Alors que les négociations entourant l'Accord de libre-échange nord américain (ALENA) se poursuivent à Montréal, une délégation de maires canadiens sera à Washington mercredi pour la conférence hivernale des maires des États-Unis. Quelle influence peuvent avoir les maires dans ce dossier?

Un texte de Catherine Poisson

Les maires d'Edmonton, de Saskatoon, de Windsor, de London, de Gatineau et de Québec passeront trois jours dans la capitale américaine pour s'entretenir avec leurs homologues américains.

Des rencontres sont également prévues avec des législateurs américains afin de « souligner les avantages d'un solide partenariat économique entre le Canada et les États-Unis », peut-on lire sur le site de la Fédération canadienne des municipalités.

Les maires peuvent-ils réellement influencer les négociations de l'ALENA?

Oui, selon le professeur en gestion de droit à l'Université d'Ottawa, Gilles LeVasseur, qui avance que les maires ont un rôle clé à jouer dans ce dossier.

Le pouls de la société

Aux États-Unis comme au Canada, les grandes villes représentent des centres économiques importants, affirme le professeur. « Les 20 plus grandes municipalités du Canada composent plus de 80 % de l'économie canadienne », rappelle-t-il.

Cette concentration de l'économie dans les municipalités et leur proximité avec la population font en sorte que les maires sont les premiers témoins des conséquences positives ou négatives que peuvent avoir des accords comme l'ALENA, selon M. LeVasseur.

« Quand ces gens-là peuvent parler aux gens qui sont dans la machine politique proche de Donald Trump, ça a un poids », affirme-t-il.

Les villes frontalières, comme Windsor, dans le sud-ouest de l'Ontario, ont une influence d'autant plus importante, ajoute l'expert.

Le maire de Windsor, Drew Dilkens, martèle depuis le début des renégociations que 35 des 50 États américains définissent le Canada comme leur client numéro un, et que 7000 infirmières, ingénieurs et médecins traversent la frontière chaque jour pour travailler à Détroit.

« Si l'ALENA devait être aboli, je soupçonne que les hôpitaux de Détroit auraient beaucoup de difficulté à maintenir leurs activités. Un retrait de l'accord serait dévastateur pour les trois pays, et on ne le répètera jamais assez », a déclaré M. Dilkens.

L'importance du Congrès

M. LeVasseur rappelle également que le président des États-Unis ne peut pas décider seul de se retirer de l'ALENA, une telle décision doit recevoir l'approbation du Congrès américain.

Ainsi, même s'il y a peu de chance que les maires puissent parvenir à influencer directement Donald Trump, ils peuvent le faire en passant par les élus.

« C'est un effet domino : ça monte vers les gouverneurs, puis vers les sénateurs, puis vers les élus au Congrès, et ensuite ça vient aux oreilles des différents intervenants qui négocient les ententes », explique le professeur.

Il précise toutefois que cette démarche à elle seule ne peut pas sauver l'accord commercial et qu'elle doit plutôt s'inscrire dans l'ensemble des actions mises en place par le Canada.

La conférence des maires américains se déroule du 24 au 26 janvier à Washington et rassemble les maires de villes américaines de plus de 30 000 habitants.

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