Retour

Budget Morneau : le grand retour de Paul Martin et des revenus cachés!

Pour la première fois en plus de 20 ans, le gouvernement du Canada n'a pas de cible de retour à l'équilibre budgétaire.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

Comme l'expliquaient l'économiste Serge Coulombe, mardi soir à RDI économie, et l'économiste François Delorme, à Médium large ce matin, le gouvernement Trudeau cherche à définir clairement son orientation : l'obsession, ce n'est pas le déficit zéro, c'est la croissance. Et c'est pour cette raison que le premier budget Morneau met l'accent sur les investissements en infrastructures et la reconstruction du tissu social.

Mais il ne faut tout de même pas trop se laisser impressionner par l'absence d'objectif sur l'équilibre budgétaire. Derrière le message politique, il y a une bonne vieille stratégie qu'on avait déjà exposé dans cette page le 20 novembre dernier, celle qu'affectionnait l'ancien ministre des Finances Paul Martin : on sous-évalue les revenus afin de se garder des munitions pour la suite des choses.

Regardez bien, si le Canada ne croule pas en récession, quelque part en 2018 ou 2019, l'équilibre budgétaire reviendra dans le discours des « voies ensoleillées » de Justin Trudeau. Tout à coup, des dizaines de milliards de dollars viendront remplir les coffres de l'État.

Pourquoi peut-on dire cela? Pour trois raisons qui ont été expliquées par plusieurs économistes, dont Serge Coulombe sur nos ondes :

  1. Le gouvernement sous-évalue la croissance du PIB nominal (donc, sans soustraire l'inflation) de 40 milliards de dollars par rapport aux projections de croissance des économistes du secteur privé. En réduisant la projection de croissance, l'État sous-évalue d'environ 6 milliards de dollars ses revenus sur une année. C'est sa réserve de prudence.
  2. Le gouvernement ne calcule pas l'effet de ses mesures de stimulation de l'économie dans les revenus budgétaires à venir. Ainsi, en injectant 120 milliards de dollars sur 10 ans dans les infrastructures, il est clair que l'économie va croître de façon plus importante qu'attendu. Il est possible aussi que les mesures fiscales, comme les baisses d'impôts et l'Allocation canadienne pour enfants permettent aux citoyens de dépenser davantage. Une croissance économique plus forte pourrait générer des revenus supplémentaires pour le gouvernement.
  3. L'économiste Serge Coulombe nous disait mardi soir que la chute des cours des matières premières représente un manque à gagner de 22,5 milliards de dollars dans les finances de l'État. Vous comprenez donc qu'une remontée du pétrole pourrait faire fondre assez rapidement le déficit de l'État.

Il ne faut pas banaliser l'absence d'objectif pour revenir à l'équilibre budgétaire. Mais, il ne faut pas non plus se laisser avoir par les 113 milliards de dollars de déficits envisagés sur 5 ans. Non seulement ces déficits ne viendront pas alourdir la dette du pays par rapport au PIB, mais ils pourraient disparaître rapidement... juste à temps pour les élections du 21 octobre 2019!

Tout savoir sur le budget fédéral

Plus d'articles

Commentaires