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Budget provincial : le monde des affaires souhaite des mesures de relance

L'usine beauceronne d'Acier Trimax tourne à plein régime. Mais cette entité du groupe CAMNOR oriente résolument ses activités vers les États-Unis.

Un texte de Davide GentileTwitterCourriel

« Avec le Québec et l'Ouest canadien qui sont en chute libre présentement, on a placé nos pions sur le marché américain », dit Jacques Labbé, vice-président aux opérations chez Trimax.

L'entreprise spécialisée en structures n'est pas seule à foncer au sud. En fait, plusieurs des plus sérieux concurrents de Trimax aux États-Unis sont québécois. « Ils ne sont pas plus loin qu'à quelques kilomètres de notre usine! » Il affirme que le peu de projets dans le secteur des ressources naturelles au Québec limite le marché local.

La chute du dollar n'a pas d'effet magique sur l'économie

L'an dernier les exportations ont augmenté de 4 % au Québec. C'est que, pour plusieurs comme Trimax, la baisse du dollar a un effet mitigé. « On a beaucoup d'intrants en dollars américains, comme les installations », affirme Jacques Labbé.

Ailleurs, la glissade du huard, qui a perdu le quart de sa valeur en trois ans, est un gros avantage. C'est le cas chez OPSENS, une entreprise de haute technologie de Québec. Ici, la majeure partie des coûts de fabrication de l'équipement de mesure de la pression est en dollars canadiens.

« Nos compétiteurs sont souvent des Américains qui ont des coûts en dollars américains. Donc, sur plusieurs marchés, on a un avantage important », affirme Louis Laflamme, président d'OPSENS. Mais comme chez Trimax en Beauce, l'affaissement de l'économie albertaine a forcé une réorientation des activités depuis 3 ans.

« Nous avons des activités dans le domaine du pétrole et du gaz. Ces activités-là ont été affectées par la baisse du prix des ressources naturelles ».

Même son de cloche chez Régitex, filature de Saint-Joseph-de-Beauce. « Quand on constate que 100 000 personnes ont perdu leur emploi en Alberta, ça nous affecte, c'est clair », souligne Rick Martignetti, vice-président aux ventes de l'entreprise.

Le recrutement de main-d'oeuvre plombe la croissance

Pour Régitex, comme pour la plupart des entreprises consultées, le recrutement de personnel est le plus gros défi.

« En région, c'est souvent plus difficile de recruter de la main-d'oeuvre », reconnaît M. Martignetti. Un des mécaniciens d'équipement est d'origine marocaine. Youssef Guermat est arrivé dans l'entreprise en 2010 quelques mois après son arrivée au Canada. Il a suivi des cours de soir pour gravir les échelons et réussir à occuper son poste actuel.

« Il y a beaucoup plus de chances dans les petites régions comme ici que dans les grosses villes », reconnaît le jeune homme. Un cas trop rare dans la région.

Le maire de Beauceville Luc Provencal parle d'une crise. « J'ai une usine ici, ils seraient prêts à engager 40 personnes demain matin ». Il réclame un plan du gouvernement. « De l'oxygène... pour faire du recrutement de la main- d'oeuvre. »

Moderniser l'industrie pour survivre

Faute d'équipement à la fine pointe, les exportateurs ne profitent pas pleinement de la baisse de la valeur du huard. « On n'est peut-être pas prêts comme industrie à aller à la conquête de nouveaux marchés, parce qu'on n'a pas fait suffisamment d'efforts du côté de l'innovation », mentionne Éric Tétrault, président des manufacturiers et exportateurs du Québec.

Il semble clair que les manufacturiers n'ont pas suffisamment renouvelé leur équipement lorsque le huard avait une forte valeur. Selon lui, les investissements publics en innovation sont pourtant assez bons au pays si on compare avec la moyenne de l'OCDE.

Le maire de Beauceville pense qu'il est urgent d'agir sur ce front-là. « Si le gouvernement arrive avec un plan de modernisation des équipements, moi je pense qu'il y a plusieurs entreprises qui seront prêtes à investir leur part ».

Une stratégie de relance est attendue

L'éventuel plan économique du gouvernement semble très attendu. Éric Tétrault pense qu'il est « Minuit moins le quart. Pas minuit moins une. On a encore un peu de temps devant nous », dit-il évoquant l'arrivée prochaine de nouveaux concurrents.

L'accord de libre-échange avec l'Europe et le Partenariat Transpacifique vont ouvrir l'accès à certains compétiteurs pesants comme l'Allemagne et la Chine.

La Fédération des chambres de commerce salue le retour à l'équilibre budgétaire, mais pense que Québec doit changer le tempo dans le prochain budget. La présidente Françoise Bertrand affirme que « si on a dégagé une marge de manoeuvre, le temps est venu de soutenir ce qui serait le plus porteur pour que l'économie reprenne de la vigueur. »

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