Certains analystes ont compris que la première ministre britannique, Theresa May, a choisi la ligne dure pour mener à bien le Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, d'ici le printemps 2019. D'autres ont remarqué, au cours de son allocution sur le Brexit mardi, son ton calme, son désir de transition harmonieuse, sa volonté de voir le Parlement débattre du plan final devant mener à cet incroyable divorce.

Un texte de Gérald Fillion

Il est clair que devant la fermeté des Français et des Allemands, il est difficile pour Theresa May d'espérer une gentille négociation au thé de 5 heures. Dans les circonstances, c’est un « Hard Brexit » qui semble s’annoncer. « Theresa May a insisté sur le fait que le Royaume-Uni voulait conserver le contrôle de l’immigration, a dit le professeur Frédéric Mérand, à RDI économie, mardi soir. Et ça, c’est incompatible avec l’appartenance au marché unique européen. »

Ainsi, le Royaume-Uni va sortir du marché unique. Il ne participera pas, dans sa forme actuelle, à l’union douanière européenne, et ne se soumettra plus à la Cour de justice européenne. Londres aura le plein contrôle de ses frontières et de sa politique d’immigration.

Des cartes dans sa manche

Les experts affirment que le Royaume-Uni a beaucoup à perdre sur les plans économique et politique. C’est vrai. Les liens économiques entre l’Europe et le Royaume-Uni sont importants. La City de Londres, le coeur financier britannique, s’appuie en grande partie sur les capitaux qui viennent d’Europe. Et il est bien probable que l’Écosse va tenter de relancer une initiative référendaire sur son indépendance, afin de se rattacher à l’Union européenne.

Cela dit, la première ministre a des cartes dans sa manche. La première, c’est de transformer le Royaume-Uni en paradis fiscal. Frédéric Mérand a parlé d’une véritable « arme atomique », mon collègue Jean-François Bélanger, notre correspondant en Europe, d’une « arme secrète », d’une « solution de dernier recours ».

Si les négociations avec l’Union européenne tournent au vinaigre, la première ministre est prête à revoir la fiscalité du pays pour attirer des entreprises, des travailleurs et des investissements. C’est une sorte de « Singapour d’Europe » qu’elle pourrait envisager, selon le professeur Mérand, en réponse à une Union européenne qui pourrait se montrer intransigeante.

Il faut dire que le Royaume-Uni s'y connaît bien en matière de paradis fiscal. Le cadre géographique de la City de Londres est considéré comme une zone franche d’impôt, là où se trouvent de grandes banques. Il faut ajouter également que le Royaume-Uni maintient bien en vie son passé colonial, peuplé de petits pays chauds très accommodants sur le plan fiscal, notamment les Bermudes, les îles Caïmans, les Malouines, les Îles-Turques-et-Caiques, ainsi de suite.

Cela dit, la guerre fiscale que se livrent les gouvernements est très dommageable. Elle crée des inégalités et elle réduit la capacité des États à livrer des services publics de qualité. Cet affrontement fiscal, dont nous avons beaucoup parlé avec les experts fiscalistes Brigitte Alepin, Marwah Rizqy, Alain Deneault et André Lareau représente une menace constante à l’économie.

Mais, dans un contexte où il n’y a pas de volonté de revoir ce système destructeur, on peut se demander comment le Royaume-Uni, spécialiste des paradis fiscaux, pourrait décider de se priver de cette arme « atomique » ou « secrète » dans sa négociation avec l’Union européenne. À coup sûr, un tel dénouement entraînerait une exacerbation de cette fameuse guerre fiscale qui est en cours, alors que plusieurs voix réclament en ce moment, en France, qu’une zone franche soit créée à Paris pour accueillir les capitaux négociés à Londres.

Un ami nommé Donald Trump

L’autre carte cachée de Theresa May, c’est Donald Trump. Elle a prononcé son nom lors de son point de presse mardi à Londres, affirmant que le président désigné est ouvert à négocier un accord de libre-échange avec le Royaume-Uni. Donald Trump fait partie de ceux qui ont appuyé le Brexit et salué le choix des Britanniques. Il va jusqu’à dire que d’autres pays devraient aussi sortir de l’Union européenne.

Theresa May ne va pas jusque-là. Elle souhaite que l’Union européenne soit forte et qu’elle ait du succès, c’est dans l’intérêt de tout le monde, dit-elle.

Il faudra voir comment les négociations vont se dérouler d’ici deux ans et comment le passage du Brexit va se réaliser. Il pourrait y avoir des conséquences politiques et économiques réelles. On verra. En attendant, l’incertitude envisagée par un vote favorable au Brexit n’a pas eu l’effet négatif escompté. Les indicateurs économiques sont tous meilleurs qu’attendu : la croissance du PIB est plus forte que prévu, le chômage est en baisse, les exportations augmentent et l’indice principal de la Bourse de Londres, le FTSE-100, a bondi d’environ 20 % depuis la fin juin.

Il est étonnant de constater combien les citoyens, les travailleurs, les investisseurs et les politiciens s’adaptent et s’ajustent rapidement aux nouvelles situations.

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