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ALENA : pourquoi évoque-t-on de plus en plus une entente de principe?

« Un momentum positif ». Le premier ministre Justin Trudeau, qui pèse toujours ses mots quand vient le temps de commenter la renégociation de l'ALENA, a laissé transparaître son enthousiasme jeudi. La rumeur d'une entente de principe est dans l'air. Et ironiquement, les politiques protectionnistes de l'administration américaine pourraient contribuer à y parvenir.

Une analyse de Raphaël Bouvier-Auclair

Depuis un moment, le représentant américain au Commerce fait part de la nécessité de parvenir rapidement à une entente dans le dossier de l’ALENA. L’approche des élections présidentielles au Mexique et des élections de mi-mandat aux États-Unis fait augmenter l’impatience de l’administration américaine.

Mais il n’y a pas que les calendriers électoraux. Les tensions commerciales entre Washington et Pékin mettent de la pression sur les Américains.

La Chine est un adversaire de taille et ses répliques aux tarifs imposés par l’administration Trump peuvent faire mal à certains secteurs de l’économie américaine.

Dans ce contexte, les États-Unis ont besoin d’alliés, ou doivent à tout le moins limiter les fronts sur lesquels ils entendent mener une guerre commerciale.

Justin Trudeau l’a lui-même reconnu.

C’est dans ce contexte que la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland arrive à Washington aujourd’hui. Les ministres responsables de la renégociation pour les trois pays se rencontreront vendredi.

Cette rencontre politique au plus haut niveau a été préférée à un cycle conventionnel de négociation.

De quoi alimenter les rumeurs d’une entente de principe imminente.

Pourrait-on en faire l’annonce au Sommet des Amériques, au Pérou, la semaine prochaine, où le premier ministre Trudeau et les présidents Trump et Peña Nieto seront présents?

Justin Trudeau n’a rien confirmé, mais a concédé que « si on pouvait annoncer quelque chose au Sommet des Amériques, ce serait très bien ».

S’entendre avant d’avoir tout réglé?

Certes, les Américains ont tempéré leurs demandes dans le secteur de l’automobile. Leurs exigences protectionnistes sur l’origine des pièces de voitures ont reçu des fins de non-recevoir de la part d’Ottawa et de Mexico.

Mais, selon nos informations, bien des dossiers sont loin d’être réglés. Parmi eux, la volonté de Washington d’inclure une clause qui mettrait fin à l’accord après cinq ans ou encore l’exigence américaine d’abolir le système de gestion de l’offre au Canada.

À Ottawa, on affirme que des pourparlers sont encore nécessaires.

Dans ce contexte, comment envisager une entente de principe alors que bien des enjeux cruciaux sont encore sur la table?

En entrevue à l’émission Midi info mercredi, le négociateur pour le Québec Raymond Bachand affirmait que cette pratique « n’est pas très habituelle ».

L’administration américaine a toutefois montré récemment qu’elle pouvait procéder de cette manière.

Jeudi, alors qu'il était en déplacement en Virginie-Occidentale, le président Trump a eu ce commentaire : « Nous travaillons d’arrache-pied sur l’ALENA avec le Mexique et le Canada. Nous aurons quelque chose sous peu. »

Le président américain reconnaît que son entourage a évoqué le Sommet des Amériques de la semaine prochaine au Pérou.

Mais selon lui, il ne faut pas se presser. L'essentiel est de parvenir à un bon accord.

Il y a un peu plus d’une semaine, Washington a annoncé avoir conclu une entente de principe avec Séoul dans la renégociation d’un accord de libre-échange entre les États-Unis et la Corée du Sud. Il a toutefois été précisé que du travail technique devait encore être effectué par les négociateurs.

L’option d’une entente de principe est donc possible. Mais elle n’est pas encore acquise. Depuis le début du processus, cette renégociation s’est avérée tout sauf prévisible.

Une chose semble toutefois claire; la volonté d’accélérer le processus est palpable et le Canada est le seul des trois partenaires à ne pas faire face à un rendez-vous électoral national imminent.

Ce contexte pourrait permettre à Ottawa de faire des gains, à ce stade crucial des négociations.

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