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ALENA : les États-Unis veulent plus de pièces d'automobiles fabriquées chez eux

L'administration Trump veut considérablement augmenter la quantité de pièces d'automobiles fabriquées aux États-Unis dans les véhicules qui peuvent être vendus sans tarif en vertu de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), confirment des sources de l'industrie automobile.

Selon elles, les négociateurs américains qui sont en pourparlers depuis plusieurs semaines avec leurs collègues du Canada et du Mexique pour renouveler cet accord ont proposé trois mesures pour modifier les dispositions concernant l’origine des pièces d'automobiles.

Selon ces sources de l’industrie, qui disent avoir vu la proposition au cours des dernières heures, l’administration Trump exigerait ainsi que :

  • 85 % des pièces d'automobiles soient fabriqués dans l'un des trois pays membres de l'ALENA;
  • 50 % de ces pièces soient fabriqués exclusivement aux États-Unis;
  • l’acier, l’aluminium, le cuivre et le plastique utilisé dans ces pièces soient pris en compte dans le calcul de ces pièces d’origine.

L’accord actuellement en vigueur spécifie seulement qu’au moins 62,5 % des composantes d’un véhicule doivent être fabriquées dans l’un des trois pays signataires de l’ALENA pour que celui-ci ne soit pas frappé par des tarifs préférentiels aux douanes.

Les fabricants n'auraient que deux ans pour se conformer à la règle relative au contenu nord-américain.

En ce qui a trait à la clause qui s'applique aux composantes fabriquées aux États-Unis, elle devrait entrer en vigueur dès la première année de mise en œuvre du nouveau traité.

Cette demande s'éloigne radicalement des règles régissant habituellement le commerce international.

La volonté de l'administration Trump de remodeler les règles sur l'origine des pièces d'automobiles est connue depuis longtemps, mais aucune proposition chiffrée n'avait été avancée jusqu'ici.

Front commun

Le Canada et le Mexique s'opposent à ces modifications, en faisant valoir qu'elles perturberaient grandement cette industrie fortement intégrée sur le territoire nord-américain.

Réunis à Mexico, le ministre canadien du Commerce international, François-Philippe Champagne, et le ministre mexicain de l’Économie, Ildefonso Guajardo, font front commun contre la clause de résiliation, une autre proposition de l’administration Trump qui obligerait les pays membres à renégocier l’ALENA tous les cinq ans.« Nous n'avons pas besoin d'une clause de résiliation, nous avons besoin d'adopter une vision à long terme », a déclaré le ministre Champagne.

Si les États-Unis venaient à se retirer de l’ALENA, l’accord continuerait de réguler les relations entre le Canada et le Mexique, a pour sa part affirmé le ministre Guajardo.

Une source de l'industrie citée par La Presse canadienne affirme que les demandes des États-Unis sont « comiquement peu pratiques » et potentiellement dommageables pour les constructeurs des trois pays partenaires.

Elle avance d'ores et déjà que les constructeurs automobiles risquent fort de déménager de grands pans de leur production en Asie si cette proposition devait être retenue.

Une proposition « totalement irréaliste »

Dans les coulisses, plusieurs intervenants estiment que les demandes sont si irréalistes qu'elles ne peuvent que viser deux objectifs : saboter les négociations ou étourdir les autres parties pour obtenir des concessions.

Le président de l'Association des fabricants de pièces d’automobiles, Falvio Volpe, croit que le deuxième thème de l'alternative est le bon.

« Mon instinct me dit qu'il s'agit d'un chapitre dans l'art de négocier, mais il y a en a qui pensent que ces demandes sont des capsules de poison destinées à convaincre les partenaires de quitter la table des négociations. »

Selon le président du syndicat Unifor, Jerry Dias, les États-Unis ne pourront jamais appliquer ces exigences puisque les entreprises les ignoreront.

« Tous ces arguments entourant les limites de 50 %, 70 % ou 85 % ne signifieront rien tant et aussi longtemps que les États-Unis imposeront un droit douanier de 2,5 % », dit-il.

La quatrième session de négociations de l'accord a été lancée mercredi à Arlington, en Virginie, et elle doit se poursuivre jusqu'au 17 octobre.

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