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Baisse du déficit, vraiment? La réalité est que l'économie ne cesse de ralentir...

Derrière le discours jovial de nos politiciens se cache une réalité économique : la croissance est de plus en plus lente. Et les voyants verts dans le tableau de bord se font de plus en plus rares. Non, l'économie ne va pas mieux comme l'affirme Carlos Leitao à Québec. Et non, les politiques du gouvernement Trudeau ne se font pas encore sentir dans l'économie canadienne. 

Un texte de Gérald Fillion

Tout n'est pas noir, loin de là. Mais, comme l'expliquait l'économiste Clément Gignac à RDI économie récemment, il y a des problèmes structurels qui s'incrustent dans l'économie au Canada, et c'est préoccupant.

En lisant l'énoncé économique de Bill Morneau mardi, on comprend bien que ce gouvernement tente de nous offrir un égoportrait jovialiste de l'état de l'économie. Derrière les sourires étincelants, notre économie ralentit sérieusement, rapidement, tendance claire depuis au moins 3 ans. Et à ce rythme, on s'en va à zéro, à la stagnation économique pour reprendre les mots de l'économiste et sociologue Eric Pineault.

À peine 7 mois après la présentation du budget 2016-2017, le ministre Bill Morneau a été obligé de défaire son montage financier. Il a annoncé qu'il laissait tomber la réserve de prudence que certains trouvaient d'ailleurs excessive en mars dernier : 6 milliards de dollars par année dans la réserve, c'était beaucoup et ça gonflait le déficit artificiellement.

Aujourd'hui, pour éviter d'annoncer un déficit de plus de 30 milliards de dollars au cours des 3 prochaines années, le ministre tripote un peu ses chiffres et efface la réserve de 6 milliards de dollars. La prudence, si névralgique en mars, ne l'est plus en novembre? Quelle est la logique?

En regardant de plus près les données budgétaires des 4 prochaines années, on réalise que le gouvernement affiche un manque à gagner de 5 à 10 milliards de dollars par année par rapport aux prévisions de mars. En 7 mois seulement, le gouvernement Trudeau doit gérer un déficit plus grand de 5 à 10 milliards de dollars par année, ce qui l'amène à précipiter l'utilisation de l'entière réserve de 6 milliards de dollars. On vide le pot de biscuits!

Le secrétaire aux Finances François-Philippe Champagne avait du mal à expliquer la manoeuvre mardi soir à RDI Économie. Selon lui, le gouvernement a, aujourd'hui, une vision plus claire des perspectives économiques qu'en mars dernier. Vraiment? Le Brexit, l'immobilier qui ralentit, l'économie américaine qui décélère, l'élection aux États-Unis aussi, le protectionnisme, la Chine, les cours du pétrole, le terrorisme, quoi encore?

Non seulement l'horizon n'est pas plus clair qu'en mars, mais l'état de l'économie oblige le gouvernement à refaire ses calculs.

L'économiste Jean-Pierre Aubry a observé que, d'une publication à l'autre, que ce soit des budgets ou des mises à jour, depuis 2013 le gouvernement ne cesse de réviser à la baisse sa prévision de PIB nominal.

Ainsi, l'énoncé économique de Bill Morneau cette semaine projette que le niveau du PIB nominal de 2017 sera 6,6 % inférieur à la projection du budget de 2013 et que celui de 2018 est inférieur de 7,1 %. C'est un manque à gagner de 21 à 28 milliards de dollars, selon Jean-Pierre Aubry, dans le solde budgétaire de l'État.

De 21 à 28 milliards, ça ressemble pas mal au déficit annuel prévu en ce moment, n'est-ce pas? 

La réalité toute simple, c'est que l'ensemble des indicateurs ralentissent. Dans son énoncé économique, le ministre Morneau a révisé à la baisse ses prévisions de croissance du PIB jusqu'en 2020, il a abaissé ses prévisions pour le pétrole et il a relevé ses projections pour le chômage. À Québec, le ministre des Finances Carlos Leitao a fait la même chose, la semaine dernière, en réduisant les attentes sur les indicateurs économiques les plus importants de l'économie : le PIB, l'emploi, les exportations, les investissements résidentiels, les investissements des entreprises, la consommation des ménages.

Le Canada a trop compté sur les ressources dans le passé. La faiblesse du dollar canadien ne permet plus aux entreprises d'enregistrer une hausse automatique et salvatrice de leurs exportations, étant en pleine concurrence sur le marché américain avec le Mexique et la Chine. La productivité est faible, le vieillissement de la population crée un effet décélérateur sur l'économie, la croissance américaine ralentit, les incertitudes se multiplient.

Si le gouvernement du Canada a raison de miser sur les infrastructures pour stimuler son économie à long terme, il a tort de masquer la réalité à court et à moyen terme. Nous sommes dans une période de faible croissance, voire de stagnation économique, et ça pourrait durer longtemps.