Retour

Cartes-cadeaux : le Commissariat à la vie privée s'intéresse à Loblaw

Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada veut savoir pourquoi Loblaw exige de certains de ses clients qu'ils fournissent des copies de certains documents personnels pour avoir droit à la carte-cadeau de 25 $ distribuée dans le cadre de son programme de dédommagement pour avoir surfacturé aux consommateurs des produits de boulangerie.

Loblaw a reconnu son rôle dans le « cartel du pain », une entente destinée à gonfler le prix du pain entre 2002 et 2015. Depuis janvier, la compagnie propose à ses clients de faire la demande d’une carte qui peut être utilisée pour acheter jusqu’à 25 $ de produits alimentaires. La carte peut être utilisée dans les supermarchés Loblaw ainsi que dans d'autres marchés exploités par la compagnie, comme Atlantic Superstore, No Frills, Wholesale Club ou Provigo.

Pour l’obtenir, les consommateurs devaient remplir un formulaire en ligne, en indiquant leur nom et leur adresse. Plusieurs ont reçu leur carte après cette simple étape, mais d’autres ont eu la surprise d’être sollicités par l’entreprise pour des preuves d’identité supplémentaires.

Le géant de l’alimentation demandait à ces personnes de leur envoyer une copie, par courrier postal ou électronique, de leur permis de conduire ou d’une facture de services, par exemple une facture d’électricité.

Des organisations qui « vont trop loin »

Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada indique qu’il lui est impossible pour le moment de fournir plus de détail sur la situation impliquant Loblaw.

Le Commissariat soumet à l’attention des consommateurs une page sur son site Internet qui traite justement de la pratique de certains détaillants consistant à demander des renseignements figurant sur le permis de conduire.

« Le numéro du permis de conduire est un renseignement sensible et précieux pour ceux qui ont l’intention de commettre des crimes contre l’identité », indique la page du gouvernement.

On lit aussi qu'il est « exagéré » de prendre ne note le numéro du permis de conduire. « Les commissariats comprennent bien les motifs des organisations, mais ont tendance à croire qu’elles vont trop loin en consignant ces numéros », peut-on lire.

Les informations personnelles peuvent être partagées avec des tiers partis

Certains clients s’opposent à la requête de Loblaw, qu’ils jugent risquée pour la protection de leurs renseignements personnels.

L’un d’entre eux, Chris Brown, d’Ottawa, a porté plainte au Commissariat à la protection de la vie privée après avoir reçu un message de Loblaw demandant davantage de documents.

« J’ai déjà donné à Loblaw mon adresse et mon nom », affirme M. Brown, « certainement des informations qui sont amplement suffisantes pour vérifier [mon identité] ».

Kevin Groh, un porte-parole de Loblaw, dit que l’entreprise fait affaire à un tiers parti pour se débarrasser des informations personnelles des consommateurs une fois l’identité de ceux-ci confirmée.

Dans sa Politique de confidentialité associée au programme, Loblaw indique que les informations personnelles fournies par le client peuvent être partagées avec trois compagnies : Blackhawk Network, la Compagnie de fiducie Peoples, ainsi que JND Legal Administration, une entité américaine qui est décrite comme « administrateur des demandes » des cartes-cadeaux distribuées dans le cadre de ce programme.

Cette politique spécifie également que Loblaw et les trois compagnies citées « peuvent stocker les renseignements personnels, y accéder ou les utiliser dans un pays autre que le Canada [...] notamment aux états Unis [sic] et au Salvador », où les lois sur la vie privée peuvent différer des lois canadiennes.

Kevin Groh, le porte-parole de Loblaw, soutient que de demander ces renseignements permet de confirmer que l’entreprise fait affaire avec « une vraie personne, et pas quelqu’un utilisant son nom ou prenant de l’argent » qui appartiendrait à quelqu’un d’autre.

Mais Chris Brown n’est pas satisfait. Il se demande pourquoi l’information personnelle que l’on retrouve sur sa facture de services ou son permis de conduire devrait être partagée avec un tiers parti.

« Pourquoi suis-je soupçonné de fraude ? », lance-t-il. « C’est certainement insultant. »

Avec les informations de Sophia Harris, de CBC