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Attention aux « très gros déficits », dit l’ancien économiste en chef du FMI

« Je dois dire que je suis un peu inquiet à l’idée que les messages récents soient interprétés comme le droit de faire de très gros déficits, a-t-il déclaré à RDI économie dans une entrevue réalisée lundi. [...] Il faut certainement avoir une expansion budgétaire dans beaucoup de pays, peut-être même aux États-Unis, mais il faut encore être très prudent. J’ai peur qu’on aille peut-être trop loin dans cette direction en réaction à n’avoir pas été assez loin dans le passé. »

Le FMI, comme plusieurs autres organisations, appelle les gouvernements, depuis un certain temps, à stimuler leur économie. La croissance est faible dans plusieurs pays, l’inflation est basse, les taux d’intérêt ont touché des creux. Et, donc, dans les circonstances, le FMI dit qu’il faut emprunter et investir dans l’économie, ce que fait notamment le gouvernement de Justin Trudeau.

D’ailleurs, en septembre dernier, de passage à Ottawa, la directrice du FMI, Christine Lagarde, affirmait que le Canada était « un exemple pour le monde » et que ses politiques budgétaires devaient être imitées. Le gouvernement Trudeau prévoit au moins cinq années de déficit dans le but d’investir massivement dans les infrastructures.

Virage majeur

C’est un changement de ton pour le FMI, qui a longtemps privilégié la rigueur et l’austérité. En 2013, Olivier Blanchard avait reconnu que les mesures d’austérité exigées par les instances internationales et européennes à la Grèce avaient provoqué une réduction de la croissance beaucoup plus importante qu’anticipé. Ainsi, de 2009 à 2012, le FMI s’attendait à ce que l’austérité fasse baisser le PIB de 5,5 %. Finalement, la chute a été brutale et douloureuse : près de 20 %. Devant ce constat, le FMI devait absolument ajuster le tir.

« On a eu une crise d’une violence extraordinaire qui nous a obligé à reposer un certain nombre de questions fondamentales en matière de politique monétaire, nous a dit Olivier Blanchard. Et on a vu les résultats : une politique monétaire très agressive dans beaucoup de pays. En politique bugétaire, ça a pris un peu plus longtemps, mais je crois qu’on est en train d’y arriver. En matière de réformes structurelles, en matière d’actions contre les inégalités, tout ça était absolument nécessaire. Vu la dimension de la crise, il était évident qu’il fallait se reposer ces questions et je suis content que le Fonds ait évolué. D’ailleurs, la plupart des politiques ont évolué dans le monde. »

Le message de l’élection de Donald Trump

Olivier Blanchard croit que les premières années de Donald Trump à la tête des États-Unis vont engendrer une croissance économique un peu plus forte que prévu. La suite dépendra de son ouverture au commerce international, selon lui. Et l’une des menaces économiques est certainement la montée du protectionnisme, selon l’ancien économiste en chef du FMI.

« Manifestement, il y a une réaction de protectionnisme qu’on voit dans ces élections, a dit Olivier Blanchard. [...] Il faut être réaliste, il y a un certain nombre de traités qui ne vont pas se faire. Est-ce qu’on va reculer en arrière considérablement? J’espère que non et je pense que non. Ce serait très triste, parce que le commerce international, c’est tout de même quelque chose d’extraordinaire pour les consommateurs, pour les producteurs qui ont de grands marchés, pour les pays émergents. »

Cela dit, il faudra mieux faire les choses dans l’avenir, selon Olivier Blanchard, et écouter la population. « Il va falloir expliquer tout ça parce que manifestement, il y a des gens qui souffrent de l’ouverture des frontières. [...] Je vous assure que les examens de conscience, je les vois tous les jours. Quelle est la source du problème? Ce n’est pas tellement le commerce international. C’est plus le progrès technologique qui est biaisé en faveur des gens qui ont une formation spécifique. Ça, c’est beaucoup plus difficile à contrôler, à arrêter. Mais, tout le monde se pose de vraies questions. Il faut écouter les résultats, il faut en tenir compte, il faut changer de politiques et se préoccuper plus du sort des gens qui ont voté Trump en particulier. »