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Anacolor : les tests d’odeur réalisés au « pifomètre »

L'entreprise Anacolor se fie uniquement à l'odorat d'un de ses employés pour évaluer l'intensité des odeurs dégagées par son usine de peinture située dans le secteur de Cap-Rouge, à Québec.

Un texte de Louis Gagné avec les informations d’Olivier Lemieux

Radio-Canada s’est entretenue lundi avec l’employé chargé de prélever des données sur les odeurs et les émanations de composés organiques volatils (COV) sur dix sites situés près de l’usine Anacolor. L’employé en question a admis qu’il n’avait recours à aucun autre instrument que son nez pour détecter la présence d’odeurs et évaluer leur intensité.

« Je prends des mesures des odeurs aussi. Je note les odeurs, qu’est-ce que moi je remarque, ça, c’est un peu plus subjectif », a-t-il confié à notre journaliste.

Joint au téléphone dans la journée, le vice-président d’Anacolor, Richard Leblanc, a concédé que la méthode d’évaluation des odeurs était subjective. Il croit malgré tout que les données ainsi compilées sont pertinentes.

« Pas du tout scientifique »

La porte-parole du Regroupement citoyen pour la qualité de l’air de Cap-Rouge, Stéphanie Houde, est loin de partager cet avis.

« Se fier à l’odorat d’un individu, c’est une façon tout à fait aléatoire et subjective de caractériser le parfum ambiant. Ce n’est pas du tout scientifique, ce n’est pas du tout rigoureux comme méthodologie », dénonce-t-elle.

Mme Houde soutient que seulement le tiers de la population est en mesure de détecter les différentes odeurs dans l’atmosphère. Par conséquent, l’évaluation de l’intensité des odeurs peut varier d’un individu à l’autre.

« Ce sont des phénomènes neurologiques qui font en sorte vous et moi, on pourrait être sur le même site en même temps, puis vous, vous allez la sentir la peinture, mais moi, je ne la sentirai pas », cite-t-elle en exemple.

« Complètement farfelu »

Pour illustrer cette affirmation, Stéphanie Houde fait remarquer que les analyses effectuées par Anacolor jeudi et vendredi dernier mentionnent qu’aucune odeur n’a été recensée sur les dix sites de prélèvement, notamment celui de l’école primaire Marguerite-D’Youville (site no 4), alors que de nombreux témoins peuvent attester le contraire, selon elle.

« Jeudi dernier, il y avait même des journalistes sur place, dans la cour d’école, et ça sentait parfaitement bien. Des gens qui étaient sur le site pour la première fois ont pu goûter et sentir ce dont on parlait à Cap-Rouge, alors je peux vous garantir que de prétendre qu’il n’y avait absolument aucune odeur, c’est complètement farfelu », insiste la porte-parole.

Appareil inadéquat?

Le Regroupement citoyen pour la qualité de l’air de Cap-Rouge conteste également la validité des prélèvements de COV effectués par Anacolor. Stéphanie Houde mentionne que l’appareil utilisé par l’entreprise ne permet pas d’isoler la présence de tel ou tel type de composé dans l’air.

« On va mesurer plein de COV dans l’air, à la fois ceux qui sortent des cheminées, mais à la fois aussi ceux qui sortent des voitures puis toutes les autres sources de pollution dans l’environnement, et on ne sera pas en mesure de dire : “Voici le taux de toluène, voici le taux de xylène.” […] C’est un appareil qui fournit des données qui ne seraient même pas admissibles en cour. »

Une « bonne base »

L’employé d’Anacolor chargé des prélèvements reconnaît que l’appareil qu’il utilise ne permet pas d’isoler les différents composés organiques volatils présents dans l’atmosphère. Il croit cependant que les données recueillies fournissent des informations utiles.

« Au ministère de l’Environnement, ils sont capables de dire il y a combien de particules de tel ou tel gaz. Nous autres, malheureusement, on ne peut pas, mais c’est comme une bonne base, je trouve, qu’on fasse ça. Ce n’est pas parfaitement comme le ministère, mais au moins, ça nous donne une petite indication s’il y a des COV ou non », indique-t-il.

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