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Blindés pour l'Arabie saoudite : London de plus en plus divisée

Plus les semaines passent, plus la controverse gagne London, ville ontarienne où doivent être construits les véhicules blindés destinés à l'Arabie saoudite.

Un texte de Marc Godbout

Personne n'est indifférent au dossier des blindés et peu importe l'endroit, on sent rapidement un malaise au sein de la population. 

Les appels se sont succédé pendant une heure sur les ondes d'une station de radio locale. À elle seule, la tribune téléphonique montre que le sujet est tout aussi controversé ici qu'ailleurs.

« Des femmes sont torturées, battues et violées. Ce que fait le Canada est immoral », lance une auditrice appelée à commenter le feu vert du gouvernement libéral au permis d'exportation des blindés destinés à l'Arabie saoudite.

« Je ne suis plus certain si c'est la bonne décision. Les emplois sont importants, mais il n'y a pas que les emplois », ajoute quelques minutes plus tard un homme.

Dans cette ville où se trouve l'usine de General Dynamics Land Systems, les opinions sont de plus en plus tranchées, a remarqué au fil du temps l'animateur de la station, Andrew Lawton, qui n'en est pas à sa première tribune téléphonique sur le sujet.

« Quand le taux de chômage était très élevé, les gens ne pensaient qu'aux emplois. Maintenant, les droits de la personne font partie de la réflexion », explique Andrew Lawton, animateur à la station AM980.

Plus de 2000 emplois à London dépendent du contrat de 15 milliards de dollars avec la monarchie saoudienne.

Le taux de chômage atteignait 9,3 % au moment de l'annonce du contrat des blindés en 2014 par le gouvernement conservateur.

Deux ans plus tard, il n'est plus que de 6,6 %, grâce à une économie plus diversifiée et à un dollar canadien qui favorise les exportations.

Certes, London et son secteur manufacturier ont beaucoup souffert avec des fermetures d'usines comme celle de Kellogg en décembre 2014. Quelques 500 travailleurs avaient alors perdu leur emploi. Deux ans plus tôt, Electro-Motive Diesel, constructeur de locomotives, mettait fin à ses activités et envoyait au chômage 450 travailleurs.

Dilemme : emplois ou droits de la personne?

En banlieue de London, des golfeurs frappent leurs premières balles de la saison.

Mark Watson, qui a passé toute sa vie dans cette ville, est d'accord avec l'approche du gouvernement Trudeau, mais constate que certains changent d'idée face à la controverse.

« Le gouvernement libéral n'est pas prêt à changer quoi que ce soit et ça me convient. Ce n'est pas tout le monde qui est d'accord autour de moi », affirme Mark Watson, résident de London.

Comme d'autres golfeurs qui s'exercent, il se souvient que tous les partis s'étaient engagés en campagne électorale à ne pas annuler le contrat.

Mais le contexte économique change et les opinions varient selon sa performance.

Carrie Every admet être maintenant très partagée. « Je ne suis pas d'accord avec tout dans ce dossier pour des raisons morales. »

Si l'annonce du contrat remonte à plus de deux ans et fournira du travail pour les 14 prochaines années aux employés de l'usine, ni les dirigeants, ni le syndicat, ni les travailleurs n'acceptent d'en discuter.

Un mutisme qui tranche avec ce qui se passe ailleurs dans la communauté, où le débat est de plus en plus animé.

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