ministre mexicain de l'Économie, Ildefonso Guajardo, s'en est pris au premier ministre canadien, qui a évoqué que des changements dans le secteur automobile pourraient transférer certains emplois du Mexique vers les États-Unis.

« Une clarification est nécessaire », a écrit sur Twitter le ministre mexicain.

« Tout ALENA renégocié qui implique des pertes d'emplois existants au Mexique est inacceptable », a-t-il ajouté.

L’ambassadeur du Canada à Washington, David MacNaughton, croit néanmoins qu'il est encore possible de conclure une entente bientôt.

« Nous sommes assez près, a-t-il dit. Il y a encore des points en litige, mais veut-on vraiment laisser tout ça de côté et rater l'occasion [...] de mettre ensemble l'excellent travail accompli jusqu'ici et d'en tirer quelque chose? »

Il rappelle que l'objectif américain était de réduire son déficit commercial avec ses partenaires. « Or, 80 % de ce déficit vient du secteur de l'automobile, et nous sommes à un cheveu de nous entendre à ce chapitre », a soutenu M. MacNaughton.