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Bosch paye mais ne se reconnaît aucune responsabilité dans le « dieselgate »

Bosch accepte de verser 327,5 millions de dollars en dédommagement à des plaignants américains touchés par le scandale liant Volkswagen à des moteurs diesel truqués, sans toutefois reconnaître sa part de responsabilité dans l'affaire.

Les plaignants accusaient le groupe allemand Bosch d’avoir fourni à Volkswagen le logiciel illégal permettant de fausser les résultats d’émissions polluantes de ses véhicules diesel, les faisant paraître plus propres qu’elles ne l’étaient réellement, en plus d’avoir aidé le constructeur automobile à dissimuler l’existence de ce logiciel.

Les plaignants, des automobilistes et des vendeurs de voitures d’occasion, recevront l’équivalent d’environ 300 millions d’euros en lien avec des voitures diesel des marques Volkswagen, Audi et Porsche fabriquées entre 2009 et 2016. L’accord doit encore recevoir l’aval de la justice américaine, qui est attendu pour le début de mai.

C’est « la majeure partie des plaintes civiles » déposées aux États-Unis qui sera réglée par cette entente annoncée mercredi par communiqué.

Selon le texte de plainte collective, Bosch avait ainsi « participé de manière active et en toute connaissance de cause à l’escroquerie des consommateurs américains pendant une décennie ».

Volkswagen versera 1,2 milliard supplémentaires

Le scandale des moteurs truqués avait éclaté en 2015 aux États-Unis. Volkswagen était accusé d’avoir installé le fameux logiciel sur 11 millions de véhicules à travers le monde. Le géant automobile avait alors plaidé coupable de fraude afin d’échapper à un procès.

Le constructeur allemand avait par la suite conclu une série d’ententes de principe, d’abord aux États-Unis, puis au Canada, afin de dédommager les consommateurs mécontents. Jusqu’ici, les propriétaires de véhicules dotés d’un moteur 3 litres, même s’ils étaient également touchés par l’affaire, avaient toujours été exclus de ces règlements.

Or, Volkswagen annonçait mercredi qu’il verserait 1,2 milliard de dollars à ces propriétaires, afin de calmer l'animosité que continue de susciter le scandale. Cette nouvelle annonce fait monter les frais de dédommagement versés par le géant à plus de 23 milliards de dollars.

En comparaison, l’entente conclue par Bosch paraît banale. Le groupe allemand est le plus important sous-traitant automobile au monde, et le plus grand nom de l’électroménager et de l’outillage. Avec un chiffre d’affaires qui a dépassé les 70 milliards d’euros en 2015, le groupe n’a pas à craindre de difficultés financières. Il avait d’ailleurs placé 650 millions d’euros en provisions supplémentaires dans ses comptes de la même année pour risques juridiques.

Bosch « n’admet ni ne nie » quoi que ce soit

Là où le bât blesse, c’est que, contrairement à Volkswagen, Bosch refuse d’admettre une quelconque part de responsabilité dans l’affaire. L’équipementier insiste sur le fait que l’accord conclu ne représente « ni une reconnaissance des faits exposés par les plaignants ni un aveu ».

Si le groupe allemand a accepté de dédommager les plaignants, c’est uniquement pour pouvoir consacrer ses énergies ailleurs, a justifié par communiqué le patron de l’entreprise Volkmar Denner. Bosch entrevoit notamment de devenir un incontournable dans des domaines d’avenir comme la voiture électrique et les objets connectés.

Pourtant, le quotidien allemand Bild am Sonntag publiait en 2015 que l’enquête interne de Volkswagen a mis au jour une lettre datant de 2007 dans laquelle Bosch mettait en garde le constructeur automobile contre une possible utilisation frauduleuse du logiciel qu’il lui fournissait.

Bosch n’avait d’ailleurs pas hésité à confirmer la livraison à Volkswagen des composantes du logiciel illégal. « Mais nous n’avons jamais rien dit concernant les faits, c’est-à-dire (que nous n'avons) ni admis ni nié quoi que ce soit », s’est défendu un porte-parole interrogé par l’AFP.

D’autres enquêtes en cours

Bosch n’en a pas fini avec le « dieselgate ». L’accord conclu avec les plaignants américains lui permet de mettre derrière lui une partie des plaintes au civil, mais le groupe allemand fait toujours l’objet d’enquêtes pénales aux États-Unis et en Allemagne. À ce sujet, un porte-parole de l’entreprise confirme qu’elle coopère « pleinement avec les autorités ».

L’enquête interne lancée par Bosch est également toujours en cours, et le groupe allemand préfère ne pas se prononcer sur la date à laquelle elle sera terminée. « L’exhaustivité prime sur la rapidité » s’est contenté de commenter le porte-parole.

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