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Après huit ans à la tête de Desjardins, quel bilan pour Monique Leroux?

Après huit ans comme présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux s'apprête à se retirer. Arrivée en plein coeur de la crise financière de 2008, elle a su redresser son entreprise et la propulser au 21e siècle. Mais des membres de la coopérative et certains gestionnaires se sentent trahis.

Un texte de Laurent TherrienTwitterCourriel

La présidence de Monique Leroux n'a pas fait que des heureux. Pendant son mandat, Desjardins a procédé à la fermeture de centaines de points de services et de plus de 600 guichets automatiques.

La caisse soutient que les habitudes des membres ont changé. Le nombre de transactions dans ces points de services n'a cessé de diminuer, alors qu'il a plus de doublé en ligne.

Mais certains reprochent à Monique Leroux d'avoir privilégié des rénovations coûteuses pour le Complexe Desjardins de Montréal et le siège social de Lévis, au détriment des petites caisses régionales.

« Pourquoi avoir fermé de toutes petites caisses qui ne coûtaient pas si cher que ça? Je pense qu'il y a encore une structure bureaucrate qui n'est pas toujours sensible à ces questions politiques », affirme le directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques, Michel Nadeau.

Le fondateur de l'Action coalition pour notre caisse Desjardins, qui milite contre la fermeture de ces centres régionaux, se dit trahi par la présidente. « On a été trahis par Desjardins, par la stratégie de Madame Leroux, qui veut tout fermer. » Pour celui qui s'est battu pendant des mois pour conserver la petite caisse de Sainte-Marcelline-de-Kildare, Desjardins a laissé tomber ses membres.

Une présidence marquée par la crise financière

Monique Leroux n'a pas eu le temps de savourer son élection à la tête de l'une des plus importantes institutions financières du Canada. La crise économique et la saga des papiers commerciaux de 2008 ébranlent l'entreprise. Les profits de Desjardins chutent.

Pour rétablir la sécurité de l'entreprise, la première femme à accéder à la présidence du Mouvement doit éliminer 900 postes et réduire de moitié les ristournes versées aux membres. Un traitement douloureux, mais qui finit par porter ses fruits. En 2009, les excédents rebondissent à 1,91 milliard de dollars.

« Il faut reconnaître qu'elle avait le coffre et le bras pour redresser Desjardins et faire en sorte qu'il n'y ait pas de dérive », concède Gérald Larose, qui préside la Caisse d'économie solidaire Desjardins.

Monique Leroux ne s'arrête pas là. Grâce à l'acquisition de Western Capital et de la branche canadienne de l'American State Farm, Desjardins devient le deuxième plus grand assureur de dommages au Canada.

Elle aide aussi Desjardins à s'ouvrir au monde en instaurant le premier Sommet international de la Coopération. Parallèlement, Monique Leroux accélère le virage numérique de l'institution en déployant Desjardins sur toutes les plateformes.

Un style trop autoritaire?

Le concert d'éloges que Monique Leroux reçoit du monde de la finance n'a pas toujours trouvé écho auprès des membres du Mouvement. On lui reproche un style de gestion trop centralisé, trop direct.

« Desjardins au Québec, ce n'est pas la Banque Royale, fait valoir Gérald Larose. Dans les banques, ces problèmes ne se posent pas. Mais dans une structure démocratique, il faut que tu laisses les gens s'exprimer, y compris les salariés. Cet espace est mis à mal. »

Le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, n'est pas d'accord. « Si des gens ont trouvé que c'était peut-être trop autoritaire ou direct, moi je pense que c'est une bonne qualité pour un dirigeant d'entreprise. La restructuration de Desjardins en un mouvement coopératif moderne exigeait certaines décisions difficiles », dit-il.

Une institution en bonne santé financière

Une chose est sûre : le bilan financier de Monique Leroux est solide. Les coffres de Desjardins sont pleins et les profits ont presque doublé en huit ans. Ils frôlent aujourd'hui 2 milliards de dollars par année.

« Si j'étais un des dirigeants de Desjardins, j'aurais une seule crainte, c'est de la voir partir tellement elle a bien mené le Mouvement Desjardins », croit Michel Leblanc.

Mais pour de nombreux membres, l'image de Monique Leroux est celle d'une présidente insensible, avec un salaire annuel de plus de 3 millions de dollars.

Pour Martin Malo de l'Action coalition pour notre caisse Desjardins, son règne « aura servi à gonfler les coffres de l'entreprise. Ça aura servi une poignée de personnes, surtout les dirigeants. Nous les membres, ça ne nous servira à rien ».

Le nouveau président de la coopérative sera choisi le 19 mars.

Avec la collaboration de Maxime Bertrand

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