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Au tour de la Corée du Sud de suspendre ses importations de blé canadien

Après le Japon, c'est au tour de la Corée du Sud d'annoncer qu'elle suspend ses importations de blé et de farine d'origine canadienne. Ceci survient après l'annonce, la semaine dernière, que du blé génétiquement modifié avait été découvert en Alberta.

« Nous autoriserons seulement la vente de produits à base de blé pour lesquels nous avons la confirmation qu’ils ne contiennent pas de blé génétiquement modifié », a déclaré le ministère sud-coréen de la Sécurité alimentaire et pharmaceutique.

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a découvert l'été dernier, dans le sud de l'Alberta, quatre plants de blé génétiquement modifiés. La modification génétique trouvée dans ces plants a été développée par la multinationale Monsanto et est interdite au Canada.

Rassurer les partenaires commerciaux

Deron Bilous, ministre albertain du Développement économique et du Commerce, affirme que son gouvernement suit la situation de près, avec le gouvernement fédéral et l’ACIA.

Le Japon a décidé d’envoyer ses propres enquêteurs, pour s’assurer que les plants retrouvés n’ont pas contaminé le reste de la production albertaine.

Ils seront accueillis par le gouvernement, explique M. Bilous, car « c’est dans l’intérêt de tous de résoudre ce problème rapidement. »

Le ministre ne craint pas, pour l’instant, d’effet domino : « Nous sommes en contact nos autres partenaires, pour les rassurer, et nous avons bon espoir que ce problème sera vite résolu. »

Enjeux économiques de taille

Le Canada est l’un des plus grands exportateurs de blé au monde, et le secteur pèse 11 milliards de dollars dans l’économie canadienne.

Le pays est le troisième fournisseur de la Corée du Sud, qui en 2017, a importé plus de 226 tonnes de blé canadien, ce qui correspond à plus de 9 % de leurs importations de blé, selon les données du ministère sud-coréen.

Selon Jean-Philippe Boucher, président de Grainwiz, une firme spécialisée dans l'actualité et l'analyse des marchés agricoles, cette crise peut poser des difficultés aux producteurs de blé, surtout dans les Prairies.

Ceux d’entre eux qui ont encore du blé de l’an dernier à commercialiser se retrouvent coincés et vont devoir l’entreposer jusqu’à ce que la crise se résolve, dit-il.

L’analyste pense que l’ampleur des répercussions de cette crise sur l’économie canadienne va essentiellement dépendre de la capacité de l’ACIA à « montrer patte blanche ».

Mais le Canada a une excellente réputation internationale, dit-il, et la crise devrait se résoudre rapidement.

Il se peut toutefois que le Japon et la Corée du Sud décident de s’approvisionner ailleurs. Ce qui représenterait une grosse perte pour le Canada, selon Tom Steve, directeur général de la commission du blé de l'Alberta. Le Japon achète en effet le blé canadien à un très bon prix, explique-t-il.

Il ne faudra pas, ajoute-t-il, que la crise dure jusqu’à l’automne, car les producteurs ne pourront pas stocker leur blé indéfiniment.

Pour sa part, Thibault Rehn, coordinateur de Vigilance OGM, un regroupement qui sensibilise aux enjeux des OGM, la question qui se pose est celle de savoir qui va payer pour les coûts engendrés par cette crise.

Il y a un manque de transparence sur les essais OGM menés au Canada, dit-il. Cela vaut-il la peine de les mener de cette façon et de risquer de perdre des partenaires commerciaux d’importance? Monsanto ou le gouvernement devrait être tenu responsable de ces pertes, suggère-t-il.