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Bombardier en Iran pour promouvoir avions et trains, en attendant la levée des sanctions

Après des années d'absence en raison des sanctions internationales en vigueur, Radio-Canada a appris que des représentants de Bombardier se sont récemment rendus en Iran afin de rencontrer des responsables de compagnies aériennes et des autorités réglementant les transports.

Un reportage de Bahador Zabihiyan

L'Iran a besoin d'environ 400 avions. C'est que les sanctions internationales empêchent le pays de renouveler sa flotte vieillissante depuis des années. Mais en échange de l'encadrement de son programme nucléaire, Téhéran devrait bénéficier progressivement d'une levée des sanctions économiques internationales à partir de 2016.

Radio-Canada a appris que Bombardier a envoyé, au moins une fois, ses représentants en Iran. Ils s'y sont rendus assez récemment afin de rencontrer des responsables de l'aviation civile iranienne. Cela faisait des années, voire quelques décennies que des représentants de Bombardier ne s'étaient pas rendus ainsi en République islamique.

L'avionneur confirme l'information, sans donner beaucoup de précisions.

Différentes sources, qui souhaitent demeurer anonymes, car elles ne veulent pas compromettre leurs relations avec le gouvernement iranien, canadien ou avec Bombardier, donnent plus de détails.

Ainsi, une rencontre, qui n'avait pas été publicisée jusqu'à présent, a été organisée par Bombardier à Téhéran il y a plusieurs semaines, avant les élections fédérales canadiennes.

L'équipe de Bombardier a présenté ses avions, notamment les C Series, à des représentants des compagnies iraniennes et à des responsables des autorités de l'aviation civile du pays. La rencontre a eu lieu dans les bureaux d'un transporteur iranien.

Des avions et des trains Bombardier

Bombardier a aussi mené des discussions plus directes avec au moins deux compagnies aériennes iraniennes, selon ce qu'a appris Radio-Canada. Bombardier leur a notamment parlé des C Series et des CRJ. Bombardier se fait avare de commentaires, mais la compagnie ne cache pas qu'elle aimerait que ses avions et même ses trains se retrouvent un jour en Iran.

« L'Iran est un marché potentiel important pour Bombardier, autant dans le secteur aéronautique que le secteur ferroviaire », dit Isabelle Rondeau, la directrice des communications de Bombardier

Sanctions canadiennes et internationales

Mais en plus de devoir convaincre les Iraniens d'acheter des produits Bombardier, l'avionneur va aussi devoir attendre la fin des sanctions internationales et canadiennes visant l'Iran.

Pour Vincent Valai, avocat, spécialiste du droit international, les sanctions canadiennes doivent être repensées, car la situation a évolué grandement. À partir de 2006, les Nations unies ont mis en place des sanctions économiques contre l'Iran.

En 2010, le gouvernement canadien adoptait ses propres sanctions. « Le gouvernement Harper motivait ces sanctions économiques [...] en précisant qu'on devait amener ce pays à négocier avec ces pays du Conseil de sécurité et l'Allemagne », dit M. Valai.

Depuis, l'Iran a trouvé un accord avec le Conseil de sécurité pour encadrer son programme nucléaire en juillet 2015. « Maintenant que c'est fait [...], il faut quand même réfléchir un peu sur le type de sanctions que nous avons actuellement au niveau du Canada envers l'Iran », estime M. Valai.

Les sanctions internationales devraient être progressivement levées d'ici 2016, si tout se déroule comme prévu. Mais le ministre des Affaires étrangères n'a pas encore clairement indiqué s'il allait faire de même avec les sanctions canadiennes.

Stéphane Dion a toutefois dit que le Canada « explorera le rétablissement des relations diplomatiques avec l'Iran » et que « de plus amples détails seront fournis dans les prochains mois », mentionne son attachée de presse.

Mais le temps presse, car les autres avionneurs semblent très conscients des occasions d'affaires en Iran, et leur pays respectif entretient des relations diplomatiques avec la République islamique. En 2012, le Canada avait en effet fermé son ambassade à Téhéran et expulsé les diplomates iraniens d'Ottawa.

La compagnie russe Sukhoi a une longueur d'avance, croit Mehran Ebrahimi, directeur du Groupe d'études en management des entreprises de l'aéronautique de l'Université du Québec à Montréal.

Cependant, les transporteurs privés iraniens ont tendance à préférer les compagnies occidentales, selon lui. « Ils ne font pas très confiance aux Russes par rapport à tout ce qui est réseaux de maintenance, service à la clientèle, formation de personnes qualifiées », dit M. Ebrahimi.

Les C Series conviennent aux besoins de l'Iran, estime M. Ebrahimi. « Étant donné qu'il y a beaucoup de transport à l'intérieur du pays et régional, C Series, c'est l'avion parfait pour ce type de demande. Je dirais que la majorité des avions demandés en Iran [...] correspondent à ces deux variétés de C Series », soutient-il.

Marché particulier

Mais les billets d'avion et le carburant sont subventionnés en Iran, et les compagnies iraniennes pourraient opter pour un appareil moins onéreux que les C Series, même s'il consomme plus, dit M. Ebrahimi.

À moyen terme, la situation pourrait néanmoins changer, car le gouvernement veut libéraliser le secteur aéronautique. Les déboires de la C Series ces dernières années font aussi mauvaise impression dans le milieu de l'aviation civile du pays, même si beaucoup sont d'avis qu'il s'agit d'un avion de qualité, révèle une source bien au fait du dossier.

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