Retour

Bilan économique : 2016 aura été une année difficile pour l'Alberta

En cette période de l'année normalement festive, il y a fort à parier que beaucoup d'Albertains n'ont pas trop le coeur à la fête. Le rideau tombe sur une année économiquement difficile et l'Alberta garde espoir que 2017 l'aidera à retrouver le chemin de la prospérité. Retour sur 2016 : une autre année douloureuse pour la province de l'or noir.

Un texte de Geneviève Normand

Il ne faut pas chercher bien loin pour s’apercevoir que la récession qui persiste entraîne son lot de conséquences, surtout à Calgary : les banques alimentaires sont plus fréquentées, environ le quart des bureaux du centre-ville de la métropole sont inoccupés et la survie de nombreux commerces ne tient qu’à un fil.

Évidemment, les portefeuilles ne sont plus aussi bien garnis qu’ils l’étaient. « Il faut retourner aux années 1980 pour voir en Alberta deux années consécutives en récession », souligne l’économiste en chef à la Financière ATB, Todd Hirsch.

Le nerf de la guerre, dans ce contexte, ce sont les bas prix du pétrole. Le secteur pétrolier et gazier est sans équivoque le plus important en Alberta. La province tente d’ailleurs de réduire sa dépendance à cette industrie prospère, mais cyclique.

À titre d’exemple, le baril de brut léger américain valait plus de 100 $ US il y a deux ans et demi, avant que les cours pétroliers ne commencent leur déclin. En janvier et en février 2016, ce même baril de pétrole (le WTI pour Western Texas Intermediate) est passé sous la barre des 30 $ US.

L'Association canadienne des entreprises de forage pétrolier (CAODC) indique même que 2016 est l'année où il s'est foré le moins de puits en 39 ans. C'est la pire année d'activité depuis que la CAODC a commencé à recueillir les données, en 1977.

« Nous croyons que le pire est passé dans le secteur énergétique, mais peut-être pas encore dans le marché de l’emploi », croit Todd Hirsch, qui a remarqué un délai entre la fluctuation des prix du pétrole et les mises à pied dans l’industrie.

On a vu les investissements dans le secteur de l'énergie chuter de plus de 50 % sur deux ans.

Marie-Christine Bernard, codirectrice des prévisions économiques provinciales au Conference Board du Canada

« Trop d'Albertains sans emploi »

Dans sa plus récente mise à jour économique, le gouvernement de l’Alberta a laissé entrevoir une lueur d’espoir dans cette crise. Le ministre des Finances a affirmé qu’il y a « des signes encourageants d’une stabilisation », mais a aussi admis que trop d’Albertains sont encore sans emploi.

La métropole albertaine, qui accueille la plupart des sièges sociaux des grandes pétrolières, affiche un taux de chômage plus élevé que n’importe où ailleurs en Alberta : 10,3 % en novembre 2016.

« Calgary est frappée encore plus durement par ce ralentissement économique qu’Edmonton », a expliqué Todd Hirsch. À l'échelle provinciale, le taux de chômage le mois dernier a atteint 9 %, le taux le plus élevé depuis juillet 1994.

La croissance ne proviendra pas du secteur énergétique. C’est un secteur qui, nous pensons, demeurera stable.

Todd Hirsch, économiste en chef à la Financière ATB

Autre conséquence de cette industrie qui bat de l’aile : la province est en voie d’enregistrer un déficit comme elle ne l’a jamais vue. Le gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley prévoit que l’Alberta sera dans le rouge à la hauteur de 10,8 milliards de dollars.

Bien que les revenus du gouvernement aient augmenté récemment, en raison de la remontée des prix du pétrole, la province maintient les barèmes de son dernier budget et base ses calculs en supposant que le baril de pétrole vaille 45 $US.

Reconstruction de Fort McMurray

« Quiconque remet en doute l’importance du secteur pétrolier et gazier de l’Alberta et l’importance des sables bitumineux pour l’économie canadienne n’a qu’à regarder les données du mois de mai », affirme M. Hirsch. Dans les premiers jours de mai 2016, Fort McMurray est devenue la proie des flammes.

« L’arrêt de la production a suffi à pousser l'économie canadienne vers une contraction d'un mois », explique M. Todd.

Le Conference Board du Canada a fait une étude sur l’impact de cette tragédie sur l’économie albertaine. La codirectrice des prévisions économiques provinciales, Marie-Christine Bernard, estime que le gros de l’activité économique due à la reconstruction aura lieu en 2017.

« On prévoit que la croissance économique de l’Alberta va être de 2,2 % et 0,4 point de pourcentage de cela va venir [de la reconstruction suivant les] feux de forêt », explique-t-elle.

Le Conference Board estime que l’incendie a fait réduire la production de pétrole de 1,2 million de barils par jour pendant deux semaines, ce qui a engendré des pertes approximatives de 985 millions de dollars du PIB réel de l’Alberta.

Regard sur 2017

Après deux années consécutives difficiles pour l’Alberta, les économistes s’attendent maintenant à retrouver une certaine stabilité, du moins dans le secteur pétrolier et gazier.

Déjà, à la fin de l’année, l’industrie énergétique s’est réjouie de l’approbation par Ottawa de deux pipelines et de la remontée des prix du pétrole à la suite de la décision des pays de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) de réduire leur production.

Cela est sans compter qu'une décision sur le projet de pipeline Keystone XL, fort attendue de la part de l'industrie, doit bientôt être prise par le nouveau président des États-Unis, Donald Trump.

Plus d'articles

Commentaires