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Bombardier, Air Canada, Rio Tinto : le rôle du gouvernement Couillard

Il est difficile de considérer que les récentes annonces au Québec sont particulièrement réjouissantes au chapitre de l'emploi. Et on peut se demander si le gouvernement de Philippe Couillard prend pleinement conscience de son rôle dans plusieurs dossiers.

Un texte de Gérald Fillion

Dans le dossier Bombardier, il est clair que les investissements dans la C Series sont faits à long terme et pourrait éventuellement générer des emplois. Mais, nous sommes ici dans la spéculation. Rien n'est garanti. Tout ce qu'on sait et tout ce qui est confirmé pour l'instant, c'est que le gouvernement du Québec a choisi d'investir 1,3 milliard de dollars dans une activité qui demeure risquée et que Bombardier vient d'annoncer la suppression de 2400 emplois au Québec.

Philippe Couillard et Dominique Anglade défendent Bombardier et leur investissement en affirmant qu'il n'y a pas de perte d'emplois dans la C Series, que ces compressions ont lieu dans d'autres segments, notamment les avions d'affaires. Le Québec perd tout de même 2400 bons emplois, bien rémunérés et de qualité.

Par ailleurs, il faut ajouter que plusieurs fournisseurs de Bombardier sont inquiets. Ils se demandent s'ils auront leur part du gâteau dans le contrat que vient de conclure Air Canada avec Bombardier dans l'acquisition de 45 avions CS300, contrat assorti d'une option possible de 30 avions. Alors que Bombardier a délocalisé plusieurs activités au Mexique au fil des années, l'entreprise a-t-elle l'intention de privilégier des fournisseurs québécois dans le contrat avec Air Canada? Et le gouvernement Couillard, qui n'a pas prévu de clause de protection des emplois lors de son investissement de 1,3 milliard de dollars, a-t-il exigé de Bombardier que l'entreprise fasse appel à des fournisseurs québécois?

1800 emplois, qui ne reviendront pas

Dans le dossier Aveos, le gouvernement du Québec a décidé de conclure une entente à l'amiable avec Air Canada en mettant fin au litige qui l'oppose à la compagnie aérienne depuis 2012 sur les activités d'entretien des avions au Canada. Air Canada venait de demander à la Cour suprême de se pencher sur le litige alors que la Cour d'appel avait confirmé le jugement de la Cour supérieure du Québec, comme quoi Air Canada avait contrevenu à sa loi constitutive en fermant ses centres de maintenance de Montréal et de Winnipeg.

En signant une entente avec Air Canada, le gouvernement du Québec confirme une fois plus la perte de 1800 emplois chez Aveos. Cette suppression sera amoindrie par la création de 1000 emplois sur 15 ans alors qu'Air Canada s'engage à donner un contrat d'entretien de ses appareils C Series à un fournisseur du Québec. Cela dit, il faudra voir ce qu'il adviendra des quelque 300 emplois de Premier Aviation à Trois-Rivières, qui s'occupent de l'entretien des avions Embraer d'Air Canada, qui seront, eux, remplacés par les nouveaux avions C Series après 2019.

200 emplois et un pouvoir décisionnel qui diminue

Dans le dossier Rona, le gouvernement du Québec a choisi de laisser les deux entreprises conclure la transaction qu'elles ont négociée et de ne pas intervenir dans la vente du quincailler québécois à l'entreprise américaine Lowe's. L'accord prévoit le maintien d'un siège social au Québec et d'une « vaste majorité » des emplois.

Le gouvernement Couillard aurait tout intérêt à s'intéresser à ce qui se passe ces jours-ci chez Rio Tinto, qui a acheté Alcan en 2006. Pour une quatrième fois depuis 2009, l'entreprise a procédé à des changements administratifs au Québec. Cette fois-ci, Rio Tinto a décidé de supprimer 200 postes de cadres au Québec. Non seulement le nom Alcan a disparu, mais l'opposition officielle à Québec demande au gouvernement de s'assurer que Rio Tinto respecte toujours l'entente de continuité signée au moment de l'acquisition d'Alcan. Tout porte à croire aujourd'hui que le pouvoir décisionnel du Québec, qui était celui d'Alcan avant la transaction, s'est largement évaporé. Doit-on s'attendre au même résultat chez Rona?

Les gouvernements cherchent à attirer des investissements et ils sont prêts à tous les aménagements pour stimuler leur économie. C'est compréhensible. Cela dit, à quoi ça sert si des emplois sont perdus? Quelle est la valeur d'une innovation si elle entraîne des pertes d'emplois? À quoi bon signer des ententes de continuité si le temps efface lentement les engagements? 

Et le gouvernement Trudeau?

Et puisqu'on parle du rôle du gouvernement, des questions doivent aussi être posées sur l'action du premier ministre canadien Justin Trudeau. Puisque tout se négocie ces jours-ci, le gouvernement Trudeau devrait-il revoir sa décision de refuser l'agrandissement de l'aéroport Billy-Bishop au centre-ville de Toronto, ce qui aurait permis à Porter Airlines d'acheter des appareils de la C Series? Et, le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, a-t-il raison de lier un éventuel soutien financier du gouvernement fédéral à Bombardier en retour d'une approbation par le gouvernement du Québec du projet d'oléoduc Énergie Est?

OK, on s'arrête ici! Bonne fin de semaine!