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Anticosti : des retombées économiques exagérées?

Le Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste affirme que le document d'évaluation du gouvernement du Québec des retombées économiques des hydrocarbures de l'île d'Anticosti comporte une erreur de calcul majeure. Selon les chercheurs du Collectif, les données s'appuient sur un gisement potentiel qui a été compté en double dans la documentation.

Un texte de Gérald Fillion

Dans une lettre adressée aux ministres Pierre Arcand et David Heurtel, les chercheurs Bernard Saulnier, Lucie Sauvé, Marc Durand, Kim Cornelissen, Éric Pineault et Louise Vandelac réclament le retrait du rapport publié à la fin octobre par le Chantier économie du ministère des Finances du Québec, intitulé « Évaluation financière, évaluation des retombées économiques et scénarios possibles de développement de l'exploitation d'hydrocarbures sur l'île d'Anticosti. »

Dans ce rapport, les chercheurs, qui ne sont pas identifiés, affirment que l'exploitation du pétrole et du gaz de schiste sur l'île entraînera sur 75 ans des retombées de deux milliards de dollars annuellement sur le PIB du Québec et la création et le maintien, au cours de la même période, d'environ 2000 emplois par année.

« Nous estimons que ce document erroné n'aurait pas dû être accepté ni publié par le comité chargé des ÉES (Évaluation environnementale stratégique), écrivent les membres du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste, car il comporte des erreurs majeures dans la méthodologie d'évaluation du potentiel total d'hydrocarbures (pétrole et gaz) qui minent la validité des conclusions qu'on y trouve. Ses auteurs présentent en effet une estimation des réserves d'hydrocarbures qui double le potentiel en place. »

Erreur méthodologique majeure

Ce qui est présenté dans le document gouvernemental, c'est un potentiel d'environ 43 milliards de barils équivalents de pétrole. En supposant que 23 % du territoire est exploitable, c'est un total de 584 millions de barils de pétrole qui pourraient être exploités sur 75 ans. Ça représente « 1,4 % des hydrocarbures initialement en place » selon le rapport, un taux de récupération de 5,9 % sur la partie exploitable selon le Collectif scientifique, qui juge qu'il s'agit là d'un « taux hypertrophié ».

Les experts du ministère des Finances évaluent, par ailleurs, que 11 683 milliards de pieds cubes de gaz naturel pourraient être produits, l'équivalent ici de 4,7 % « des hydrocarbures initialement en place » ou encore de 20,4 % de la surface exploitable affirme le Collectif.

Le Collectif scientifique, qui compte environ 170 membres, affirme que l'analyse aurait dû conclure à l'un ou l'autre des résultats et non à l'addition des deux.

Dans les circonstances, le Collectif affirme que le « débat, sain et bienvenu en principe, ne peut se poursuivre sur la base des conclusions d'un rapport dont les calculs sont erronés. »

Des consultations publiques ont eu lieu dans 7 villes du Québec, du 16 au 19 novembre dernier.

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