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Chute du chômage, hausse du PIB et de l'emploi, que se passe-t-il au Québec?

ANALYSE - Les indicateurs économiques du Québec sont au vert depuis quelques mois. Après une période difficile, au cours de laquelle l'économie a été ralentie par les compressions dans les dépenses du gouvernement du Québec et une hésitation de la part des entreprises à investir, la croissance s'est accélérée récemment.

Le PIB progresse plus rapidement que ce qui était attendu : il pourrait atteindre 2,5 % pour l’ensemble de 2017, alors qu’on prévoyait environ 1,5 % il n’y a pas si longtemps. Le taux de chômage plonge, maintenant à 5,8 %, un niveau que personne n’avait prévu. Et puis on s’attend maintenant à la création de 60 000 emplois au Québec en 2017, le double de ce qu’on prévoyait jusqu’à tout récemment.

Pour les 5 premiers mois de 2017, les ventes au détail au Québec sont 6,1 % plus élevées que pour les mêmes mois en 2016. Les exportations ont grimpé de 2,3 % durant la même période. Et puis pour les 7 premiers mois de 2017, hausse de 16,1 % des mises en chantier au Québec et ajout de 99 000 emplois, dont 53 000 à temps plein.

Pourquoi? Comment expliquer cette marche plus rapide de l’économie du Québec? Plusieurs raisons expliquent cette embellie, selon l’économiste Jean-Pierre Aubry.

Les indicateurs positifs

  • D’abord, la chute du dollar canadien commence à faire son effet. La transition a été lente, mais les exportations augmentent cette année. C’est maintenant que la baisse du dollar canadien à environ 75 cents US entraîne son effet bénéfique pour des entreprises du Québec.
  • La baisse d’impôt du gouvernement Trudeau, la création de l’Allocation canadienne pour enfants et les transferts fédéraux plus généreux sont bénéfiques pour les particuliers, qui voient leurs revenus disponibles augmenter. L’annulation de la contribution santé au Québec pourrait aussi avoir un effet positif tout comme les annonces préélectorales qui pourraient faire pleuvoir les millions de dollars dans l’économie.
  • Les cônes orange sont nombreux, surtout à Montréal. Les gouvernements investissent massivement dans les infrastructures. L’effet économique est indéniable avec les gros chantiers de Turcot et du pont Champlain, notamment, et bientôt le Réseau électrique métropolitain (REM).
  • Les gens empruntent, s’endettent et achètent des maisons. L’activité immobilière et la construction bouillonnent, alors que les taux d’intérêt demeurent faibles. Les investisseurs étrangers s’intéressent de plus en plus à Montréal.
  • Il faut ajouter le tourisme, qui connaît une bonne année 2017 avec le 150e anniversaire de la Confédération canadienne et les 375 ans de Montréal. Le taux d’occupation des établissements d’hébergement dans la région de Montréal est passé de 82,3 % en juin 2016 à 86,1 % en juin 2017. Et la fréquentation de l’aéroport Montréal-Trudeau a grimpé de 8,8 % en 2017.
  • De plus, les personnes de 55 ans et plus, notamment les femmes, demeurent plus longtemps au travail. Le taux d’emploi de ce groupe a grimpé de 5,6 % de juillet 2011 à juillet 2017, selon les calculs de Jean-Pierre Aubry, comparativement à 3,1 % chez les 25-54 ans. « Il y a plus de travailleurs disponibles qu'on ne le croyait, dit Jean-Pierre Aubry. On s'éloigne de Liberté 55 et on valorise plus le travail. »

Est-ce que ça va durer?

Toutes les projections à long terme laissent croire que la croissance économique du Québec est appelée à ralentir. Et, dans les circonstances, il y a fort à parier que la croissance actuelle est temporaire et possiblement de courte durée.

Comme nous l’expliquions dans un texte récent, la population active stagne au Québec et commence à baisser après des progressions importantes dans les décennies passées. Cet apport économique s’épuise et il est peu probable que le PIB réel du Québec s’éloigne d’une moyenne de 1,25 % à 1,5 % par année ,selon Jean-Pierre Aubry.

Les économistes de Desjardins préviennent que les perspectives après 2020 sont franchement moins brillantes : on s’attend à un net ralentissement de la population active et de la création d’emplois.

Pour maintenir le rythme ou éviter un ralentissement trop prononcé, Jean-Pierre Aubry affirme qu’il faut encore améliorer la productivité, hausser davantage les investissements dans les entreprises et espérer une croissance plus forte des exportations. « L’amélioration du réseau de transport dans la région de Montréal devrait avoir un effet positif significatif sur son potentiel de croissance », selon lui.

Récupération politique à prévoir

Il est tentant pour les politiciens de s’attribuer les bonnes données économiques et d’accuser leurs adversaires d’être responsables des mauvais chiffres. Les stratèges politiques n’hésiteront pas à se saisir de la donnée qui fait leur affaire ou de quelques mots de ce texte pour faire un peu de propagande politique, comme d’habitude. Souhaitons tout de même qu’ils soient assez honnêtes pour dire qu’ils n’y sont pas pour grand-chose.

Les décisions budgétaires du gouvernement du Québec ont ralenti l’économie dans les premières années du mandat de Philippe Couillard. Et c’est davantage le contexte économique qui influence, aujourd’hui, la croissance de l’économie du Québec. Les décideurs politiques ont une certaine influence sur l’économie, quand ils agissent sur les impôts et les infrastructures notamment, mais ils ont du mal à considérer ces chiffres avec modestie et précaution, s’attribuant à 100 % les bonnes nouvelles et rejetant à 100 % sur d’autres facteurs les mauvaises statistiques.

Je ne m’habituerai jamais à ce jeu pour la simple et bonne raison que le dindon de la farce dans l’histoire, c’est vous. Cette propagande n’a que pour objectif de vous faire avaler un discours, de manipuler les chiffres en y accolant une réalité qui manque toujours de nuance.

Cela dit, les faits sont les faits : la croissance économique au Québec s’accélère, la création d’emploi est au rendez-vous, le chômage baisse, « tout semble produire la poussée parfaite », selon Jean-Pierre Aubry. Mais pour combien de temps?

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