Retour

Baisse des stocks : les crevettiers veulent le statu quo pour 2018

Selon le président de la Coopérative des capitaines propriétaires de la Gaspésie, Vincent Dupuis, les pêcheurs de Terre-Neuve, du Nouveau-Brunswick, du Québec et des Premières Nations se sont concertés pour demander à Ottawa les mêmes contingents de pêche qu'en 2017, même si la ressource est en diminution.

Un texte de Joane Bérubé avec la collaboration de Maude Rivard et de Jean-Louis BordeleauLes stocks de crevettes sont en baisse dans toutes les zones de pêche et la tendance, selon les biologistes, devrait se maintenir au cours des prochaines années.

Les pêcheurs souhaitent avoir du temps pour se préparer aux changements qui viennent.

Le total autorisé de captures (TAC) recommandé par le comité consultatif de la crevette nordique serait en moyenne de 35 % moins élevé cette année qu’en 2017.

La diminution projetée dans la zone de Sept-Îles serait de 60 % et de 75 % dans celle des Escoumins.

Ces données ont été transmises au ministre des Pêches et des Océans, Dominic LeBlanc, qui devrait faire connaître les contingents autorisés pour 2018 au mois de mars. Les pêcheurs ont demandé une rencontre avec le ministre avant qu'ils prennent sa décision.

Les crevettiers souhaitent obtenir un sursis. « Pour nous permettre de trouver des solutions pour l’an prochain comme avoir un produit à valeur ajoutée sur notre crevette », précise Vincent Dupuis.

Ce dernier ne veut pas baisser les bras et souligne que le ministre LeBlanc a indiqué qu’il prendrait en considération l’aspect économique lorsqu’il rendrait sa décision.

Impacts économiques

L’effet d’une baisse de quotas aura des impacts directs sur les entreprises de pêche, les usines et les emplois.

Pour Serge Langelier, gestionnaire des pêches pour l'Agence Mamu Innu Kaikusseht, il est clair que les entreprises doivent s’attendre à des revenus moins importants au cours de la prochaine saison.

Pour compenser la chute de la population de crevettes, plusieurs pêcheurs prévoient aussi réorienter leurs pêches vers d'autres espèces, notamment vers des poissons comme la morue ou le turbo.

« Les quantités d’ouvrage, relève Serge Langelier, vont être différentes. Ça va être de beaux défis que l’on va avoir à relever à court terme. »

Ces pêches ne sont souvent pas aussi rentables que la crevette et certains pêcheurs anticipent de dures années à venir.

Le crevettier Jean-Pierre Element se dit inquiet, même si ce n’est pas la première crise qu’il traverse.

Pour le meilleur et pour le pire : le sébaste

L'augmentation de la prédation par le sébaste et le réchauffement de l’eau sont les deux principaux facteurs qui fragilisent les stocks, selon les scientifiques.

« Avec le réchauffement de l’eau, on voyait déjà les stocks diminuer au cours des dernières années, mais la prédation du sébaste, qui a augmenté depuis trois ans, a accéléré cette diminution-là et on pense que cela va diminuer encore dans les prochaines années », commente le biologiste de l’Institut Maurice-Lamontagne, Hugo Bourdages.

Le biologiste souligne que la mortalité par la pêche est inférieure à celle due à la prédation. « Ce n’est pas un effet de surexploitation, c’est vraiment un changement environnemental et d’écosystème », ajoute M. Bourdages.

Après l’imposition du moratoire sur la pêche, il y a près de 25 ans, le retour à une pêche commerciale au sébaste pourrait s’effectuer en 2018 ou au plus tard en 2020.

Une évaluation de stock aura lieu à la mi-mars cette année. Les scientifiques estiment déjà que plus de 50 % de la cohorte née en 2011 sera arrivée à la taille commercialement exploitable cette année.

Les pêcheurs aimeraient lancer la pêche au plus tôt. « SI le sébaste ne se pêche pas assez vite, on a l’impression que toutes les autres espèces vont en subir les contrecoups », commente Vincent Dupuis.

L’industrie a besoin aussi de s’adapter et de se préparer à cette nouvelle pêche. « En ce moment, explique M. Dupuis, même si on arrivait avec de grosses quantités de sébaste à quai, il n’y a aucun producteur capable de transformer de grandes qualités de sébaste. »

En raison de sa rareté, la crevette nordique se vend un bon prix sur les marchés mondiaux, selon M. Dupuis. Cela lui permet de croire que l’industrie sera capable de traverser cette nouvelle crise.