Retour

AV Terrace Bay : toujours pas convertie cinq ans après son achat

L'imposition de tarifs à l'importation par la Chine a forcé la compagnie AV Terrace Bay à revoir ses plans. Le projet de conversion de l'usine, située dans le Nord-Ouest de l'Ontario, afin de produire de la pâte servant à fabriquer de la rayonne, est devenu non rentable.

Un texte de Stéphany Laperrière

En 2012, groupe indien, Aditya Birla, achète l'usine de pâte à papier Terrace Bay Pulp dans le but de produire de la pâte cellulosique, qui entre dans la fabrication de la rayonne.

Aux yeux du conglomérat indien, le Nord-Ouest de l'Ontario était l'endroit idéal pour ce projet de conversion estimé à plus de 200 millions de dollars.

C'était avant que la Chine ne décide d'imposer des droits de près de 25 % sur les exportations canadiennes de pâte cellulosique qui entrent sur le marché chinois.

« Nous n'aurions pas investi ici si nous avions su que la Chine allait imposer ces tarifs », dit Vinod Tiwari en indiquant que 60 % de la viscose, une forme de rayonne, provient de la Chine.

Étant trop tard pour faire marche arrière, Aditya Birla a choisi de conserver la vocation d'origine de l'usine, la production de pâte à papier, et ce, même si ce choix ne semblait pas viable à long terme.

D'autres entreprises touchées

Aditya Birla n'est pas la seule entreprise à s'être ainsi fait couper l'herbe sous le pied.

Fortress Paper, basée au Québec, avait mis la main en 2012 sur des installations à Lebel-sur-Quévillon, en Abitibi-Témiscamingue, dans le but d'en faire une usine de pâte cellulosique.

Fortress Paper a finalement revendu ces installations quatre ans plus tard, sans avoir mené son projet à terme.

Cette aventure aura coûté à l'entreprise environ 40 millions de dollars, indique Marco Veilleux.

Plainte auprès de l'OMC

En octobre 2014, le Canada a déposé une plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) contre la Chine.

Selon Affaires mondiales Canada, les droits imposés par la Chine sur la pâte cellulosique sont des « mesures non fondées et discriminatoires qui placent à un désavantage les exportations canadiennes ».

La procédure entamée devant l'OMC prend toutefois du temps, rappelle le professeur à la Faculté de gestion de l'Université Laurentienne, Jean-Charles Cachon.

D'ici là, le gouvernement fédéral pourrait tenter d'imposer des droits compensatoires, pour pénaliser la Chine sur les produits qu'elle exporte au Canada, mais cela aurait un impact sur les consommateurs canadiens, ajoute le professeur.

« Des fois ça peut être difficile parce que dans le cas de certains produits, toutes les exportations canadiennes proviennent de la Chine », dit-il.

De son côté, le vice-président de l'Association des produits forestiers du Canada, Robert Larocque, rappelle que le Canada et la Chine explorent la possibilité d'un accord de libre-échange, ce qui pourrait changer les choses pour l'industrie.

« Il y a pas seulement la pâte cellulosique... 30 % de nos produits vont en Chine, donc de continuer à pousser pour un libre-échange avec la Chine, c'est une bonne chose », dit-il.

Marché en croissance

Afin de survive aux droits imposés par la Chine, les entreprises canadiennes ont dû trouver d'autres sources de revenus.

Marco Veilleux ajoute que malgré les mesures protectionnistes chinoises, le marché de la rayonne est en croissance.

« C'est plus un défi qu'à l'époque, mais c'est encore un bon marché », dit-il.

Garder espoir

De son côté, Aditya Birla a toujours espoir de convertir son usine à Terrace Bay pour la production de pâte cellulosique.

En attendant, l'entreprise tente d'augmenter la rentabilité de ses activités de production de pâte à papier et de conserver les 400 emplois créés à la suite du rachat de l'usine, explique Vinod Tiwari.

Vinod Tiwari salue les efforts des employés qui tentent d'optimiser les procédés de production afin d'aider l'entreprise à garder la tête hors de l'eau.

L'usine AV Terrace Bay est le principal employeur de cette municipalité de 1 600 âmes, rappelle son maire Jody Davis qui espère que ses activités pourront continuer plusieurs années.

Plus d'articles

Commentaires