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Ce que les candidats Trump et Clinton ne disent pas

Les équipes de vérification des faits des grands médias aux États-Unis ont relevé des erreurs, des mensonges et des projections floues ou impossibles à démontrer dans les propos de Donald Trump au débat de lundi soir.

Gérald Fillion

  Un texte de Gérald Fillion

Les États-Unis auraient dû s'emparer du pétrole irakien, a-t-il dit, comme si c'était une chose simple et évidente. Washington aurait alors, comme l'explique le New York Times, fait face à l'opprobre international, il aurait fallu des troupes en quantité supplémentaire pour protéger les infrastructures saisies (ou volées) et n'imaginez pas que l'Irak aurait laissé faire, tout bonnement.

Donald Trump a aussi dit s'être opposé à la guerre en Irak en 2003. Il l'a dit, lundi soir, avec fermeté, à plusieurs reprises, engageant presque le débat avec le modérateur de la soirée. Dans les faits, et une entrevue réalisée par Howart Stern le prouve, il a bel et bien soutenu cette opération militaire. Vous avez beau dire que ce mur rouge n'est pas rouge, il reste rouge!

Depuis le début de la campagne, et il l'a fait encore durant le débat, Donald Trump dénonce des situations qui semblent réglées ou qui ont évolué dans les dernières années. Par exemple, il affirme que la Chine sous-évalue sa monnaie. C'était vrai, plusieurs leaders du monde l'ont affirmé et ont fait pression sur Pékin. Au cours des dernières années, la Chine a toutefois relevé la valeur de sa devise en passant d'un modèle de fixation de la monnaie à un régime de change flottant. Aujourd'hui, les experts en devises s'entendent pour dire que rien ne prouve que la monnaie chinoise est, en ce moment, sous-évaluée.

Et les inégalités ?

Donald Trump a dit que la question nucléaire est la plus importante de toutes. Hillary Clinton aurait pu lui répondre que la priorité, c'est le terrorisme ou les changements climatiques. Sur ce point d'ailleurs, le candidat républicain a ridiculisé l'importance qu'on accorde à la question environnementale qui est, faut-il le rappeler, le défi économique le plus important de ce siècle.

Les deux candidats auraient pu aussi nommer les inégalités comme étant l'enjeu ou l'un des enjeux parmi les plus importants de leur époque. Ils en ont parlé à travers leurs propositions sur les impôts et la violence aux États-Unis. Et Donald Trump a eu raison de rappeler que, dans certaines régions du pays, il y a des gens malmenés par l'effondrement du secteur manufacturier aux mains de l'ouverture des marchés et de la montée des pays à faibles coûts de production. Il a parlé de dévastation, il a même dit que certaines parties des États-Unis donnent l'impression d'être un pays du tiers-monde. C'est exagéré, mais ceux et celles qui ont voyagé chez nos voisins du sud savent que des Américains, dans certains villages et certains quartiers, vivent dans une pauvreté sans nom. Dans le pays le plus riche du monde!

Il est ici, à mon avis, le point faible d'Hillary Clinton. Son discours positif sur la croissance économique ne trouve aucune prise chez les Américains qui, majoritairement, sont d'avis que le libre-échange et la mondialisation ont fait du tort à l'économie américaine. Et ses tergiversations sur les accords de libre-échange nuisent à sa crédibilité sur le sujet. Bien des gens sont d'avis qu'une fois au pouvoir Hillary Clinton trouverait une façon de faire ratifier le Partenariat transpacifique. Elle a été peu convaincante sur cet enjeu au débat lundi soir.

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Toutefois, Donald Trump a tort d'exploiter la déception des travailleurs touchés directement ou indirectement par les fermetures d'usines en en rejetant la responsabilité sur les Mexicains ou les musulmans ou en répétant, sans donner aucune précision sur son plan, qu'il va ramener les emplois volés, qu'il va mettre au pas la Chine, puis déchirer les accords de libre-échange. Entre ses envolées, dont les tenants et les aboutissants sont imprévisibles, voire impossibles à mettre en oeuvre, et la réalité, il y a un immense fossé dans lequel nombre d'Américains tombent. Comme dans un piège.

Les inégalités aux États-Unis ont été accentuées par les effets de la mondialisation depuis le tournant de l'an 2000. Elles ont aussi été amplifiées par la dérégulation du secteur financier, sous Reagan, sous Clinton aussi, sous Bush, avec l'appui d'Alan Greenspan à la Réserve fédérale, aux profits de banques avides de rendement et aux PDG qui se sont enrichis à coup de dizaines de millions de dollars par année.

Partout, les inégalités enracinées

Les inégalités se sont infiltrées dans la structure même de la société américaine, un sujet dense et complexe que n'ont pas abordé Donald Trump et Hillary Clinton lundi soir et qu'ils ne vont pas aborder d'ici la fin de la campagne. Le candidat à l'investiture démocrate Bernie Sanders en a parlé, lui, faisant toute sa campagne sur la question des inégalités.

Dans un livre dont je vous ai déjà parlé, L'égalité, c'est mieux, les chercheurs Richard Wilkinson et Kate Pickett démontrent combien la société américaine est dysfonctionnelle. Les inégalités, écrivent-ils, représentent une « violence structurelle » qui sont, dans la réalité, « un puissant facteur de division au sein d'une société ».

De plus, les États-Unis font partie des sociétés les plus inégalitaires du monde, ce qui engendre des problèmes sur tous les plans : faible confiance entre les gens, problème majeur de santé mentale, forte consommation de drogues, faible espérance de vie et taux élevé de mortalité infantile par rapport aux pays riches du monde, niveau très élevé du taux d'obésité et du taux de maternités précoces. Et que dire des homicides? « Aux États-Unis, un enfant est tué par balle toutes les trois heures », écrivent les auteurs Wilkinson et Pickett. Le taux d'homicide aux États-Unis est de loin plus élevé des pays de l'OCDE. Le taux de détenus aussi; les prisons débordent en réalité.

Malgré un programme inspirant, Barack Obama n'a pas réussi à briser ce moule. Hillary Clinton promet de taxer vigoureusement les plus riches et de stimuler l'économie. Sur papier, ces avancées pourraient réduire les écarts de richesse. Mais, est-ce que ça va marcher? L'éducation d'abord, des limites sérieuses aux primes et à la spéculation du monde de la finance et un travail réel de transparence, d'ouverture, de franchise pour rétablir les ponts entre les leaders politiques et économiques, et la population sont les travaux à accomplir.

Éducation, inégalités, spéculation, transparence, des sujets peu ou pas présents du tout au premier débat Clinton-Trump.

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