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Ancienne Smurfit-Stone de Bathurst : à la recherche d'argent pour continuer

Quand il est devenu propriétaire de l'ancien terrain de la Smurfit-Stone à Bathurst pour 1 $, l'entrepreneur de Bouctouche, Raymond Robichaud, avait de grands projets pour ce site industriel en bord de mer : copropriétés de luxe, terrain de camping, station-service, commerces en rangée. Deux ans plus tard, les choses n'ont pas beaucoup évolué, les embûches s'accumulent et un sous-traitant affirme ne pas avoir été complètement payé.

Un texte de Michelle LeBlanc

Raymond Robichaud ne possède pas une grande expérience dans le nettoyage et la transformation de vastes espaces industriels contaminés; l'ancien propriétaire d'une entreprise de camionnage et négociant de homards a pourtant vu une occasion en or dans le terrain de la Smurfit-Stone abandonné à Bathurst.

En 2014, il entreprend des démarches pour en devenir propriétaire. En janvier 2016, il acquiert le terrain pour 1 $ et le gouvernement du Nouveau-Brunswick accepte d'effacer les arrérages en impôts fonciers, qui se chiffrent à 1 million de dollars. La province, comme la Ville de Bathurst, souhaite désespérément que le site soit nettoyé et développé.

Pour alléger sa tâche et pour accélérer les travaux, il a mis en vente deux parcelles de terre, en plus de l'édifice à bureaux de l'ancienne Smurfit-Stone et de son terrain. Prix de vente : 2,3 millions de dollars.

Raymond Robichaud dit s'être fié aux évaluations foncières pour déterminer son prix de vente. « S'il y a quelqu'un qui est intéressé à développer, on a toute sorte de plans, on peut même y donner un coup de main », dit-il. Il affirme que l'aventure, jusqu'à maintenant, lui a coûté entre 720 000$ et 730 000$, sans compter ses heures de travail. « Ça coûte cher; il n'y a rien qui se fait pour rien. »

À la question de savoir s'il a les reins assez solides, financièrement, pour développer et nettoyer le site, il affirme que oui, qu'il a des partenaires financiers qui ne tiennent toutefois pas à être connus.

« Ils surveillent et me donnent un coup de main quand j'en ai besoin. J'ai emprunté de l'argent à ma parenté, mes amis. J'avais une business dans l'Ouest, je l'ai vendue et j'ai mis l'argent là-dedans. »

Un entrepreneur pas complètement payé

La mise en vente d'une partie de sa propriété a surpris certaines entreprises qui ont été embauchées par Raymond Robichaud pour du travail effectué sur le site.

Dans les jours qui ont suivi, l'entreprise Maurice Doiron Camionnage et Excavation, d'Allardville, s'est empressée de déposer une revendication de privilège. Le propriétaire, Maurice Doiron, n'a pas voulu nous accorder d'entrevue. Il confirme cependant que Raymond Robichaud lui doit toujours 53 000 $ pour les travaux de démolition du troisième silo. Le coût total des travaux avoisinait 70 000 $.

Raymond Robichaud minimise cette requête en disant qu'il s'agit d'une pratique normale en affaires.

Il dit avoir conclu une entente avec Maurice Doiron, qui doit recevoir en guise de paiement un pourcentage du métal qui sera récupéré sur le site et vendu.

C'est d'ailleurs ainsi qu'il a dédommagé le démolisseur du premier et du deuxième silo, sans qu'il n'y ait transfert d'argent.

La saga des silos

À l'heure actuelle, trois des six anciens silos de la papetière Smurfit-Stone ont été démolis. Ces grands réservoirs contenaient les produits chimiques nécessaires à la confection du papier et du carton.

L'exercice traîne en longueur. Le troisième silo a particulièrement donné du fil à retordre aux démolisseurs. Il a fallu deux mois avant que la structure ne soit complètement détruite.

« Quand la tour a commencé à pencher (...), ils ont pris la frousse. (...) Une fois que tu prends la peur, ben c'est fini. Lui ne veut plus revenir », explique Raymond Robichaud.

Les compagnies qui ont effectué le travail jusqu'à maintenant ne veulent plus poursuivre. Les plans de démolition pour les silos restants n'ont pas reçu le sceau d'approbation de Travail sécuritaire NB.

« Je sais comment descendre la tour; s'il y a quelqu'un qui a de l'expérience. Je sais comment la descendre, c'est une affaire de cinq heures et elle est à terre. Mais je ne suis pas un ingénieur, c'est ça qui est le problème », dit Raymond Robichaud. Il pense que le travail devrait se poursuivre bientôt, après qu'un ingénieur a approuvé son plan.

Inquiétudes du côté de la municipalité

L'allure des terrains de l'ancienne Smurfit-Stone désole la municipalité et freine le développement. « La seule place qu'on peut [a]grandir, c'est dans l'est (de la ville) », dit le maire Paolo Fongémie.

« C'est le commentaire que je reçois quand on a des gens qui viennent nous visiter, lorsqu'il y a des entreprises qui veulent venir s'installer. C'est gênant. »

Au-delà de l'aspect délabré, la municipalité s'inquiète aussi pour la sécurité des citoyens et de l'environnement. « J'ai des préoccupations au niveau de la sécurité, parce qu'il n'y a plus de clôture. Lorsque le silo, la fameuse tour de Pise de Bathurst, était penché, c'était une préoccupation énorme. Nous avons des bassins avec des liquides; (quelle est) la nature de ces liquides? À moment donné, il faut que ça soit adressé. »

Le maire souhaiterait que l'entrepreneur respecte le plan établi en 2016, et mène une étude d'impact environnemental complète pour le nettoyage du site. Évaluée à 137 000 $, l'étude devait être financée à hauteur de 13 700 $ par la municipalité et de 69 000 $ par le Fonds municipal vert, de la Fédération canadienne des municipalités. « Le développeur doit fournir le 40 %; c'est la première étape qui devait être faite », dit le maire Fongémie.

Le promoteur Raymond Robichaud n'a plus l'intention de mener cette grande étude environnementale. Il a finalement décidé de procéder à des études par section de terrain, selon l'avancement des travaux. Il n'entend pas réclamer les sommes déjà approuvées. « C'est plus d'argent en bout de compte, mais au moins il y a des business qui vont m'aider à payer ces frais-là. »

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