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Budget de l’Ontario : comment éliminer le déficit?

On sait déjà que le budget présenté aujourd'hui par le gouvernement ontarien sera déficitaire, le neuvième d'affilée. L'enjeu du budget est plutôt de savoir comment les libéraux effaceront le déficit de 7,5 milliards de dollars d'ici 2017-2018, comme promis, en période de croissance économique modeste.

Un texte de Michel Bolduc

Malgré les critiques, la première ministre Kathleen Wynne est allée de l'avant avec la privatisation du distributeur d'électricité Hydro One, de quoi générer jusqu'à 9 milliards.

Les libéraux comptent aussi soutirer des centaines de millions du nouveau marché du carbone, même si cette politique fera grimper le coût de l'essence et du gaz naturel pour les Ontariens.

Des compressions budgétaires seront aussi nécessaires, selon le professeur d'économie Jean-Paul Lam de l'Université de Waterloo, si la province veut respecter sa promesse d'investir des milliards dans les infrastructures, tout en éliminant le déficit en moins de deux ans.

Trop optimiste?

Le ministre des Finances, Charles Sousa, a été critiqué pour ses prévisions économiques trop optimistes l'an dernier. Par ailleurs, ses projections pour 2017 et 2018 sont plus roses que celles de la Banque TD, par exemple (voir graphique ci-dessus).

De son côté, la première ministre Wynne répétait encore cette semaine que le budget serait équilibré à temps pour les prochaines élections provinciales en 2018, refusant de suivre l'exemple de son homologue libéral à Ottawa Justin Trudeau.

Chaque baisse d'un point de pourcentage du PIB nominal fait fondre les revenus d'imposition de la province de 885 millions, selon le ministère des Finances. Or, il y a de « l'incertitude » au chapitre de la croissance présentement, souligne l'économiste Alexandre Laurin de l'Institut C.D.Howe.

Son collègue Robert Hogue de la Banque RBC est plus optimiste, même s'il n'écarte pas lui non plus des compressions dans le budget. L'Ontario « ne peut pas s'attendre à un boom économique », dit-il, mais ses perspectives économiques sont « assez potables » comparativement à celles de l'Alberta, notamment. Le secteur ontarien des exportations, par exemple, tire profit de la faiblesse du dollar.

Augmentation de la dette

La dernière fois que l'Ontario a présenté un budget équilibré, en 2007-2008, George W. Bush était président des États-Unis, l'iPhone n'était pas encore vendu au Canada et Mats Sundin était le capitaine des Maple Leafs de Toronto.

En raison de ces déficits répétés et des emprunts pour les infrastructures, la dette accumulée de la province frôle maintenant 300 milliards.

Les intérêts sur cette dette atteignent 11,4 milliards par année, soit une somme plus élevée que les investissements provinciaux dans les services sociaux et communautaires (11,1 G$) ou les collèges et les universités (7,8 G$).

« L'important est de continuer à investir dans la croissance économique », répond le ministre Sousa.

Pour sa part, l'opposition conservatrice accuse le gouvernement de ne « pas avoir de plan crédible » pour sortir l'Ontario du rouge. « Tant qu'on ne s'attaquera pas adéquatement à la précarité des finances publiques de l'Ontario, le gouvernement continuera à sabrer le financement des médecins, à fermer des écoles et à augmenter les tarifs d'électricité, pour compenser son gaspillage, sa mauvaise gestion et les scandales », a lancé le député Vic Fedeli du Parti progressiste-conservateur.

-Avec la collaboration de Christian Noël et de Mike Crawley