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Calgary, une ville de plus en plus désertée

Les résidents de Calgary ne parlent plus d'une heure de pointe, mais d'une « demi-heure de pointe », ils arrivent à s'asseoir dans les transports en commun, et les entreprises à la recherche d'espace à louer ont l'embarras du choix. C'est la nouvelle réalité de la métropole albertaine, où 28 000 emplois ont été perdus en 8 mois, et où le taux d'inoccupation des espaces à bureau pourrait atteindre des niveaux historiques.

Un texte de Sylvain Bascaron

« Il ne faut pas sous-estimer l'impact des cours du pétrole sur l'emploi, l'économie, et le budget de la province », a déclaré le ministre des Finances, Joe Ceci, qui mettait à jour ses prévisions budgétaires.

S'il y a un endroit où cet impact est visible, c'est dans les entrailles du centre-ville de Calgary, au coeur des tours de bureaux.

CBRE, une firme immobilière multinationale, estime que depuis 25 ans, le taux d'inoccupation des espaces de travail n'a pas dépassé les 21,8 %. Mais le directeur régional de CBRE, Greg Kwong, pense que ce taux pourrait atteindre 25, voir 26 %.

« Du point de vue immobilier, dit-il, les revenus des propriétaires de tels espaces sont certainement plus bas qu'anticipés, mais une entreprise à la recherche d'espace est particulièrement chanceuse parce que les loyers ont diminué de façon significative. »

Pour comprendre les montants d'argent qui sont en jeu, nous avons parlé à Damon Harmon, de l'entreprise CRESA, qui représente des locataires de tels espaces. Il nous a fait faire le tour des locaux d'une entreprise pétrolière qui louait 5 étages de plus de 2000 mètres carrés chacun, au centre-ville de Calgary. En diminuant ses effectifs, elle s'est retrouvée avec de l'espace inoccupé, qu'elle était prête à sous-louer.

Une entreprise lui a offert de sous-louer l'espace, à plus de 50% de rabais, pour les 5 prochaines années, ce qui représenterait - c'est selon - une perte ou un rabais de presque 4,5 millions de dollars. Une situation qui se reproduit sur des centaines de milliers de mètres carrés au centre-ville de Calgary. 

Le bon côté des choses, c'est la baisse du trafic sur les routes et de l'achalandage dans les transports en commun. Le quai du train léger, par exemple, à 16 h, un mardi après-midi, n'était pas aussi bondé qu'il l'était un an plus tôt.

L'usagère Jean Beebe, consciente de ce que ça voulait dire pour sa ville, se réjouissait tout de même. « Les wagons sont plutôt vides les vendredis après-midi, tous les matins je peux m'asseoir, et en après-midi, l'espace reste plutôt restreint, mais sur les quais, il n'y a personne », fait-t-elle remarquer.

La commission des transports de Calgary a d'ailleurs observé une diminution de 5 % de l'achalandage dans ses trains et autobus au dernier trimestre de 2015, mais elle s'attend à une chute beaucoup plus marquée pour le début de 2016.