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Budget à T.-N.-L. : un déficit à la baisse mais pas d'équilibre avant des années

Terre-Neuve-et-Labrador a finalement connu un déficit de 1,1 milliard au cours de l'exercice financier qui vient de se terminer, au lieu des 1,8 milliard prévus. Bien que la situation financière se soit améliorée, la province connaîtra encore des déficits jusqu'en 2022, selon le budget déposé jeudi.

Un texte de Stéfan Thériault

Le déficit de l'exercice financier qui débute, prévu à 778 millions de dollars, sera légèrement moins élevé qu'anticipé.

Le contexte n'est pas aussi accablant qu'il l'était l'an dernier, selon la ministre Cathy Bennett.

« Nous sommes dans une situation très différente », a-t-elle dit en commentant ce budget, qui est loin des mesures d'austérité présentées l'an dernier.

Pourtant, le projet de Muskrat Falls continue d'être un fardeau financier pour la province. Le gouvernement accordera cette année une somme de près d'un demi-milliard à la société d'énergie Nalcor. C'est moins que les quelque 800 millions de dollars que la province a dû prêter à Nalcor l'an dernier.

Le budget prévoit des dépenses d'un peu plus de 8,1 milliards de dollars. C'est moins que l'an dernier, mais ce montant place toujours Terre-Neuve parmi les provinces qui dépensent le plus par résident.

Et la dette provinciale continue de gonfler. Elle devrait atteindre 15,2 milliards à la fin de l'exercice financier 2017-2018.

Réduction de la taxe sur l'essence

La province donne un répit aux automobilistes, qui devaient payer depuis le budget de l'an dernier une taxe supplémentaire de 16,5 cents le litre d'essence. Cette taxe sera réduite de 8,5 cents en juin, et d'un total de 12,5 cents dès le 1er décembre 2017. La taxe sur l'essence introduite l'an dernier sera donc réduite de 75 %.

La ministre des Finances Cathy Bennett a tenu sa promesse et n'a adopté aucune nouvelle taxe ni aucuns frais additionnels pour des services comme les permis de conduire ou les frais d'immatriculation d'un véhicule.

Les revenus du pétrole

Les prévisions budgétaires se fondent sur un prix mondial du pétrole autour de 56 $ le baril. C'est bien en deçà des bonnes années, où les redevances du pétrole remplissaient les coffres de la province. Mais le chiffre est bien supérieur au creux de 30 $ le baril atteint ces dernières années.

Une baisse de la production sur les plateformes de pétrole par rapport à l'an dernier privera par ailleurs la province d'autres revenus pétroliers.

Pas de compressions annoncées dans le secteur public

Cette fois, le budget provincial épargne les fonctionnaires. Aucune compression n'est annoncée dans la fonction publique. La ministre des Finances a cependant annoncé que le gouvernement légiférera un gel des salaires pour les cadres et tout employé non syndiqué pour l'année à venir.

« Il n'y aura pas d'annonce de mises à pied dans ce budget », a dit la ministre Bennett. Mais la ministre n'a pas exclu qu'il puisse y avoir d'autres compressions dans les mois à venir.

La province est en ce moment en négociation avec le syndicat des employés de la fonction publique pour le renouvellement des conventions collectives.

Il n'y a pas de nouvelles compressions, mais le gouvernement a supprimé près de 300 postes de direction au sein de la fonction publique et près de 100 postes de direction dans les quatre régies de la santé de la province au cours des deux derniers mois.

Une stratégie pour atteindre des cibles budgétaires

C'est en misant sur une stratégie impliquant que toutes les dépenses des ministères doivent être justifiées avant que leur budget soit approuvé que le gouvernement espère continuer à réduire ses dépenses.

La province dit avoir pu réaliser des économies de 283 millions de dollars cette année grâce à ces mesures de réduction des dépenses, qui comprennent aussi une nouvelle structure au sein de la direction des ministères. Ce chiffre tient compte des économies réalisées au sein des agences gouvernementales et des commissions provinciales.

Les besoins d'emprunt ont été réduits de 2 milliards l'an dernier, à 400 millions de dollars.

Le gouvernement est loin d'en avoir terminé avec ses efforts pour changer ce que la ministre des Finances qualifie de « culture de dépenses à outrance », attribuée au gouvernement conservateur précédent.

Réactions au budget

La députée néo-démocrate Lorraine Michael, est d'avis que le gouvernement Ball met encore trop ses oeufs dans le même panier. « Si on voit seulement le pétrole, la situation va continuer. Le problème c'est qu'il y a moins de revenus et il n'y a qu'une source de revenus », note Mme Michael.

La légère remontée des prix du pétrole permet à la province de souffler, estime le comptable Larry Short, mais le gouvernement ne doit pas s'endormir. « La glace est encore mince. Il faut faire des changements importants et le seul moyen, c'est de réduire la taille de la fonction publique », déclare-t-il.

Au syndicat des employés de la fonction publique provinciale (NAPE) par contre, on est soulagé qu'aucune compression n'a été annoncée dans le budget. « Je crois qu'ils ont retenu une leçon de l'an dernier, a commenté le président, Gerry Earle. Les compressions massives annoncées dans le budget en 2016 avaient entraîné toutes sortes de problèmes. »

M. Earle demeure néanmoins sur ses gardes, puisque le gouvernement veut réaliser des économies dans le secteur de la santé, ce qui pourrait se traduire par des pertes d'emplois.

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