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Bois d'oeuvre : vers nouvelle période d'incertitude en Abitibi-Témiscamingue?

Aux États-Unis, la Coalition du bois d'oeuvre a déposé vendredi la plainte attendue contre les exportateurs canadiens de bois de sciage auprès du département américain du Commerce. L'industrie forestière de l'Abitibi-Témiscamingue revit, une fois de plus, une période d'incertitude.

Attentes envers le gouvernement provincial

Les analystes s'attendent à ce que Washington impose des droits de douane aux industriels canadiens. Le maire de Senneterre, Jean-Maurice Matte, n'est pas surpris de la plainte qui a été déposée. Il espère que le gouvernement du Québec sera insistant auprès du gouvernement fédéral, afin de protéger l'industrie forestière québécoise.

Bien que le « plein-emploi » règne dans l'industrie du bois d'oeuvre à Senneterre, le maire compte être actif lui aussi dans le dossier.

À ce moment-ci, le travail, on le fait par l'entremise de nos unions municipales, ce qu'on a fait la semaine dernière en rencontrant Monsieur Chrétien. On va laisser passer le mois de décembre et on verra au début du mois de janvier quel genre de travail nous ferons, nous, les municipalités qui sont directement concernées, auprès du gouvernement fédéral.

Le maire de Senneterre, Jean-Maurice Matte

Jean-Maurice Matte affirme que ces actions se traduiront notamment par des lettres aux députés de la région, puis par une rencontre à Ottawa. « On va s'assurer que le gouvernement canadien ne prendra pas ce dossier-là à la légère », souligne-t-il.Pour sa part, le commissaire industriel à la Corporation de développement industriel de Val-d'Or, Jean-Yves Poitras, croit que le projet de Parc forestier intégré de Val-d'Or pourrait être protégé d'une éventuelle taxation américaine sur le bois d'oeuvre. Il affirme cependant que la rareté du bois d'oeuvre pourrait diminuer la quantité de sciure et de planure qui pourrait servir à de la transformation. « Nos risques d'affaire sont moins grand qu'une scierie, par exemple. [Pour le parc forestier intégré], on gérerait des exceptions, qui n'étaient pas nécessairement dans le bois d'oeuvre, on parle de bois orphelins, des bois francs, on parle de certains résineux et feuillus, qui ne sont pas mis en marché de toute façon à travers le réseau du bois d'oeuvre et de tout ce qui est matières premières pour du panneau particules ou du panneau gauffré ou de la pâte à papier », explique-t-il.Conséquences au printempsLe directeur des Affaires publiques et relations gouvernementales pour Produits forestiers Résolu, Karl Blackburn, estime que les conséquences de cette plainte pourrait se faire sentir au printemps.

Demain matin, ça ne change rien en terme d'opérations et de produits qui sont expédiés du côté américain. Par contre, ça vient ajouter une couche d'incertitude parce qu'indépendamment de la conclusion du processus qui vient d'être enclenché, à quelque part au printemps 2017, le comité pourrait arriver avec une imposition de droits compensatoires, alléguant que l'industrie forestière canadienne est subventionné.

Karl Blackburn

Selon Karl Blackburn, ces actions viendraient fragiliser les opérations.Par ailleurs, le conseil d'administration de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) a adopté vendredi une résolution demandant au gouvernement du Canada de reconnaître les efforts réalisés par les communautés forestières du Québec dans la mise en œuvre d'un nouveau régime répondant aux règles du libre-marché. L'UMQ rencontrera également la ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, au cours des prochaines semaines à ce sujet.

Accompagner l'industrie, dit BlanchetteLe ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs et député de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Luc Blanchette, a réagit au recours judiciaire vendredi soir.

On va tenter d'avoir des rencontres au plus rapide pour avoir des mesures de soutien et pour accompagner notre industrie. Moi, les craintes qui ont été partagées, je les partage. Moi-même je viens d'une région forestière

Le ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette

Luc Blanchette estime qu'il sera nécessaire, pour la période pendant laquelle le litige pourrait durer, de trouver une formule d'accompagnement des entreprises. « C'est sûr que toute cette négociation, c'est le fédéral qui la mène, indique-t-il. C'est de gouvernement à gouvernement, autant du côté américain que du côté canadien. On collabore avec le gouvernement [fédéral] actuel, moi avec mon vis-à-vis Jim Carr et Dominique Anglade avec Chrystia Freeland, ainsi que le premier ministre [Philippe Couillard] avec Justin Trudeau ».