Retour

Baleines noires et homardiers gaspésiens : les élus réclament des mesures d’urgence

Le député de Gaspé, Gaétan Lelièvre, celui de Bonaventure, Sylvain Roy, le maire de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, Roberto Blondin, celui de Grande-Rivière, Gino Cyr ainsi que la préfète de la MRC, Nadia Minassian parlent tous d'une seule voix. Ils veulent une intervention d'urgence de la part d'Ottawa et de Québec.

Un texte de Joane Bérubé avec la collaboration de Martin Toulgoat et de Bruno Lelièvre

Vendredi, la zone de pêche située entre Percé et Port-Daniel-Gascons doit fermer en raison de l’observation, plus tôt cette semaine, de deux baleines noires à 10 km de Newport.

Un millier de travailleurs d’usines de la Gaspésie risquent d’être au chômage. Des hommes de pont, des aides-pêcheurs et des capitaines propriétaires de bateaux devront se plier à ce qui constitue ni plus ni moins que la fin abrupte de la pêche au homard dans la MRC de Rocher-Percé.

Contrairement à d’autres pêcheurs d'autres régions qui ont pu installer leurs engins de pêche ailleurs, les permis des homardiers gaspésiens sont attribués selon des sous-zones de pêche.

Au total, 73 homardiers devront retirer complètement leurs casiers pour 14 jours. Quelque 19 autres pêcheurs pourront déplacer leurs engins dans une autre partie de leur secteur de pêche qui sera réduit.

Cette fermeture survient à trois semaines de la fin de la saison.

La situation est jugée dramatique pour l’économie de la région par l’ensemble des élus.

Manque d'écoute dénoncé

Les députés de Gaspé et de Bonaventure sont unanimes à dénoncer l’improvisation du gouvernement fédéral dans le dossier. Ils jugent tous deux que le ministère des Pêches et des Océans a mal évalué les conséquences de ces décisions sur l’économie de la région.

Le député de Bonaventure, Sylvain Roy, dénonce le peu d’écoute du gouvernement fédéral. « Le fédéral applique une logique que nous ne comprenons pas, c’est le principe de protection extrême », commente M. Roy.

Il demande au ministre des Pêcheries, Laurent Lessard, de reprendre les discussions sur les propositions des homardiers pour poursuivre la pêche tout en protégeant les baleines.

Les pêcheurs gaspésiens ont proposé de poursuivre la pêche en demeurant près des côtes dans des eaux peu profondes et de mettre en place, à leurs frais, un plan de surveillance des engins de pêche 24 h sur 24, sept jours sur sept. Les deux propositions ont été rejetées par le ministre Leblanc. « On veut que ces solutions soient appliquées, parce qu’on va assister à une récurrence de cette dynamique dans le secteur », prévient Sylvain Roy.

Comme les députés de la région, les élus municipaux déplorent qu'Ottawa n'ait pas accepté les propositions des pêcheurs.

Le maire de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, Roberto Blondin, considère, lui aussi, que les mesures imposées par Ottawa sont inéquitables.

Il rappelle que sur les 14 baleines mortes l’an dernier dans le golfe du Saint-Laurent, la majorité a été tuée à la suite d’une collision avec un navire. « Du côté de la marine marchande, note M. Blondin, c’est baisser votre vitesse, du côté des pêcheurs, on ferme la zone. Il y a une iniquité là-dedans, il y a de l'improvisation qu'on n'aime pas. »

Selon le maire de Grande-Rivière, Gino Cyr, Emploi-Québec s’est dit prêt à affronter la situation. « Ils ont toutes les mesures, dit-il, pour pouvoir accompagner et supporter les travailleurs d'usines. »

Pertes d'emplois

Sylvain Roy demande au ministre Laurent Lessard de mettre en place des mesures compensatoires pour aider les pêcheurs et le millier de travailleurs d’usine touchés par la fermeture de la zone de pêche qui s’étend de Percé à Port-Daniel-Gascons.

La plupart, ajoute le député, ne seront même pas admissibles à l’assurance-emploi.

Gaétan Lelièvre qualifie lui aussi d'inadéquates et d'abusives les fermetures de zone décrétées par Ottawa pour protéger les baleines noires.

Il déplore que le gouvernement applique des normes sans les adapter à la réalité de la pêche régionale et que ce soit l’économie de la Gaspésie qui en paie le prix. « Ça être pire que la pêche au crabe », estime le député. Les usines, explique-t-il, ne pourront plus affecter leurs travailleurs à la transformation du homard, en attendant le prochain débarquement de crabe.

Soutien de Québec

M. Lelièvre a discuté avec Laurent Lessard, qui lui promet de mettre en place de mesures. « On a convenu de travailler ensemble pour convaincre le fédéral d’intervenir auprès de la main-d’œuvre », indique le député de Gaspé.

« Si les solutions ne viennent pas, c’est difficile de prévoir ce qui va se passer », estime M. Lelièvre.

Ce dernier relève que la crise qui frappe les homardiers s’ajoute à celle traversée par les crabiers et à la diminution importante des quotas de pêche aux crevettes. « C’est toute l’industrie, dit-il, qui est en crise. »

M. Roy comme M. Lelièvre interpellent la ministre du Revenu et députée de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Diane LeBouthillier, pour qu’elle intervienne auprès de ses collègues fédéraux. « C’est son territoire et elle doit faire pression pour qu’il y ait une résolution de la problématique », souligne Sylvain Roy.

Réactions fédérales

Diane LeBouthillier a publié un communiqué où elle affirme être en communication avec le ministre des Pêches, Dominic Leblanc, mais aussi avec le ministre du Développement social du Canada Jean-Yves Duclos pour assurer la viabilité du secteur des pêches.

La ministre invite les intervenants à poursuivre les discussions afin de protéger l'accréditation des pêcheurs et conserver l'accès aux marchés internationaux.

Le ministre Dominic Leblanc a confirmé être en discussions avec Mme Lebouthillier et le ministre Duclos. Il a toutefois fait savoir que les mesures de protection de la baleine noire seraient maintenues.